Imaginez un instant un cours de science où l'on apprend à faire des machines à gomme, où l'on joue à CSI: Miami, où l'on peut cultiver des bactéries trouvées dans l'école et fabriquer soi-même une lampe de poche. Pas étonnant que les élèves aient la mine basse... quand le cours se termine.
Nathalie Deschênes est de ces personnes pour qui l'enseignement était un destin. «Quand j'étais petite, j'adorais jouer à l'école», raconte-t-elle.
L'enseignante de 17 ans d'expérience se fait un point d'honneur de mettre du piquant et de l'humour dans ses cours. «Oui, ça prend de la discipline et il y a des cours théoriques, mais les élèves aiment beaucoup les expériences que l'on fait. Pour moi, c'est très important de rendre mes cours intéressants et variés», dit-elle.
L'enseignante démontre aussi une grande sensibilité envers ses élèves. Quand ils arrivent en classe, elle les accueille un à un à la porte, filtrant ainsi au passage ceux qui ne se sentent pas bien afin de les remettre entre bonnes mains. «J'aime mes élèves et ils le savent», raconte celle dont la porte est toujours ouverte pour les confidences.
Cette passion rayonne bien au-delà de sa salle de cours.
Avec sa collègue Louise Ruest, Nathalie Deschênes apprend en effet aux élèves intéressés comment fabriquer de jolis savons de fantaisie ainsi que divers produits pour les soins du corps. Cette activité parascolaire fort populaire est une façon subtile pour elle d'intéresser les élèves à la science, certes, mais elle a aussi des répercussions fort appréciables.
Pour fabriquer les savons en question, il faut en effet un comité étudiant de finances pour calculer les coûts et profits de la vente. Il faut aussi des élèves doués pour créer de jolis emballages. Certains se découvrent alors des aptitudes pour la fabrication, d'autres pour l'administration, d'autres encore pour la décoration. Quand des élèves se plaignent qu'ils ne sont bons dans aucune matière, ils peuvent ainsi prendre conscience qu'ils ont des forces, explique Mme Deschênes.
Elle-même timide et un peu repliée lorsqu'elle était élève au secondaire, cette enseignante veut faire comprendre aux jeunes que tout le monde a des forces.
«Il s'agit de trouver les domaines dans lesquels on se sent meilleur, ce qui nous intéresse et en quoi je peux être plus performant que les autres. C'est ce que j'incite mes élèves à faire», explique-t-elle.
Un des moyens utilisés par Mme Deschênes est d'offrir aux jeunes la possibilité de participer à l'Expo Sciences Bell.
Nathalie Deschênes a commencé à envoyer des élèves à ce concours il y a 10 ans. Son rôle, qu'elle partage avec un ou une collègue, selon les années, consiste à guider les élèves dans leur compétition, à les soutenir, à faire le lien avec les responsables du concours et à trouver des endroits pour réaliser les expériences requises.
De trois à quatre équipes se présentent chaque année. En 2009, la plus grande récompense qu'elle pouvait souhaiter pour son travail bénévole est arrivée. Ses élèves ont remporté la finale provinciale, puis la finale pancanadienne et finalement, une participation au concours international incluant le premier prix Bell Canada, «le genre de chose que tu dégustes parce que ça n'arrive qu'une fois dans la vie», dit-elle.
«Les jeunes en tirent beaucoup de fierté car ils se rendent compte que même s'ils ne sont pas premiers de classe, ils sont capables de se démarquer et d'aller loin quand ils entreprennent quelque chose», dit-elle.
«J'ai eu des élèves manuels qui ont conçu un moteur. Académiquement, ils se débrouillaient, mais ils avaient de la difficulté. Mais là, ils ont fait une très bonne performance parce qu'ils étaient dans leur élément», se réjouit-elle.
Il ne faut pas s'étonner qu'avec tant de dévouement et de passion, Nathalie Deschênes ait reçu, en octobre dernier, le certificat d'honneur du Prix du premier ministre du Canada pour l'excellence dans l'enseignement assorti d'une bourse de 1000 $, une petite tape dans le dos fort appréciée, dit-elle.