Inutile de dire que l'accueil a été chaleureux. «Nous étions tellement attendus. Depuis 2008, en fait», confirme Dave. «Il y avait déjà une bonne liste d'attente, et les gens voulaient nous voir. On a eu un très bon accueil», ajoute-t-il.
Le duo n'a pas été dépaysé, car il est natif de Sorel et avait déjà vécu à Yamaska. Maintenant qu'ils sont en poste depuis un peu plus d'un an, tout roule comme sur des roulettes pour les deux frères. «Ça va bien. Nous sommes contents de notre pratique à la Coop, où on fait du bureau (à raison de trois jours par semaine, trois semaines par mois), et à l'hôpital de Sorel (une semaine par mois), où on fait de l'hospitalisation», lance pour sa part Dany: le plus jeune des deux par 15 minutes.
Dans leur pratique, les deux se complètent. Évidemment, les anecdotes ont été nombreuses depuis leur arrivée à Pierreville. «Il arrive assez fréquemment que j'aille chercher un patient dans la salle d'attente et qu'un des patients de mon frère croit qu'il est devant son médecin. Et quand il voit un (autre) patient entrer dans mon bureau, il a comme réaction: «Comment se fait-il que ce ne soit pas à mon tour?», raconte Dave.
«Il arrive aussi que nous allons chercher nos patients en même temps et que ceux-ci ne savent plus lequel de nous ils doivent suivre», illustre encore Dave. Mais d'après ce dernier, au bout d'un an, les gens sont habitués.
Dans le milieu médical, c'est une pratique répandue d'interpeller un médecin par son nom de famille, comme par exemple «Dr Beauchemin». Mais quand il y a DEUX docteurs Beauchemin, le prénom devient très important. Et utile pour se démêler. Et ça, le personnel (infirmier et administratif) qui entoure les deux frérots l'a compris. «Ils vont nous appeler Dr Dany ou Dr Dave», disent ceux-ci ensemble.
Dans la communauté où ils se sont établis, il n'est pas rare qu'ils entendent les remarques des gens qu'ils croisent, lors de leur magasinage ou d'autres activités en public. Comme «Est-ce les jumeaux médecins?»
Et il y a le cas classique: la situation où une personne se trompe en interpellant un des deux sur la rue. «Qu'on dise Dany ou Dave, on se retourne de toute façon. C'est un automatisme», précisent-ils.
Mais ils y sont habitués, car durant leurs études en médecine à Sherbrooke, ils ont aussi eu leur lot de situations cocasses. Comme lors d'examens simulés, où on simule une rencontre entre un médecin et un patient. «Il arrivait que l'un de nous sorte de la salle d'examen et que l'autre se présente devant l'évaluateur pour son examen. Mais ce dernier, croyant que c'était le premier qui revenait à la charge, le retournait. Il fallait alors expliquer la situation au professeur en question», raconte... Dave... Dany... un des deux! Il arrivait aussi que ce soit la personne qui jouait le rôle du patient qui réagissait en pensant qu'il faisait face au même étudiant médecin pour une deuxième fois: «Écoute, tu viens de passer», lançait-il au deuxième jumeau.
Autre situation inédite. Lors d'un examen oral, lorsque le second se présentait, il était reçu par: «Tu connais déjà les réponses parce que tu es venu tantôt»...
C'est individuellement que chacun a décidé de pratiquer la médecine, et plus précisément la médecine familiale. Mais c'est quand ils ont discuté de leur projet respectif que chacun a découvert que son jumeau entretenait les mêmes aspirations.
En premier, comme les deux aimaient la biologie, ils se proposaient d'être vétérinaires. Mais chacun a bifurqué vers la médecine (humaine). Sans avoir à se consulter, ils se retrouvaient dans leur champ d'intérêt. «Ça n'a pas été une concertation. Quand nous avons décidé d'être médecins, c'était en médecine de famille. Autant pour Dany que pour moi, on privilégiait ce secteur pour la diversité qu'il offre, autant au niveau des maladies à traiter que des patients: la relation avec les patients, que ce soit les enfants, les adultes, les personnes âgées. On aimait beaucoup cette diversité-là et le contact que les médecins de famille ont avec leurs patients, ce que les médecins spécialisés n'ont pas autant», fait valoir Dave.
Les deux relèvent un autre fait inusité. «En médecine à (l'Université de) Sherbrooke, à chaque année (chaque promotion) il y avait un couple de jumeaux identiques». Les Beauchemin étaient ceux de la cohorte de 2009.
Dans le jargon de l'univers des jumeaux, les frères Dany et Dave Beauchemin sont considérés comme identiques. «Monozygotes», si vous préférez. «C'est un ovule qui s'est séparé en deux», expliquent les deux docs. «Comparativement à hétérozygotes qui désigne des jumeaux fraternels: qui ne sont pas identiques», précisent-ils.