«Je quitte la tête haute»

Pierre-Luc Laforest a été poussé à la porte,... (Olivier Croteau)

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Pierre-Luc Laforest a été poussé à la porte, victime du très mauvais début de saison de ses joueurs. Ne comptez toutefois pas sur lui pour se lancer dans une guerre de mots avec l'organisation des Aigles.

Olivier Croteau

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(Trois-Rivières) Pierre-Luc Laforest ne se lancera pas dans une guerre de mots avec l'organisation des Aigles, mais le gérant de baseball avoue que la pilule demeure difficile à avaler.

Deux jours après son congédiement par le président Marc-André Bergeron, il s'est confié, mercredi, dans une entrevue accordée au Nouvelliste.

En compagnie de sa conjointe et de leurs deux enfants, Laforest quittera définitivement la maison qu'il louait à Trois-Rivières pour regagner la ville de Kalamazoo dans l'État du Michigan, où il réside avec sa famille. Un départ hâtif que personne n'attendait au sein du petit clan. Ainsi va la vie dans l'impitoyable milieu du sport professionnel.

«Je suis davantage déçu que fâché.» C'est ainsi que le principal intéressé qualifie ses états d'âme, qui n'ont pas vraiment changé depuis son entretien avec Bergeron, lundi soir.

«Je sentais que l'équipe s'en allait dans une direction différente, mais je n'ai pas l'impression d'avoir reçu de véritables raisons pour expliquer mon départ outre le fait que l'organisation souhaitait du changement. Je n'ai pas à juger du travail de Marc-André, il a une vision pour son club et je la respecte. Au bout du compte, il est le patron et je ne peux pas contrôler ses décisions.»

N'empêche, Pierre-Luc Laforest laisse derrière lui plusieurs bons amis autant chez les joueurs qu'au sein du personnel d'entraîneurs ainsi qu'au niveau de l'administration, le directeur général René Martin en tête de liste. Il se dit aussi navré de ne pas avoir eu l'occasion de faire tourner le vent de côté.

«Comme en 2014, nous avons été frappés par les blessures à nos meilleurs joueurs. Ce n'est pas une excuse, sauf que ça change le portrait de façon drastique. J'ai constaté beaucoup de positif dans notre jeu collectif au cours des deux ou trois dernières semaines alors de partir aussi vite, ça m'attriste encore plus.»

En paix avec lui-même

Il admet d'emblée qu'il n'a pas toujours pris les bonnes décisions. Son métier de gérant, l'ancien receveur professionnel l'a appris à la dure dans le nid des Aigles. Comme tous les entraîneurs, il a trébuché à quelques reprises, comme en s'enguirlandant avec des officiels ou en ne montrant pas la sortie à un lanceur au moment opportun quand la situation se corsait.

«Je ne me suis jamais senti aussi impuissant que durant ma carrière de gérant, sourit Laforest, habitué de contrôler le jeu derrière le marbre aux quatre coins de l'Amérique du Nord. Si ce n'était pas de mon genou, j'aurais sauté sur le terrain pour rejoindre les gars! Par contre, je crois avoir peaufiné mes apprentissages. Je suis un meilleur gérant en 2016 qu'en 2013.»

Inspiré par Patrick Scalabrini et Michel Laplante des Capitales de Québec, Laforest a tenté de demeurer un entraîneur près de ses joueurs, respecté de tous.

«J'espère les avoir convaincus que je les respectais, car c'était le cas. L'atmosphère n'était pas facile cet été, mais j'ai toujours cherché à garder leur confiance. Joe Maddon des Cubs de Chicago incarne le prototype parfait du gérant que je voulais devenir: quelqu'un près de ses joueurs et passionné. Nous n'avons pas connu les succès que je prévoyais cette année, mais je suis capable de sortir d'ici la tête haute.»

Une deuxième maison

Parce que sa famille s'est rapidement sentie à l'aise en Mauricie, Pierre-Luc Laforest n'a jamais songé à délaisser son poste de gérant. Même en août 2015, au beau milieu d'une pénible séquence de défaites, alors que des équipes du baseball affilié lui faisaient les yeux doux.

Mike Compton, qu'il considère comme son mentor, souhaitait alors l'enrôler dans l'organisation des Phillies de Philadelphie. «Il me proposait un emploi comme responsable des receveurs chez les Phillies. C'était gros! Mais puisque je provenais du baseball indépendant, je devais d'abord faire mes preuves dans l'affilié.»

Laforest n'a pas médité longtemps sur cette offre. Il se souvient encore de la discussion qu'il avait eue avec sa femme cette journée-là. «Je lui ai dit que je ne pourrais pas me regarder dans le miroir si je décidais de quitter les Aigles avant d'avoir remporté un championnat. Nous n'avions rien accompli encore à Trois-Rivières.»

Ce choix s'avérera judicieux puisque quatre semaines plus tard, les Aigles sabraient le champagne au New Jersey.

«L'argent n'a jamais été un facteur important dans mes prises de décision. Mon unique objectif ici a été de créer un noyau et une famille vers laquelle les gens pouvaient s'identifier. J'adorais arriver à Trois-Rivières au printemps, j'étais fébrile! Et je détestais repartir en septembre. Même ma femme pleurait! C'était notre deuxième maison. Nous étions ici pour les bonnes raisons.»

C'est pourquoi Laforest aurait aimé poursuivre l'aventure, et ce, en dépit de la tempête que traversait son groupe. «Les difficultés sur le terrain n'ont jamais été un aspect pour me décourager à revenir. Si je partais, ça aurait été en raison d'un conflit de vision avec la direction.»

Il aura finalement été poussé à la porte, victime du très mauvais début de saison de ses joueurs. Certains en veulent au président Bergeron, d'autres applaudissent la décision. Celui qui endossait jusqu'à tout récemment le chandail au numéro 39 en est bien conscient.

«On ne fait jamais l'unanimité et c'est correct de même. Mais je tiens à remercier les partisans pour ces trois belles années. Je souhaite qu'ils continuent à fréquenter le stade. Si les dirigeants gardent l'équipe à Trois-Rivières, c'est pour les bonnes raisons, mais le public doit répondre. On doit apprendre de ce qui est arrivé avec les Expos à Montréal...»

Pierre-Luc Laforest ignore s'il enverra son CV aux équipes du baseball majeur dans les semaines à venir. Pour l'instant, il ne pense qu'à s'offrir du bon temps en famille, un rare privilège estival pour lui. Mais avoir eu le choix, il aurait continué son travail dans l'abris du Stade Stéréo Plus. Car il aimait beaucoup les Aigles de Trois-Rivières.

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