Biomasse: le futur or noir du Haut-Saint-Maurice?

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Un des chercheurs de l'Université de Western Ontario qui a développé le pyrolysateur mobile, Cédric Briens, explique le fonctionnement de la technologie au surintendant de l'usine John-Lewis de La Tuque, Frédérique Tremblay, ainsi qu'à Martin Dubé, chercheur au CIPP.

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(La Tuque) La profonde crise que connaît l'industrie forestière montre la pertinence de faire autrement et davantage. Réinventer les produits de la forêt afin que des communautés puissent continuer d'y vivre représente tout un défi.

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La commissaire à la diversification de l'agglomération de La Tuque, Anne Vadeboncoeur, tient dans ses mains ce qui pourrait devenir le futur or noir du Haut-Saint-Maurice fabriqué à partir de la biomasse forestière.

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C'est avec ce souci de diversifier l'économie de la forêt que la Ville de La Tuque, des forestiers du Haut-Saint-Maurice ainsi que des chercheurs de la région s'intéressent très sérieusement à la transformation de la biomasse forestière en biohuile et en biocharbon. Tous désirent passer maintenant de la parole aux actes.

La Ville de La Tuque, l'Université du Québec à Trois-Rivières ainsi que des entreprises du Haut-Saint-Maurice, tels le Groupe Rémabec et la Coopérative forestière du Haut-Saint-Maurice, travaillent de concert dans l'élaboration de ce projet. Chacun y voit un moyen de diversifier l'économie et la chance de devenir des pionniers de cette industrie émergente.

«Nous devons vraiment nous positionner afin de devenir les leaders au Québec pour ne pas être à la remorque des autres régions», affirme la commissaire à la diversification de l'agglomération de La Tuque, Anne Vadeboncoeur.

D'ailleurs, une délégation composée de chercheurs et d'industriels s'est rendue la semaine dernière à London, en Ontario, afin de voir de plus près le pyrolyseur mobile, unique au monde, développé par l'Université de Western Ontario.

Patrice Bergeron est ingénieur forestier à la Coopérative forestière du Haut-Saint-Maurice. Il est notamment le responsable d'Énergie Miti, un projet d'usine de granules de bois. Il avoue que l'exploitation industrielle de biohuile par la pyrolysation de résidus de biomasse n'est pour l'instant pas possible.

Toutefois, il voit en cette nouvelle technologie un excellent potentiel. «C'est l'avenir», dit-il. Adopter cette technologie permettrait à La Tuque de se démarquer par son innovation. «Nous deviendrions la région du Québec à développer», estime Patrice Bergeron.

Des perspectives économiques encourageantes

Les perspectives économiques de la transformation de la biomasse pourraient s'avérer très rentables pour les entreprises qui utilisent la pyrolyse rapide.

En effet, pour une tonne de résidu forestier évalué à environ 80 $, il est possible de produire environ 600 kg de biohuile estimés à 108 $, près de 200 kg de biocharbon évalué à 120 $ ainsi que 200 kg de gaz qui seront consommés par la machine. À cela peuvent s'ajouter d'éventuels crédits de carbone. Ce qui est actuellement un déchet organique devient un produit à valeur ajoutée.

Martin Dubé croit que l'avènement de cette technologie en Haute-Mauricie représente le premier pas vers une éventuelle autonomie énergétique de la région. Même s'il n'existe pas encore un marché pour les biohuiles, M. Dubé soutient que le risque d'investir dans un pyrolyseur mobile est tout de même mineur.

«Bien que le marché des biohuiles ne soit pas encore développé, nous pouvons toujours nous rabattre sur les biocharbons pour lesquels il y a déjà un bon marché», précise-t-il.

Possible partenariat entre l'UQTR et Western Ontario

L'acquisition d'un pyrolyseur mobile développé par l'Institute for Chemical and Fuels from Alternative Ressources (ICFAR) et commercialisé par Agritherm, une entreprise créée conjointement par l'Université de Western Ontario et des investisseurs privés, demanderait des investissements de près de 600 000 $.

