Bon cop bad cop, version shawiniganaise

Dans un monde idéal, Martin Bernard aurait pesé... (Le Soleil)

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Dans un monde idéal, Martin Bernard aurait pesé sur les bons boutons pour raisonner sa troupe, et il aurait pu poursuivre son travail.

Le Soleil

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(Shawinigan) COMMENTAIRE / Ça prenait du cran pour congédier un entraîneur installé au deuxième rang du classement général à un mois des séries.

La bataille de l'opinion publique, Martin Mondou était condamné à la perdre mercredi et il le savait. Pour quelqu'un de l'extérieur, qui ne consulte que le classement, une décision aussi radicale ne fait aucun sens.

Mais ceux qui suivent les activités de l'équipe, qui assistent aux matchs savent bien que l'âme de cette équipe s'était égarée en chemin. Au cours des deux dernières saisons, la bande de Martin Bernard a toujours surpassé les attentes grâce à une éthique de travail irréprochable. Cette saison, pour différentes raisons j'imagine, cette belle énergie contagieuse s'était évaporée.

Dans les premiers mois du calendrier, il y avait des excuses faciles. Des gardiens sans millage, une brigade défensive au nombril vert. Mondou a acheté ça, il a rempli tous les trous. Et même plus, en greffant également des éléments d'impact à une attaque déjà redoutable. Martin Bernard avait plus d'armes que quiconque, mais il n'avait pas encore été en mesure de les harmoniser quand Mondou a fini par perdre patience mercredi.

Bien sûr, Bernard aurait aimé avoir plus de temps à sa disposition pour remettre de l'ordre dans la cabane. Une chimie quand un vestiaire dispose de portes tournantes, ce n'est jamais évident à bâtir. Rien de plus vrai. Mais le travail, la volonté de payer le prix, ça n'a rien à voir avec le magnétisme à développer sur les différents trios ou sur l'avantage numérique.

Je ne suis pas dans le vestiaire, je ne peux expliquer pourquoi les joueurs répondaient moins aux directives de leur entraîneur après deux campagnes menées rondement. Mondou a plusieurs fois répété dans son allocution qu'il s'était tourné vers un tempérament différent, plus autoritaire. Bernard était-il assez dur avec les jeunes qu'il a lui-même élevés? Certainement pas au goût du grand patron en tout cas, dont la relation de confiance avec son pilote a commencé à s'effriter le printemps dernier quand les Cataractes ont été surpris au premier tour par les Mooseheads. Un échec attribué à la jeunesse de l'équipe sur le coup. À mon avis, les hommes de Martin Bernard n'étaient pas prêts au début de la série pour affronter l'adversité commune à cette période de l'année. Or la préparation, ça relève directement des tâches de l'entraîneur-chef...

Puis il y a eu ces montagnes russes cette saison. Mondou a plusieurs fois fait savoir à Bernard qu'il était mécontent. Pas plus tard que la semaine dernière, il l'a même mis au courant de l'urgence d'offrir du hockey plus inspiré, qu'il se magasinait un plan B. Les Cataractes ont répondu avec panache face aux Foreurs, avant d'être insipides face aux Moosheads et aux Remparts, deux clubs qui traversent une lourde reconstruction.

Dans un monde idéal, Bernard aurait pesé sur les bons boutons pour raisonner sa troupe, et il aurait pu poursuivre son travail. Ça ne s'est pas passé de cette façon après l'ultimatum de Mondou, et c'est ce qui a mené à la journée mouvementée de mercredi. Mondou veut gagner, et il a pris une décision difficile parce qu'il était maintenant convaincu que son pilote n'arriverait pas à tout mettre en place avant le début des séries.

Ça ne fait pas de Bernard un mauvais entraîneur pour autant. Je suis même convaincu qu'il ne pointera pas très longtemps au chômage. La dextérité montrée à faire progresser aussi rapidement un club en déroute il y a deux ans et demi à peine n'est sûrement pas passée inaperçue à travers le circuit. Plus tôt que tard, un directeur-gérant verra en lui un candidat de premier plan pour accomplir la même mission dans sa cour. Avec l'expérience shawiniganaise, pariez que Bernard sera mieux armé la prochaine fois pour ajuster ses méthodes au fur et à la mesure que ses futurs protégés vont grandir, et qu'il aura alors la chance d'achever son oeuvre. Développer du talent, et le faire gagner lorsqu'il arrive à maturité, ce sont deux missions différentes, et ça appelle sûrement à des méthodes différentes quand le message n'est plus reçu aussi nettement.

À Shawinigan, Mondou mise quant à lui sur le bon vieux principe bon cop bad cop. Il amène quelqu'un d'autoritaire pour compléter la besogne d'un enseignant réputé proche de ses joueurs. Électrochoc dans le vestiaire à court terme, ça c'est sûr! Mais ça ne garantit pas une parade au centre-ville à la fin mai pour autant.

Reste que cette recette vieille comme le monde a souvent connu du succès dans le sport collectif. Rappelez-vous seulement du congédiement du méchant Michel Therrien en 2009 à Pittsburgh, remplacé par le gentil Dan Bylsma. C'est ce dernier qui a une bague de la Coupe Stanley au doigt, pas celui qui a fait le sale boulot d'élever les jeunes vedettes de l'organisation. Bouchard peut-il réussir pareil tour de force? La seule chose dont on peut être sûr, c'est qu'il va mettre ses tripes sur la table pour tenter d'y arriver. Les joueurs des Cataractes devront en faire autant sinon, ça va brasser!

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