Constat d'échec pour Bergevin

Marc Bergevin est-il l'homme de la situation pour... (Agence France-Presse)

Agrandir

Marc Bergevin est-il l'homme de la situation pour prendre les importantes décisions qui se profilent dans l'avenir à court et moyen terme du Canadien? Parmi elles, on retrouve, entre autres, le statut du gardien Carey Price, qui deviendra libre comme l'air en juillet 2018.

Agence France-Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Trois-Rivières) CHRONIQUE / C'est un début de semaine brutal pour tout le Québec. Le Canadien, probablement le seul sujet qui rallie notre province, est en vacances forcées depuis samedi. Une sortie expéditive que bien peu de gens ont vu venir, si on recule d'une dizaine de jours et qu'on épluche les prédictions sur cette série face aux Rangers.

Le directeur général du Canadien, Marc Bergevin.... (La Presse) - image 1.0

Agrandir

Le directeur général du Canadien, Marc Bergevin.

La Presse

Je suis du nombre. Personnellement, je croyais que la bagarre entre les poteaux allait trancher l'issue de cette série. 

Là-dessus, je n'avais pas tort. Mais ce fut l'inverse du scénario que j'avais imaginé, car Henrik Lundqvist a mis Carey Price dans sa petite poche! 

Les chiffres disent que Price n'a pas été mauvais, et c'est vrai. Mais quand on porte l'étiquette du meilleur gardien au monde, ce n'est pas assez. Dans les deux derniers matchs, les plus importants de la saison, son équipe lui avait confié une avance en début de match. Il n'a pas été en mesure de la conserver.

Price est bon. Mais malgré toutes les statistiques qui le prouvent, ne placez plus jamais son nom dans la même catégorie que Patrick Roy. Ce genre de privilège se gagne en séries. Pas en saison. Ni derrière un club paqueté aux Olympiques. En séries! Or au printemps, l'Élu perd son aura plutôt que de la fortifier...

Ceci-dit, il serait injuste de tout lui mettre sur le dos. En fait, le constat d'échec, c'est à Marc Bergevin qu'il revient. C'est lui qui a bâti cette équipe. Qui a dit, après s'être contenté de cols bleus à la dernière période de transactions, que son club disposait de tous les éléments pour être un aspirant légitime à la coupe. Ah oui? L'édition 2016-17 passera à l'histoire comme celle qui a marqué le moins de buts dans une série nécessitant au moins six matchs en plus d'un siècle tricolore!

Cette élimination rapide n'est pas qu'un accident de parcours. Impossible de nier que la feuille de route de Bergevin n'est pas très glorieuse depuis son arrivée, en 2012. En cinq saisons, trois petites rondes gagnées. Et une exclusion des séries. Pour n'importe quelle franchise, c'est fade. Pour la franchise la plus prestigieuse de son sport, c'est inacceptable.

Le dossier Subban

Durant son règne, Bergevin s'est aussi débarrassé du joueur le plus populaire de l'équipe. P.K. Subban n'était pas seulement un joueur élite spectaculaire, il avait le don - plutôt rare - d'élever son jeu en séries. Le hic, c'est qu'il a tenu tête à Bergevin dans la négociation de son dernier contrat. 

Un an plus tard, il était sorti de le la ville avec des plumes et du goudron alors qu'il entamait les meilleures saisons de sa carrière, l'organisation laissant miroiter que Subban n'était pas un joueur apprécié dans le vestiaire. Faut croire que cette réputation ne s'est pas rendue jusqu'à Nashville, les Predators viennent de balayer les puissants Hawks!

En retour de Subban, un autre défenseur étoile est arrivé. Le hic, c'est que Shea Weber traîne un contrat ridicule (il est sous contrat jusqu'en 2025-26), et il a amorcé son déclin. La grosse machine promotionnelle du Canadien a fait du bon boulot en début de saison pour le présenter comme celui qui allait rétablir l'ordre dans le vestiaire et permettre à Max Pacioretty de s'émanciper comme capitaine. 

