La femme qui veut construire un pays

Johane Germain... (Photo: Sylvain Mayer)

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Johane Germain

Photo: Sylvain Mayer

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Louise Plante
Le Nouvelliste

À peine rentrée d'un voyage exploratoire à Turin, en Italie, après être passée au Salone Del Gusto (Salon du goût) où s'étaient rassemblés des milliers d'adeptes de Terra Madre, Johane Germain, fondatrice du Convivium Slow Food de la Vallée-de-la-Batiscan, est rentrée au pays «crinquée au boutte!».

Et pour cause, elle se retrouvait là parmi ses pairs, c'est-à-dire des gens convaincus qu'il est possible de développer une région en passant par ses gens, ses produits et une nourriture de qualité (libre d'OGM).

C'est que dans son propre pays (où nul n'est prophète), les maires sont encore éberlués de l'entendre dire qu'elle veut fonder le «Pays de la Batiscan»... comme on dit le Pays de la Loire ou le Pays du champagne.

Il n'est pas question ici d'un échelon administratif supplémentaire mais bien d'un espace de réflexion fédérant l'ensemble des forces vives du territoire.

On l'aura compris, Johane Germain est en avance sur son temps... à moins que ce ne soit le Québec qui accuse un sérieux retard. Elle penche plutôt pour la deuxième hypothèse.

«Il n'y a qu'ici qu'on fonctionne encore comme ça, en silo, en vase clos. Les touristes n'y comprennent rien. Personne n'a entendu parler de MRC en Europe.»

Mais qui est cette femme, finaliste au prix Porteur d'espoir du Jour de la Terre et lauréate mauricienne du prix Hommage bénévolat Québec 2012 remis par Québec?

La question la laisse sans voix quelques secondes. Si elle peut parler sans tarir de la Vallée de la Batiscan, il faut lui arracher une par une quelques informations sur elle-même.

«Je suis née à Saint-Stanislas, dans une famille d'agriculteurs impliquée dans sa communauté. J'ai été éduquée par les Filles de Jésus, finit-elle par lâcher. Je suis définitivement une fille de rivière. À ma retraite, en 2005 (responsable des communications à la direction régionale du ministère de l'Agriculture), je suis revenue dans mes terres.»

Elle habite en effet une ravissante maison cachée sur le bord de la rivière Batiscan, flanquée d'un étonnant petit immeuble de deux étages construit de chanvre, véritable prototype dont elle a fait un carrefour international de recherche universitaire.

Après la rédaction de son projet, «Ruralité nouvelle», et soutenue par des scientifiques tel que Louise Vandelac et la journaliste Françoise Kayler, Johane Germain organise des rencontres le long de la rivière Batiscan, jusqu'à Lac-Édouard.

Le projet s'enrichit au fil des rencontres et devient collectif. C'est ainsi que naît une vision de développement compatible avec le savoir-faire de la population et avec le paysage de la Vallée de la Batiscan et qui débouchera sur la création du Convivium Slow Food de la Vallée-de-la-Batiscan. Conviv.... quoi? lui demande-t-on souvent. «Le mouvement Slow food lutte contre l'indifférence grandissante de la population vis-à-vis de son alimentation et des conséquences qu'ont ses choix alimentaires sur le reste de la planète», résume-t-elle.

Forte de ses premiers succès, Johane Germain propose de faire de la vallée de la Batiscan une zone laboratoire rurale spécialisée en écodéveloppement. Elle fonde Héritage Vallée-de-la-Batiscan et ajoute à la mission du Convivium Slow Food la dimension éducative qui deviendra le thème porteur d'un plan d'actions établi jusqu'en 2014.

Elle préside maintenant une ONG formée de professeurs-chercheurs en éducation relative à l'environnement, d'agriculteurs amoureux de paysages et de citoyens. Elle supervise aussi des stages internationaux tournant autour de l'Étude de valorisation du patrimoine naturel et culturel de la vallée de la Batiscan et qui a pour but de définir le potentiel de développement écotouristique de la vallée.

Le 16 avril 2011, elle organisa la Grande tablée des chefs qui rassembla sept chefs cuisiniers et 15 producteurs de la Vallée de la Batiscan, un événement qui procura une visibilité internationale à ce coin de pays, grâce au réseau Slow Food.

Depuis 2010, elle fait l'objet d'un documentaire de la CBC-Radio-Canada qui s'intéresse au mouvement SL. L'espace manque pour énumérer toutes ses réalisations mais on ne peut passer sous silence l'organisation du colloque «Paysage humanisé» en décembre 2010, avec le Mouvement vert de la Mauricie: une première au Québec alors que le concept existe depuis longtemps en Europe.

En avance, dites-vous?

Vous pouvez entendre l'entrevue avec notre Tête d'affiche dans l'édition matinale Chez nous le matin, animée par Frédéric Laflamme, au 96,5 FM, entre 6 h et 9 h, ainsi que le reportage présenté au Téléjournal Mauricie du dimanche.

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