Ron Choules: «Je fais du camping depuis 15 ans!»

Ron Choules a préféré les arénas au parquet... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Ron Choules a préféré les arénas au parquet de la Bourse de Montréal. Après avoir roulé sa bosse un peu partout en Amérique du Nord, de La Tuque à Milwaukee, il a accepté le poste d'adjoint chez les Cataractes.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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CHRONIQUE/La scène était un peu surréaliste.

Mercredi dernier, durant la séance d'échauffement précédant le match Cataractes-Olympiques, quelques joueurs du camp adverse sont venus au banc des Cataractes serrer la pince de Ron Choules, maintenant adjoint à Claude Bouchard.

Choules n'a pourtant passé qu'une saison dans le camp des Olympiques, mais ce vieux routier n'a jamais eu besoin de beaucoup de temps pour tisser des liens serrés avec les joueurs qu'il dirige.

«C'est la vraie paie quand ce genre de choses arrive», sourit Choules, débarqué à Shawinigan il y a un mois quand Joey Bouchard a quitté pour des raisons familiales. 

«Je fais du hockey en raison des relations humaines. Durant mon parcours de joueur, il y a eu des gens qui étaient là pour m'aider. J'essaie de faire la même chose aujourd'hui. Il n'y a rien de plus gratifiant qu'un téléphone qui sonne durant l'été avec un de tes anciens joueurs à l'autre bout du fil qui a besoin de conseils...»

Choules est dans la cinquantaine et cette seconde carrière dans le hockey, il l'a choisie. Avant de devenir un rat d'aréna, il a passé plusieurs années sur le parquet de la Bourse de Montréal. Arrivé comme stagiaire, il est reparti directeur exécutif de la CIBC. 

«Quand j'ai terminé ma carrière de hockey, j'étais un peu dégoûté du hockey, de la façon dont j'avais été traité. J'ai passé cinq ans sans regarder un seul match. Mais lors d'un passage aux États-Unis, j'ai donné un coup de main à l'équipe d'un high school et j'ai eu la piqûre. Big Time! Quand je suis revenu à Montréal, c'était l'univers qui m'intéressait.»

Comme à la bourse, il a gravi les échelons un par un. Adjoint dans le junior AAA, puis entraîneur-chef, Choules a eu l'opportunité de graduer dans la LHJMQ avec le Titan d'Acadie-Bathurst en 2007. Une première expérience qui s'est terminée comme une peine d'amour en 2010, congédié alors que son club montrait une fiche de 10 gains contre cinq échecs. 

«Nous étions septièmes au Canada! Assez incroyable, hein? Le pire, c'est que je m'y en attendais. J'avais callé la shot aux gens de Hockey Canada durant l'été. Je connaissais les méthodes de Léo-Guy Morrissette», confie-t-il. 

«Mais je ne dirai jamais de mal sur lui. Après tout, c'est lui qui m'a donné ma première chance, right? Mais c'est sûr que j'ai eu mal pendant un bout», enchaîne Choules, un anglophone qui se débrouille très bien merci dans la langue de Molière. 

La réputation d'être un aimant à joueurs s'est bâtie ce jour-là. Quelques minutes après avoir été viré, Ron Choules avait déjà fait ses bagages et il roulait sur l'autoroute en direction de Montréal. Le cellulaire a sonné, ses joueurs voulaient absolument qu'il fasse demi-tour pour venir à leur rencontre une dernière fois.

«Ils ne comprenaient pas la décision, ils voulaient me dire au revoir en personne. Ça m'a shaké, j'y suis retourné. Ce fut... euh... très émotif.»

Choisir le métier d'entraîneur, c'est être condamné à voir son coeur se briser. Choules a obtenu une nouvelle chance au Cap-Breton en 2011, où les Screaming Eagles étaient en lourde reconstruction. Il a été remercié avant de pouvoir récolter les fruits de son travail. 

«Ce fut dur à accepter, les sacrifices avaient été faits, le beau temps s'en venait...»

Choules s'est retroussé les manches. Il a pris la tête des Loups de La Tuque dans le junior AAA, il a accepté de dépanner le Titan d'Acadie-Bathurst en fin de saison en 2014. Il a par la suite été dans l'entourage des Stingers de Concordia, avant de seconder Benoît Groulx avec les Olympiques l'an dernier.

«J'avais la chance de travailler avec le meilleur de la ligue, j'ai pu améliorer mon bagage de connaissances. J'ai adoré mon séjour là-bas.»

Entrevue bidon

Il ne le cache pas, il aurait aimé le prolonger ce séjour. Quand Groulx a fait ses valises pour la Ligue américaine, il se croyait le candidat tout désigné pour assurer sa succession. Il avait de l'expérience, c'était un ancien joueur des Olympiques, il connaissait l'organisation par coeur. 

«Ce n'est même pas passé proche. J'ai eu droit à une entrevue téléphonique de 10-15 minutes. Je n'ai rien contre le choix de Marcel (Patenaude), mais je n'ai pas trouvé ça très respectueux. Et je ne suis pas le seul à avoir été traité ainsi. C'est pourtant une organisation qui se vante de traiter ses anciens avec beaucoup d'égards.»

Ce sont les Cataractes qui ont récupéré la balle au bond cet automne, en sautant sur l'occasion d'ajouter un gars aussi expérimenté à leur personnel. Choules n'aurait pas accepté un job d'adjoint n'importe où, il avait même recommencé à s'intéresser à la bourse...

«Mais c'est une bonne place pour moi. Ç'a cliqué avec Claude (Bouchard) et Steve (Larouche), on a un bon club et on me confie des responsabilités. Je sens qu'on me respecte, que je ne suis pas vu juste comme un ancien goon», sourit Choules, qui a d'ailleurs défendu les couleurs des Draveurs durant son stage junior en 1982-83, saison où il avait atteint le plateau des 50 buts... tout en passant 289 minutes au banc des pénalités!

Un attaquant de puissance plus qu'un redresseur de torts, donc. Un genre de Tim Kerr? «Non, j'étais meilleur que ça», rigole-t-il.

Dans sa carrière de joueur, Choules s'est établi à Gatineau, Trois-Rivières, Québec, St.Catharines, Kalamazoo, Milwaukee et Peoria. Après l'intermède dans le milieu financier, son baluchon l'a entre autres mené à Bathurst, Cap-Breton, La Tuque, Gatineau et Shawinigan. Et s'il n'en tient qu'à lui, l'aventure n'est pas terminée. 

«Je me sens que comme si ça faisait 15 ans que je faisais du camping! Mais c'est un sacrifice que je suis prêt à faire pour ma passion. Je dis souvent qu'une mauvaise journée à l'aréna, c'est encore mieux qu'une bonne journée dans un bureau! J'ai encore espoir d'obtenir une chance chez les pros. J'ai un bon réseau de contacts, de l'expérience, je continue de me perfectionner en attendant mon break. Je n'ai joué que deux saisons chez les pros, j'ai dû arrêter en raison de blessures. Si j'arrive à y retourner, j'aurai l'âme en paix avec mon parcours.»

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