Des casques au rancart

Achetées en 2014, les coquilles protectrices devaient réduire... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Achetées en 2014, les coquilles protectrices devaient réduire les risques de commotions chez les jeunes footballeurs. En 2016, le controversé équipement de protection a pratiquement disparu des terrains.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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(Trois-Rivières) En faisant l'acquisition de 225 protecteurs Guardian Cap destinés à ses joueurs de football, la Commission scolaire de l'Énergie espérait implanter une nouvelle culture de prévention dans le délicat dossier des commotions cérébrales. Trois ans plus tard, ces coquilles protectrices ne sont pratiquement plus utilisées, même si elles ont coûté plus de 15 000 $.

L'annonce de mars 2014 avait divisé les intervenants du milieu du football en Mauricie, alors que le Québec se trouvait plongé au coeur du débat sur les commotions, dans les semaines suivant un reportage de l'émission Enquête à Radio-Canada.

Agissant comme distributeurs pour la compagnie Guardian au Québec, Claude Trudel et Jimmy Thompson avaient convaincu la Commission scolaire d'acheter les coquilles molles. Certaines études publiées aux États-Unis suggéraient que celles-ci aidaient à diminuer la force des impacts casque contre casque de plus de 30 %. 

D'autres chercheurs émettaient de sérieux doutes face à cette hypothèse, au moment où certains États décidaient de proscrire le Guardian Cap autant dans les matchs que lors des pratiques. Football Québec n'a jamais reconnu les protecteurs comme une pièce d'équipement pour les rencontres sanctionnées par sa fédération. 

Le Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) a rejoint cette ligne éditoriale, si bien que les jeunes joueurs de la Commission scolaire de l'Énergie ne les enfilaient que lors des séances d'entraînement. Ça, c'était en 2014. Et un peu en 2015.

Depuis ce temps, les protecteurs ont été remisés. Ils dorment dans des boîtes de quelques écoles du territoire. «Les casques sont en bon état, mais on ne les sort plus. Autant pour nos footballeurs du secondaire que pour ceux du primaire», admet la technicienne en sports à l'école secondaire Paul-Le Jeune de Saint-Tite, Marie Cossette.

Même son de cloche à l'école secondaire Des Chutes de Shawinigan. «Au départ, on encourageait le port du Guardian Cap pour les joueurs de lignes pendant les pratiques, mais puisqu'on l'interdisait dans les matchs, on a fini par le laisser tomber. Des gens nous disaient que ça n'avait aucun bon sens de prendre ça, les entraîneurs posaient beaucoup de questions», confirme le technicien Maxime Robert.

Au RSEQ, on prône encore l'éducation des bonnes techniques et la prévention. «Les écoles sont mieux outillées qu'avant pour répondre au problème des commotions», retient la directrice générale du RSEQ en Mauricie, Micheline Guillemette.

«Le reportage d'Enquête a nui au football, mais il l'a aidé aussi. Le sport est plus sécuritaire, il y a moins de contacts à la tête. Tout le monde s'est pris en main, malgré qu'on note encore des baisses d'inscriptions. Ce que je déplore, c'est que certaines personnes ont voulu faire de l'argent en créant une hystérie collective. La Commission scolaire de l'Énergie s'est fait avoir, cela n'a pas été un grand succès, mais ça réconfortait les parents.»

Jusqu'à ce que ces derniers apprennent que la pièce d'équipement était interdite pendant les matchs. «Il y a certainement eu une pression de la part des distributeurs», conclut Micheline Guillemette.

Pas de regrets

À la direction de la Commission scolaire de l'Énergie, Denis Lemaire rappelle que le concept du Guardian Cap avait été amené par des gens crédibles du football. Il note que la National Federation of State High School Association aux États-Unis a légitimé le port des coquilles.

Au Québec, le professeur-chercheur à l'Université de Montréal et spécialiste des commotions cérébrales, Dave Ellemberg, avait quant à lui des réserves par rapport à l'utilisation du produit, critiquant entre autres des études plus ou moins fiables. 

Ellemberg, qui a présidé le groupe de travail sur les commotions cérébrales créé par le gouvernement provincial, partageait ainsi la position des autres membres du groupe et celle de nombreux experts.

«Ce que je déplore dans ce dossier, c'est qu'aucune méta-analyse n'a examiné toutes les études publiées. La vision de monsieur Ellemberg en était une parmi d'autres. Je crois qu'on aurait pu se pencher davantage sur le sujet», indique Denis Lemaire.

D'ailleurs, le directeur général de la Commission scolaire est catégorique sur un point. 

«Si nous avons pu éviter une commotion au cours des trois dernières années avec la coquille, ça aura valu la peine d'investir 5000 $ par année. Le lobbying du football au Québec a rejeté le Guardian Cap en prônant l'utilisation de meilleures techniques de plaquage. Personnellement, j'ai toujours cru qu'une protection supplémentaire comme celle offerte par la coquille pouvait être un complément aux bons enseignements des techniques de plaqués. Par contre, les entraîneurs y croyaient plus ou moins.»

Les distributeurs gardent un goût amer

Denis Lemaire n'est pas le seul à entretenir une certaine déception. Distributeurs du produit à l'époque, Claude Trudel et Jimmy Thompson auraient aimé que le Guardian Cap trouve sa niche dans plusieurs écoles de la province.

Au final, la Commission scolaire de l'Énergie et un établissement d'enseignement du Saguenay-Lac-Saint-Jean auront été les seuls acheteurs.

«Sans incarner la solution à tous les maux, le casque avait un effet d'atténuation de 33 % pour les chocs tête contre tête. La compagnie n'a jamais prétexté qu'elle réglerait le problème des commotions, mais je crois qu'elle apporte des pistes de solutions qui, malheureusement, ont été rejetées au Québec. On a été barrés», se désole Claude Trudel, qui n'est plus associé à l'entreprise basée en Georgie. 

«Nous ne faisions pas ça pour l'argent. Si nous sommes allés chercher 1000 $ de profits au total, c'est bon! Non, on était là pour les bonnes raisons et nous avions confiance au produit.»

Ils ne sont pas les seuls. Des universités américaines comme Clemson (les plus récents champions nationaux de la NCAA), Caroline du Sud, Marshall et Iowa State encouragent certains de leurs joueurs à utiliser les coquilles lors des pratiques. Encore une fois, les avis sont partagés au sein même des équipes.




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