Infirmière de colonie à Parent: Dans les souvenirs de garde Dupont

Irène Dupont-Bergeron... (Gabriel Delisle)

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Irène Dupont-Bergeron

Gabriel Delisle

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(Québec) La vie d'Irène Bergeron-Dupont a été marquée par une profonde histoire d'amour, par l'appel de l'aventure ainsi que par l'amour de son prochain. Son arrivée à Parent en 1940 aura profondément marqué cette communauté de la Haute-Mauricie. Si l'Abitibi avait Blanche Pronovost, la Mauricie a eu pendant 40 ans garde Dupont, une véritable infirmière de colonie.

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Garde Bergeron lors de sa graduation en 1937.

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Lors d'une visite à Parent entre deux visites médicales.

Irène Bergeron-Dupont est à l'aube de son 100e anniversaire. Toujours aussi vive et éclatante, elle nous partage de son appartement de Québec ses souvenirs les plus chers.

Déjà enfant, la jeune Irène Bergeron rêvait d'aventures. C'est elle qui a demandé à ses parents, alors que la Première Guerre mondiale n'était pas encore terminée en Europe, la permission de quitter la maison familiale de Saint-Raymond-de-Portneuf à l'âge de 5 ans pour un pensionnat.

Haute comme trois pommes, Irène Bergeron sentait l'appel de l'aventure et des voyages. «Mes parents trouvaient que j'étais trop jeune», se souvient-elle en avouant qu'ils avaient peut-être raison.

Après des années d'études au couvent, Irène Bergeron a commencé ses études d'infirmière à l'hôpital Saint-Sacrement de Québec. Alors qu'elle n'était qu'une étudiante, sa rencontre en 1936 avec un patient changea sa vie. Elle se souvient comme si c'était hier. «Je devais coucher des patients, dont un homme qui n'était là que pour une soirée», dit-elle.

Cet homme est Arthur Dupont, celui qui deviendra le grand amour de sa vie. Le lendemain, ce beau patient de la chambre 417 laissa une note pour la gentille garde pour lui dire à quel point elle lui avait laissé un bon souvenir. Les deux jeunes amoureux ont par la suite correspondu pendant trois ans jusqu'à leur mariage. Lui demeurant à Parent et elle à Québec.

Le 19 janvier 1940, Irène Bergeron-Dupont et son nouveau mari arrivent à Parent. À l'époque, aucune route ne reliait Parent au reste du monde. Parent, comme les villages autochtones de la Haute-Mauricie, était isolé. Seul le train permettait de s'y rendre.

Malgré l'isolement, Parent était un village florissant à l'époque. Le Canadian National (CN) y avait des ateliers de réparation et une gare de triage. De plus, l'armée avait établi non loin de là une base radar. Quelques milliers de personnes vivaient en plein coeur de la forêt de la Haute-Mauricie.

Le travail à Parent en 1940 n'avait rien de facile. Il manquait de tout. Il n'y avait pas d'équipement, pas de clinique et les médecins avaient tous quitté l'endroit. Irène Bergeron-Dupont devait faire avec rien. Durant les quelque quatre décennies où elle a pratiqué, garde Dupont redoublait de débrouillardise pour soigner la population. Elle a soigné toutes sortes de maladie et de blessures. Elle a même fait plusieurs accouchements et intervenue sur nombre d'accidents. Une vie digne d'un roman.

«Je n'avais pas le choix. Je devais m'occuper des malades. Il n'y avait personne d'autre», dit-elle humblement.

Irène Bergeron-Dupont a aussi été adoptée des Atikamekws. Régulièrement elle devait se rendre visiter des autochtones sur leurs territoires familiaux ancestraux. «J'ai un attachement et un profond respect pour ce peuple», assure-t-elle.

Garde Dupont a pris sa retraite en 1977 à l'âge de 65 ans. Elle a laissé derrière elle des générations de patients. Du haut de ses 100 ans, elle se rappelle de nombreux souvenirs de sa vie d'aventurière. «Je ne regrette rien de ce que j'ai fait. J'aime tellement Parent et ses gens. J'ai très hâte d'y retourner.»

Sa fille Diane Dupont a pris sa relève à Parent. Alors jeune infirmière fraîchement diplômée, elle avait toujours connu ces conditions de travail particulières marquées par l'isolement. Enfant et adolescente, elle a souvent accompagné sa mère lors de visites. En fait, tous les enfants ont rapidement côtoyé le milieu médical. La clinique était établie dans leur maison. C'est d'ailleurs ce qui a guidé la carrière de la plupart des enfants de la famille.

Au début, la légende entourant sa mère était si grande, que Diane Dupont doit se faire un prénom. Montrer à la population qui admirait tant la garde Dupont qu'elle était aussi compétente que sa mère. «Les premières années, certains ne voulaient pas venir me voir. Je n'étais pas ma mère», se souvient Diane Dupont. Mais, forte de son caractère et de son esprit d'aventure héritée d'Irène Bergeron-Dupont, elle a tenu le fort jusqu'à tout récemment. Diane Dupont a pris sa retraite et quitté Parent pour Québec afin d'aider sa mère.

La mémoire d'Irène Bergeron-Dupont est toujours vivante: Deux fêtes souligneront son 100e anniversaire

Le nom d'Irène Bergeron-Dupont ne sera pas oublié à Parent, ce village qu'elle aime tant. Le dispensaire du Centre de santé et des services sociaux du Haut-Saint-Maurice à Parent porte désormais le nom de cette grande dame qui a marqué l'histoire du nord de la Mauricie et de tout le Québec.

Des femmes aventurières comme Irène Bergeron-Dupont ont permis le développement des régions nordiques du Québec. Guidée par l'amour des autres et sa détermination à aider son prochain, garde Dupont a aussi contribué à sa façon de faire tomber les inégalités entre les sexes.

«Tout le monde connaît et respecte Irène Bergeron-Dupont. Parent lui doit beaucoup», affirme Sylvie Lachapelle, conseillère municipale de Parent à la Ville de La Tuque et belle-fille de garde Dupont.

Les proches d'Irène Bergeron-Dupont célébreront son 100e anniversaire le premier janvier à la résidence le Logidor à Québec. Deux semaines plus tard, Irène Bergeron-Dupont retournera à Parent pour participer à une grande fête qui aura lieu le 19 janvier. Déjà très fébrile, Garde Dupont a déjà hâte de revoir la forêt couverte de son manteau blanc.

Irène Bergeron-Dupont a eu 10 enfants, dont 8 sont toujours vivants, 13 petits-enfants et 16 arrière-petits-enfants.

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