Vous avez vu ça, vous, quand une crise a secoué le Canadien il y a quelques mois? Michel Therrien non plus! Bergevin a dû congédier celui avec qui il faisait équipe depuis 2012 en pleine Saint-Valentin pour calmer le jeu. Et puis en séries, quand les choses ont tourné en faveur des Rangers, Weber n'a pas non plus été en mesure de prendre l'équipe en charge. Ni Pacioretty, d'ailleurs. Or si l'acquisition de Weber ne rapporte pas à très court terme, le Canadien aura sacrifié Subban pour rien!

Le cas Galchenyuk

D'autres décisions sous le règne de Bergevin le font mal paraître. La façon de développer Alex Galchenyuk, par exemple. 

Ailleurs dans la ligue, des surdoués comme lui arrivent directement dans le top 6. On vit avec leurs erreurs, on les aide à grandir. Galchenyuk a dû se faire les dents sur un troisième trio, avec des miettes sur l'avantage numérique. On l'a aussi déplacé à l'aile, alors qu'il est un centre naturel. 

Depuis, on le barouette entre les deux positions. Il a sûrement ses torts, Galchenyuk. Mais dans la vaste majorité des villes de la ligue, il aurait eu droit à un environnement bien plus propice pour se préparer à assumer les responsabilités qu'on espère lui confier depuis qu'il a été repêché. 

Le Canadien cherche un gros centre depuis dix ans. La ligne du centre qui a été utilisée samedi est probablement la plus faible de l'histoire du club. Il manquait au moins un Galchenyuk pour que ce soit respectable.

Dans le rayon du développement, le cas Nathan Beaulieu est encore plus noir. Il sera vraisemblablement échangé cet été contre des pinottes. Comme Tinordi avant lui, soit dit en passant. Tinordi, Beaulieu, Galchenyuk, McCarron, Sherbak, ça en fait du premier choix au pied carré qui n'a pas réussi à s'épanouir sous le régime de Bergevin.

Il faut quand même avouer que Bergevin a fait de bons coups à travers les années. L'acquisition de Phillip Danault a été un vol, puisqu'il n'a rien coûté. Même chose pour Paul Byron. Jeff Petry s'est avéré aussi une belle prise. La signature d'Alexander Radulov a sauvé la dernière saison. Mais dans l'ensemble, ses bons coups sont survenus à l'extérieur de son noyau. Et la seule fois qu'il y a touché, ce fut malheureusement pour échanger son meilleur cheval de course...

D'importantes décisions à venir

Geoff Molson doit donc rapidement faire l'évaluation de son directeur-gérant. Parce que d'importantes décisions sont à sa porte. 

Il faut trouver une façon de s'entendre avec Radulov sans trop allonger le contrat. Il faut aussi statuer sur l'importance de Price, lui qui sera libre comme l'air le 1er juillet 2018. Faut-il le couvrir d'or pour le garder? Ou encore s'en servir comme monnaie d'échange pour regarnir l'organisation en jeunes talents? Voilà deux décisions qui auront un impact direct sur les cinq ou six prochaines saisons, minimum. Bergevin est-il l'homme de la situation pour les prendre?

Si Molson croit que non, Julien Brisebois n'attend qu'un coup de fil. Il a fait ses classes avec le Canadien et le Lightning. Il a le nez fin aussi pour dénicher du talent au Québec, ce qu'a bien du mal à faire le Canadien depuis un méchant bout de temps! Brisebois est prêt pour ce genre de défi.

Si, au contraire, Molson arrive à la conclusion que Bergevin est le mieux placé pour opérer le redressement, misant sur le fait qu'il saura apprendre de ses erreurs, alors il doit au moins l'obliger à injecter du sang neuf dans sa garde rapprochée. Il s'est constitué un beau petit country club autour de lui, Bergevin, avec tous ces anciens joueurs. J'imagine que c'est confortable. 

Mais pour entendre des points de vue différents, pour remettre ses choix en question, pour amener un peu de créativité autour de la table, ce n'est pas l'idéal. À notre époque, ça prend des gens de différents horizons dans un état-major pour atteindre un maximum d'efficacité. Avec les gens en place actuellement, impossible d'y arriver.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer