Le parcours artistique de ce natif du quartier Saint-Philippe à Trois-Rivières remonte à la fin des années 1960. Mais pour situer les racines et le déploiement de son implication actuelle auprès des enfants, nous pouvons reculer à 1982. C'est cette année-là qu'il a commencé à promener d'école en école le spectacle pour enfants qu'il avait monté avec François Kègle au Théâtre de face.
Depuis trois décennies, il fait donc découvrir l'univers de ses chansons et ses animations poétiques aux enfants de la province. «C'est le même spectacle depuis 30 ans», insiste-t-il. «Il y a des années où je l'ai joué 300 fois, pour un total de plus de 4000 fois.»
«Ce qui peut avoir été transmis à l'occasion de cette heure-là, c'est peut-être l'inspiration pour un dessin, une pensée, une ouverture d'esprit. C'est une heure où on s'est amusé avec la langue, avec des images nouvelles. C'est un peu comme le passage d'un troubadour. Je le vis comme un très grand privilège», commente M. Laprise en parlant de ces rendez-vous qu'il continue de multiplier avec les enfants, un peu partout au Québec.
«C'est comme il y a 400 ans, je suis comme un troubadour qui passe dans les écoles au lieu que ce soit dans les tavernes! Je suis cet inconnu qui passe... Je sais que les enfants reçoivent quelque chose de ce passage, et c'est ça, le trophée», poursuit-il.
Depuis 2002, Jean Laprise oeuvre aussi auprès des enfants de l'école Saint-Paul, à Trois-Rivières. Il les initie à l'art dramatique, au conte, à la poésie et au chant choral. Auparavant enseignant salarié, l'artiste s'implique à titre bénévole depuis cette année. Sur l'heure du dîner ou après l'école, les élèves de la première à la sixième année peuvent cultiver leur intérêt pour cette culture et développer un talent qui se révèle, souvent.
Au pupitre de la chorale, Jean Laprise expose les répertoires de la chanson française et québécoise, d'Anne Sylvestre à Charles Trenet en passant par Claude Léveillé, Gilles Vigneault, Georges Brassens et Félix Leclerc, y glissant quelques fois de ses compositions. Les enfants récitent aussi les mots des Robert Desnos, Jacques Prévert ou Hector de Saint-Denys-Garneau, par exemple.
«Ce que j'ai découvert par rapport à l'école Saint-Paul, c'est le pouvoir immense des enfants à accrocher à des pièces extrêmement profondes, extrêmement puissantes», observe l'homme né en 1946. «J'ai découvert à quel point le répertoire peut être très large et aller dans des sentiers peu conventionnels avec les enfants. Ça fait la preuve que l'on pourrait proposer aux enfants bien d'autres choses», ajoute-t-il.
Les élèves ont parfois l'occasion de se produire en public. Cette année, ils ont notamment chanté au sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, au Musée québécois de culture populaire et à la Maison de la culture. «De se produire devant public leur fait prendre conscience de leur propre valeur. Mais ça va au-delà de dépasser sa gêne. Les enfants sont conscients qu'ils donnent au public adulte quelque chose que ces adultes n'auraient pas pensé qu'ils puissent livrer».
«Les petits ne sont pas sans réaliser qu'ils transmettent un trésor. Ils sont les nouveaux porteurs de textes et de chansons qui avaient un peu disparu», fait-il aussi remarquer.
En février, les élèves de Monsieur Jean avaient présenté le spectacle Soirée magique des histoires anciennes au Musée québécois de culture populaire. Ce projet a mérité le Prix de l'Initiative éducation-culture au dernier gala des Grands prix culturels. Parmi les honneurs déjà décernés à Jean Laprise, on peut mentionner le Prix hommage Arts excellence du Conseil de la culture et des communications de la Mauricie en 2006.
Le pédagogue a également enseigné au niveau secondaire à Nicolet dans les années 1970 puis à l'Université du Québec à Trois-Rivières, d'où il avait reçu une maîtrise en études littéraires en 1980. En tant que comédien, il a agi comme narrateur dans le spectacle nocturne Éclyps, présenté à la Cité de l'énergie de 2006 à 2011. Comme auteur, sa production récente comprend le bestiaire poétique Faut pas troubler l'alligator, paru en 2010.