«J'ai vécu en ville, à Paris et un peu à Montréal et je me suis aperçu que je n'aurais jamais été capable d'y vivre pour de bon. Ma vie était ici, dit-il en pointant du menton le fleuve à ses pieds, dans la cour de sa résidence. Vivre en région, c'est un choix que j'ai fait il y a longtemps et que j'ai parfaitement assumé même si cela a nui à une reconnaissance de mes pairs aussi bien comme professeur que comme artiste.»
«Malgré ce qu'en pensent certains, si tu as vraiment quelque chose à dire, tu le dis où que tu sois et ça n'affecte pas la valeur de ton propos. J'ai toujours été en-dehors des courants, admet-il. Je ne suis pas au courant des courants. Je suis une sorte de romantique.»
Le professeur a enseigné la littérature à l'UQTR, notamment, pendant 28 ans et l'artiste a publié plus d'une trentaine d'oeuvres. Des recueils de poésie, des romans, une autobiographie et puis, plus récemment, de la musique, beaucoup de musique, dont témoignent trois CD.
«Tous mes romans se déroulent ici. Toute mon oeuvre a chanté la région. Je suis un poète du bord du fleuve et du lac Saint-Pierre.»
Sa culture, pourtant, ne connaît pas les frontières et il a offert à ses étudiants des voyages au long cours. «Je voulais leur offrir une culture générale, la beauté des arts dans tous les domaines grâce à des cours qui mêlaient les arts visuels, la littérature, la musique. J'ai eu la chance d'avoir des étudiants avides de connaître.»
Dans sa tête, se confondent les notions d'art et d'accessibilité. Il aime la beauté et veut la partager avec le plus grand nombre. «Quand je serai mort, j'aurai au moins laissé ça derrière moi: de la beauté pour que d'autres en profitent. La beauté, ce n'est pas une abstraction. Le parc littéraire, à Nicolet, en est un bel exemple. C'est un don, un legs pour faire aimer la poésie et la beauté et la partager avec des gens qui n'y auraient peut-être pas eu accès autrement. C'est important de partager la magie qu'il y a dans les émotions. Cette attitude est peut-être marginale dans le monde de la poésie et de la littérature mais pour moi, l'art doit toujours rester accessible. C'est un geste de communication avec les autres.»
Voilà qui révèle beaucoup de l'homme et de l'artiste qu'il est. Un homme épris de beauté, plus d'ailleurs aujourd'hui, à 73 ans, que dans ses jeunes années. Un homme dont la sérénité contraste avec le fougueux poète des débuts, torturé, et amer. «La sérénité qui marque mon oeuvre aujourd'hui est riche parce qu'elle est le résultat de tout ce que j'ai traversé avant. Il a fallu que je lutte pour y arriver.»
Cette simple recherche de la beauté n'est pas vide ou bête. Elle est le fruit de son expérience, de profondes douleurs transcendées. Elle est une victoire, clame-t-il lui-même avec une fierté qu'il se refuse à dissimuler, ce qui contraste avec le parcours effacé qu'il a choisi pendant la plus grande partie de sa carrière artistique. Sans chercher la visibilité, il s'efforce d'offrir au plus grand nombre son travail. Il a récemment publié un premier recueil de ses poésies traduites en anglais pour élargir son public. Il écrit également des chansons qu'il offre à des chorales pour donner à ses oeuvres un riche écrin en vue du partage d'une beauté, plus intense encore, naissant de la singulière étreinte des mots et de la musique. «Je me suis mis à l'écriture de chansons il y a environ huit ans. C'est devenu une passion. Je suis un hyperactif: j'ai toujours plein de projets. Et je les réalise! Je vis assurément une des plus belles périodes de ma vie.»
La sagesse que lui confère son expérience l'a énormément enrichi: il a retrouvé la capacité d'émerveillement qu'il avait, enfant. «Quand je me promène au bord de l'océan, j'écoute ce que la mer me dit et je l'écris. Ça prend une vie pour réapprendre à être disponible à ça.». Une longue et riche vie.