De l'école Saint-Jacques au pays des rêves

Manon Périgord... (Photo: Sylvain Mayer)

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Manon Périgord

Photo: Sylvain Mayer

Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Elle se dit plutôt réservée, voire timide, mais lorsqu'il s'agit d'amener ses élèves à dépasser leurs limites, tous ses doutes disparaissent. Manon Périgord fait dans le conte merveilleux. L'enseignante arrive à puiser en elle cette force unique aux hypersensibles pour la partager aux enfants qui en redemandent. La fée, c'est elle.

Mme Périgord enseigne à des élèves âgés entre 7 et 12 ans vivant avec une déficience intellectuelle, un trouble envahissant du développement, une dysphasie, etc. Ces enfants ne se développent pas comme par miracle, mais leur visage rayonne comme celui de tous les autres quand on leur en donne la possibilité.

La porte de sa classe en adaptation scolaire est toujours ouverte. Ça permet d'y faire entrer les projets les plus fous. Le dernier en lice vient tout juste d'être réalisé.

Neuf élèves de l'école primaire Saint-Jacques accompagnés de douze adultes sont allés visiter des dauphins. Ils étaient plus précisément à Water Planet, en Floride. Il s'agit d'un centre spécialisé qui offre aux personnes handicapées diverses thérapies assistées par des dauphins sauvages (delphinothérapie).

Pendant un an, Manon Périgord a dirigé une armée de bénévoles dont faisaient évidemment partie les parents des enfants. Elle a organisé des journées d'emballage à l'épicerie, des ventes de chocolat et de bagues en boutons fabriqués par ses élèves, des soupers «smoked meat», le spectacle «Delphino Show», des collectes de canettes vides, des soirées disco pour les élèves de l'école Saint-Jacques, etc. Au cours des derniers mois, toutes ses fins de semaine, ou presque, étaient consacrées à la collecte de fonds.

Mme Périgord a dû apprivoiser sa gêne pour relancer avec une assurance qu'elle ne se soupçonnait pas des dirigeants de fondations et d'organismes, des commerçants, des élus, etc. Au bout du compte, l'enseignante, sa collègue Karine Lépine et toutes les personnes qu'elle voudrait nommer ont amassé les 46 000 $ nécessaires pour mener à terme son projet, le deuxième en deux ans.

Avant Water Planet, il y a eu Disney. C'était en juin 2010. Ici aussi, Manon Périgord a remué mer et monde pour permettre à sept de ses élèves de visiter le monde féérique de Mickey.

L'enseignante n'oubliera jamais le sourire d'une enfant trisomique qui ne parlait jamais, mais qui, en foulant le sol de Disney, s'est mise à crier avec joie les noms des animaux qui apparaissaient devant elle.

Manon Périgord est aussi émue en pensant à ce petit garçon autiste qui, à la vue de ses personnages préférés, s'est tourné vers sa mère pour lui dire tout simplement: «Je suis heureux»... C'est pour des moments magiques comme ça qu'elle a des idées plein la tête pour ses élèves.

C'est à l'Université de Sherbrooke que Manon Périgord a étudié en adaptation scolaire et c'est au cours d'un stage parmi des enfants handicapés sur le plan intellectuel que la jeune femme a su qu'elle venait de trouver sa voie.

Notre Tête d'affiche a d'abord travaillé au pavillon Arc-en-ciel du CHRTR, en alphabétisation auprès des adultes, avec des adolescents ayant une déficience légère à l'Académie les Estacades et à titre d'orthopédagogue au sein de la Commission scolaire de l'Énergie. Il y a dix ans, elle a exprimé le souhait d'enseigner dans la classe en adaptation scolaire de l'école primaire Saint-Jacques. Elle y est toujours. À son plus grand bonheur.

«J'ai eu un véritable coup de coeur pour ces enfants. Ils ne se mettent pas de barrières. Ils sont tellement spontanés. Si je dois m'absenter une demi-journée, à mon retour, c'est la fête. À chaque fois que je leur propose une activité, même si elle est un peu banale, c'est comme si je leur donnais la lune. Ce sont des enfants qui sont branchés sur nos émotions. Si, une journée, je ne me sens plus triste, ils le ressentent et se montrent plus affectueux encore. Ils me font du bien...», explique-t-elle avec reconnaissance.

Il lui arrive parfois d'être confrontée à une crise d'enfant. Certains jours, un élève n'arrive pas à exprimer autrement ses peurs ou ses frustrations que par la confrontation.

«Lorsqu'on enseigne dans une classe en adaptation scolaire, il faut être capable d'accepter les différences et d'aller au-delà de ses propres limites pour pouvoir, par la suite, amener nos élèves plus loin», soutient Mme Périgord qui n'hésite pas à sortir ses élèves dans le quartier, au petit restaurant du coin, au comptoir de crème glacée ou ailleurs pour qu'ils apprennent à attendre leur tour, à demander un service poliment, à s'ouvrir aux autres avec confiance, en d'autres mots, à prendre leur place dans la société.

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