C'est grâce à des sentinelles comme lui, passionnées d'histoire locale, que des immeubles historiques de Trois-Rivières sont parvenus en relatif bon état jusqu'au XXIe siècle.
«Quand on me demande si je suis un historien, je réponds que, tout comme il y a des violonistes et des violoneux, moi, je suis plutôt un historieux», blague-t-il.
Un «historieux» spécialiste de Pointe-du-Lac et de ses moulins, capable d'en montrer aux «vrais» historiens. Sur le moulin seigneurial de Pointe-du-Lac (maintenant classé monument historique) et sa scierie, Robert Parenteau est intarissable.
Pour lui, il ne fait aucun doute que le moulin banal, son jardin et son étang, l'église voisine et son presbytère ainsi que l'immeuble de Domrémy juste en face, forment un ensemble architectural historique aussi valable que la rue des Ursulines.
«Déjà, à mon arrivée, le moulin avait été rénové par le ministère de la Culture vers les années 75 et Mariette Cheney (qui habite toujours le logis) avait fait un bon travail pour lui donner sa renommée. C'est elle qui l'a mis sur la carte. C'est en 1987 que je suis entré au conseil d'administration en tant que directeur et, en 1988, Mme Cheney a passé le flambeau.»
Le premier moulin à farine construit sur les lieux datait de 1721. L'actuel moulin est plus «jeune» et a été érigé à partir de 1765 sur ce qui était à l'époque la Seigneurie de Tonnancour. La scierie, elle, est arrivée en 1940 alors que le moulin est devenu la propriété, (il l'est toujours) des Frères de l'instruction chrétienne qui en ont fait l'acquisition en 1927.
Tant bien que mal, le moulin a traversé les siècles grâce aux meuniers qui l'ont exploité mais aussi grâce à des anges comme Mariette Cheney qui ont jalousement veillé sur lui et commencé à le mettre en valeur.
La question de la propriété chicote d'ailleurs M. Parenteau qui ne peut que constater que tôt ou tard, la congrégation devra se départir de cet actif immobilier comme sont forcées de le faire beaucoup d'autres communautés religieuses. Selon lui, la seule solution viable serait un transfert de propriété vers la Ville de Trois-Rivières. «Ce n'est pas une décision à prendre à court terme, mais il faut y penser», croit-il.
Le problème, c'est que le moulin reste encore méconnu des Trifluviens... et même de quelques conseillers municipaux qui n'y auraient jamais mis les pieds, malgré une invitation formelle en ce sens après la fusion municipale.
On ne sait trop pourquoi, mais même les gens de l'ex-village de Pointe-du-Lac ne se sont jamais approprié l'immeuble patrimonial, pourtant intimement lié à l'histoire de leur patelin. Peut-être à cause des expositions de haut niveau qu'on y a tenues, (encore grâce à Mme Cheney et sa grande liste de contacts dans le milieu culturel) ce lieu de rassemblement populaire est devenu soudainement intimidant. «Même les membres de l'ex-conseil municipal de Pointe-du-Lac n'y venaient jamais», relate M. Parenteau.
C'est d'ailleurs pour remédier à cette situation que la corporation du moulin a commencé à organiser des pique-niques avec la Coop santé, en espérant qu'ainsi, les résidents de ce secteur de la ville de Trois-Rivières apprivoiseront doucement le bel immeuble ancien. Depuis plusieurs années déjà, on a jumelé aux visites d'interprétation du métier de meunier, des expositions culturelles, trois par été, dans le but d'attirer plus de visiteurs.
En attendant, on continue de rénover l'ensemble. Bientôt, note M. Parenteau, il faudra s'attaquer à la maçonnerie qui commence à présenter des signes de fatigue. Le conseil d'administration étudie actuellement les programmes disponibles au ministère de la Culture. Et l'avenir du moulin? Il sera aussi rayonnant que voudra le permettre Trois-Rivières, répond Robert Parenteau, tout de même un peu rassuré par les dernières décisions de la Ville en matière de patrimoine.