Si l'auteur du touchant récit biographique Au nom de tous les miens s'est donné la peine, à 87 ans, de partir d'Europe pour venir passer seulement 24 heures à Shawinigan et repartir aussitôt chez lui, c'est à cause de la passion contagieuse d'une enseignante de français, Isabelle St-Hilaire.
Martin Gray avait refusé l'invitation, sur le coup, à cause de ses engagements, mais il a cédé lorsque l'enseignante lui a dit: «Si vous ne pouvez pas cette année, vous pourriez venir l'an prochain?» «Vous voulez beaucoup», a répondu M. Gray en discutant avec elle au téléphone.
Or, il avait misé juste. Isabelle St-Hilaire est en effet une femme qui «veut beaucoup».
Martin Gray n'était d'ailleurs pas le premier cadeau qu'elle faisait à ses élèves. Quelques années avant, elle leur avait proposé de faire venir la comédienne et auteure Francine Ruel pour parler de son roman jeunesse Mon père et moi. Mme Ruel avait décliné l'offre à cause d'un horaire trop chargé. Les élèves de Mme St-Hilaire n'ont pas tardé à mettre cet échec sur le nez de leur prof en lui lançant un «on te l'avait bien dit que ça ne marcherait pas».
«Quoi? Un seul refus et vous baissez déjà les bras? Vous ne faites sûrement pas ça avec vos parents», a fait valoir en toute pédagogie l'enseignante qui demanda à ses élèves de rédiger chacun une lettre à Mme Ruel disant pour quelles raisons ils aimeraient la rencontrer. Or, ces lettres ont littéralement fait fondre le coeur de la célébrité qui a finalement accepté de venir à Shawinigan.
De toute évidence, on ne dit pas non à Isabelle St-Hilaire car, qu'on se le dise, c'est une personne tenace qui a l'énergie de ses ambitions.
On ne s'étonnera pas qu'en 2011, elle ait reçu le titre d'ambassadrice de la ville de Shawinigan pour y avoir attiré le plus gros congrès jamais tenu dans cette ville, soit celui de l'Association québécoise des professeurs de français qui regroupait environ 800 personnes.
Pour en faire un succès, Isabelle St-Hilaire a mis du temps. Beaucoup de temps, soit environ 40 heures de bénévolat par semaine par-dessus ses heures de travail normales de conseillère pédagogique à la Commission scolaire de l'Énergie. La présidente de la section régionale de cette association ne voulait rien laisser au hasard, mettant du même coup la barre bien haute pour l'organisation des futurs congrès de son association.
Lorsqu'elle a invité Martin Gray à venir à Shawinigan, Isabelle St-Hilaire enseignait le français. Mais en cours de route, alors qu'elle attend fébrilement la visite de son héros de jeunesse, elle obtint un poste de conseillère pédagogique à la Commission scolaire de l'Énergie. Elle s'en trouvait peut-être mieux positionnée pour faire face à la suite des choses. C'est que des demandes se sont mises à affluer de partout pour assister à la conférence de Martin Gray.
Incapable de refuser, elle s'est organisée, avec l'aide du CLD de Shawinigan, pour que toute l'école puisse assister à cette conférence à Espace Shawinigan et que 600 places de plus soient vendues afin de payer aussi la location d'une salle adjacente qui permettrait aux autres d'assister à la conférence sur écran.
Isabelle St-Hilaire s'est toujours donné beaucoup de mal pour susciter la passion de la langue française chez ses élèves. «Si tu comptes tes heures, en enseignement, tu ne seras pas heureux», dit-elle.
Et quand on est aussi passionné qu'elle, l'enseignement ainsi vécu «est le plus beau métier du monde», fait-elle valoir. Après tout, dit-elle, l'enseignant est la personne la plus importante pour un enfant après les parents puisque c'est lui qui passe le plus de temps avec lui et surtout, qui peut avoir le plus d'influence sur lui, estime-t-elle.
Grâce à sa passion, d'autres enseignants ont emboîté le pas dans ses démarches originales, notamment dans l'organisation de la «Nuit de lecture» avec les élèves de l'école.
Cette passionnée a postulé pour un poste de conseillère pédagogique afin d'accroître son influence. «Pour moi, c'est une façon de contribuer à l'avancement de la profession», explique-t-elle.