François Dubois: une implication sans frein

François Dubois... (Photo: Émilie O'Connor)

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François Dubois

Photo: Émilie O'Connor

Marie-Josée Montminy

Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'est à la fin de l'entrevue que François Dubois lance la phrase qui éclipse toutes celles qui donnaient du sens à son implication dans mille et une organisations de soutien aux personnes handicapées. S'il pouvait changer le cours de sa vie, il ne le ferait pas, affirme le Trifluvien cloué à un fauteuil roulant depuis bientôt 25 ans.

Le président de l'Association des handicapés adultes de la Mauricie et de BAIL Mauricie avait 17 ans quand un accident de la route l'a laissé quadraplégique. Étudiant en première année au Cégep de Trois-Rivières en Techniques administratives, il travaillait pour une compagnie de manutention et de livraison, la plupart du temps le soir dans l'entrepôt, mais parfois sur la route, le samedi, pour effectuer des livraisons.

Ce samedi d'octobre 1987, il conduisait sur une route de Précieux-Sang, suggérée par son passager comme raccourci vers Nicolet, quand il a perdu le contrôle du véhicule dans une courbe. Après deux mois et demi d'hospitalisation et une période de réadaptation de janvier à juin 1988, il est retourné au Cégep et a terminé ses études, choisissant de compléter sa dernière année à Québec, question de développer encore plus d'autonomie.

De retour à Trois-Rivières, il s'est installé seul en appartement et a dû multiplier les démarches auprès de la CSST (Commission de la santé et de la sécurité au travail) pour finalement obtenir le statut lui donnant droit aux prestations d'invalidité. Le jeune homme savait qu'il n'était pas apte à intégrer le marché du travail, mais a dû le prouver. Il avait complété les études qu'il avait entreprises «pour faire autre chose que d'être chez nous, inactif, sans être éduqué».

Inactif, François Dubois ne l'a jamais été. Dès 1989, il a commencé à jouer au rugby en fauteuil roulant, d'abord à Québec avant de démarrer un club à Trois-Rivières, le Tri-Quad. «J'ai fait partie de l'équipe du Québec qui allait jouer aux États-Unis», précise-t-il. Il fut responsable de l'administration du club Tri-Quad de 1992 à 2003, et a occupé les mêmes fonctions pour une équipe de basketball en fauteuil roulant pendant deux ans.

Depuis 1996, M. Dubois est impliqué au sein du conseil d'administration de l'Association régionale de loisir pour les personnes handicapées de la Mauricie, et en 2003, il a co-fondé le centre de conditionnement adapté de la Mauricie Adaptaforme.

Toutes ces implications dans des organisations vouées aux loisirs des personnes handicapées ont valu à François Dubois le mérite du Prix du bénévolat en loisir et en sport Dollard-Morin dans la catégorie Bénévolat réalisé par une personne handicapée. Ce prix chapeauté par le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport lui a été décerné en octobre 2011.

Pour traiter des enjeux plus globaux auxquels sont confrontés les personnes handicapées, M. Dubois agit également au sein de l'Association des handicapés adultes de la Mauricie, qu'il préside depuis 2006, en plus de présider BAIL Mauricie, le Bureau d'aide et d'information sur le logement adapté pour la région de la Mauricie.

Membre du comité de suivi du Plan d'action pour l'intégration des personnes handicapées de la Ville de Trois-Rivières, il représente aussi les usagers du transport adapté au sein du conseil d'administration de la Société de transport de Trois-Rivières.

L'accessibilité est un des points majeurs reliés à l'intégration des personnes handicapées. «Au début, je m'impliquais aussi pour moi. Je sortais beaucoup au centre-ville, dans les restos, les bars, et je trouvais ça insensé que ce ne soit pas accessible. Puis mon implication est devenue aussi pour aider ceux qui ne peuvent pas, eux-mêmes, s'impliquer dans des organisations qui travaillent à améliorer l'intégration.»

«Ce n'est pas parce qu'on est handicapé qu'on ne peut pas consommer nous aussi! On a le temps, et plusieurs ont les ressources financières pour consommer», plaide-t-il pour sensibiliser les commerçants à l'importance d'adapter l'accès à leurs places d'affaires.

En 2008, après qu'il eût reçu l'Ordre de La Vérendrye, une récompense accordée par la Ville de Trois-Rivières, un membre de sa famille a demandé à François Dubois s'il changerait le cours de sa vie s'il en avait le pouvoir. «Non», a-t-il répondu et maintient-il encore aujourd'hui.

«J'ai fait des voyages aux États-Unis avec l'équipe de rugby, j'ai descendu la rivière Jacques-Cartier, j'ai sauté en parachute... Je ne sais pas si j'aurais fait tout ça. Il y a aussi tout ce que peut m'apporter mon implication. Je ne fais pas ça pour les prix, mais quand tu es reconnu par tes semblables et par la société qui est ouverte à ce que tu fais, c'est valorisant.»

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