Ce prix est conditionnel à un partenariat de recherche entre l'UQTR et l'ICFAR ce qui permettrait aux deux universités ainsi qu'aux industriels de la région de partager leurs découvertes sur la pyrolysation des résidus forestiers.

L'ICFAR concentre surtout ses activités de recherche autour de la transformation de résidu d'exploitation agricole. Sans partenariat, le prix de la technologie oscille autour du million de dollars.

«Cette technologie est un beau tremplin pour la région et l'UQTR», affirme Martin Dubé, chercheur au Centre intégré en pâtes et papiers.

Par ailleurs, l'École forestière de La Tuque, aidée de sa forêt d'enseignement et de recherche, agira comme vitrine technologique dans ce projet. Le pyrolyseur mobile y serait installé. Le personnel de l'école ainsi que les étudiants seraient fortement impliqués.

«L'installation d'un pyrolyseur mobile à la forêt d'enseignement et de recherche est donc une avenue concrète, un équipement novateur qui permettraient au Haut-Saint-Maurice de réaliser plusieurs essais d'extractibles à partir de l'écorce de certains arbres», soutient Anne Vadeboncoeur.

Martin Dubé estime que le projet de transformation de la biomasse que caressent la Ville de La Tuque, l'UQTR ainsi que des forestiers du Haut-Saint-Maurice permettra de changer l'image de l'industrie forestière auprès de la population. «Cela démontre que l'industrie fait autre chose avec la forêt. Qu'elle ne fait pas que couper des arbres», dit-il.

De la biomasse forestière de La Tuque déjà transformée

Il y a quelques mois, des résidus forestiers de la Haute-Mauricie ont été expédiés aux laboratoires de l'ICFAR afin d'être pyrolysés par la technologie de l'équipe de l'Université de Western Ontario.

Des branches de sapins avec leurs aiguilles provenant de l'École forestière et du bouleau de l'usine de la John-Lewis du Groupe Rémabec à La Tuque ont été chauffés jusqu'à une température de 600°C.

Le pyrolyseur mobile développé par l'Université de Western Ontario transforme jusqu'à cinq tonnes de résidus de biomasse par jour donnant 7000 litres de biohuile.

«C'est une huile qui est très différente de celle que l'on connaît habituellement. Elle contient beaucoup d'eau et doit être stabilisée avec l'ajout de polymère», explique le directeur de la recherche et du développement de l'ICFAR ainsi que professeur au département d'ingénierie chimique et biochimique, Cédric Briens.

Pour comprendre le procédé chimique de cette technologie, voici une petite vulgarisation. La pyrolyrolisation est la décomposition par la chaleur de matière organique. Cette opération crée des gaz, de la biohuile et du biocharbon. Le procédé brise les molécules de la matière première pour en créer d'autres avec de toutes nouvelles propriétés.

De plus, cette technologie permet aussi l'extraction d'antioxydant à partir de l'écorce de plusieurs essences d'arbres, dont le bouleau et l'érable.

Ces antioxydants sont recherchés pour leurs valeurs anticancérigènes. Une fois raffinées, les matières extraites lors de la pyrolysation peuvent être transformées en carburant, en additifs alimentaires (la biohuile est utilisée entre autres dans la fabrication de saveur artificielle de fumée et de BBQ), en produit pharmaceutique ainsi qu'en engrais. Et le marché n'en est qu'à ces premiers balbutiements.

La Tuque

Un projet de chaufferie institutionnel à partir de la biomasse forestière est présentement sur les tables à dessin à La Tuque.

La Ville désire ainsi chauffer le garage municipal, le Colisée, l'école Centrale, l'hôtel de ville, le centre social ainsi que la bibliothèque. Ces bâtiments présentent un immense avantage. Ils sont tous sur la même rue. Cette chaufferie serait similaire à ce qui a été installé à l'hôpital d'Amqui dans la Vallée de la Matapédia.

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