«C'est dur de réaliser que c'est la fin»

Marie-Ève Nault tire sa révérence après 12 saisons... (Kif Örebro)

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Marie-Ève Nault tire sa révérence après 12 saisons chez les professionnels et 70 matchs avec l'équipe nationale du Canada.

Kif Örebro

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(Trois-Rivières) À 34 ans, le moment est venu pour Marie-Ève Nault d'accrocher ses crampons. La Trifluvienne tire sa révérence avec une feuille de route étoffée avec l'équipe nationale et dans les rangs professionnels. Et pourtant, cette brillante carrière internationale a bien failli ne jamais voir le jour, n'eut été d'une bourse d'études offerte par les Lady Volunteers de l'Université du Tennessee.

À l'époque, Nault défendait les couleurs des Diablos du Cégep de Trois-Rivières au sein du réseau collégial, avec qui elle avait remporté la médaille de bronze au Championnat canadien en 1999. Malgré les succès, elle n'affichait plus la même passion sur le terrain et pensait à tout laisser tomber.

Puis, soudainement, les portes de la NCAA se sont ouvertes. «Je vivais comme une écoeurantite aiguë du soccer. J'avais sérieusement songé à arrêter de jouer. Puis, j'ai eu la bourse d'études au Tennessee. Ça m'a motivé et j'ai réalisé qu'il était peut-être tôt pour arrêter», se rappelle-t-elle.

«C'est ce qui m'a ensuite ouvert le chemin et donné ma chance avec l'équipe nationale. Donc, finalement, une chance que je n'ai pas arrêté après le Cégep!»

Et comment! Car 16 ans plus tard, Marie-Ève Nault part à la retraite avec le parcours mauricien le plus étoffé sur la scène internationale, dont deux médailles olympiques (le bronze à Londres 2012 et Rio 2016), deux participations à la Coupe du monde, 70 matchs avec l'équipe nationale et 12 saisons chez les professionnels.

Cette carrière a officiellement pris fin le 5 novembre, dans l'uniforme du KIF Örebro en ligue de Suède. Tout au long de ce dernier match - une victoire de 3-1 - les émotions étaient vives pour Nault.

«Pendant tout le match, j'avais des émotions mélangées. Je savais que c'était le dernier match que je jouais. Après la partie, j'ai versé quelques larmes. C'est dur de réaliser que c'est la fin», a-t-elle 

raconté en entrevue avec Le Nouvelliste.

«Je pense que ça va être plus concret en janvier, au moment où je me prépare habituellement à retourner en Suède pour rejoindre l'équipe. C'est peut-être là que la réalité va me rattraper.»

La persévérante

Depuis sa sortie du réseau universitaire américain, en 2004, la défenseure trifluvienne a été écartée de l'équipe nationale à de nombreuses reprises. Et pourtant, à chaque fois, elle trouvait un moyen de réintégrer l'alignement, à force d'acharnement et de persévérance.

Les dernières années ont été particulièrement éprouvantes à ce niveau. Au départ, elle n'avait pas été retenue pour les Jeux olympiques de Londres en 2012 et des blessures lui avaient ouvert la porte jusqu'à la formation partante.

Ses chances de participer à la Coupe du monde de 2015 n'apparaissaient pas nécessairement grandes, compte tenu de son utilisation en préparation pour le grand tournoi. À sa grande satisfaction, elle a obtenu la chance de défendre l'unifolié.

Puis, plus récemment, elle n'a pas été retenue sur l'équipe pour les Jeux de Rio. En bout de ligne, elle a tout même pu vivre la compétition, en tant que réserviste.

C'est donc grâce à cette persévérance qu'elle peut tirer un trait sur sa carrière avec le sentiment d'avoir tout donné. «Je trouvais toujours le moyen de me faire une place. La porte d'en avant avait beau se fermer, je réussissais de me trouver un poste, par la porte de derrière. J'ai prouvé que lorsqu'on croit à quelque chose et qu'on travaille le plus fort possible pour l'obtenir, c'est possible d'y arriver.»

En jetant un regard sur l'ensemble de son cheminement, Marie-Ève Nault retient deux moments particulièrement marquants. La spectaculaire conquête de la médaille de bronze aux Jeux de Londres vient évidemment au sommet. Une conquête à laquelle elle a activement participé en disputant la quasi-totalité des matchs.

«Je vais toujours me rappeler de ce jour. C'est une victoire qui ne pouvait pas arriver à un meilleur moment pour l'essor du sport, tout juste avant la présentation de la Coupe du monde au Canada.»

Puis, plus récemment, la Trifluvienne et ses coéquipières du KIF Örebro, ont participé à la Ligue des champions d'Europe pour la première fois de l'histoire de la concession. «J'ai passé quatre ans là-bas et c'est un très bel accomplissement d'avoir réussi à se qualifier pour cette compétition, car la ligue de Suède est parmi les plus relevées au monde», souligne-t-elle.

Un hommage le 4 février

Ses jours avec l'équipe nationale ont beau être derrière elle, Nault aura tout de même droit à une dernière sortie avec ses coéquipières cet hiver.

La fédération canadienne compte effectivement souligner sa carrière - ainsi que celles de Melissa Tancredi et Rhian Wilkinson - le 4 février prochain à Vancouver dans le cadre d'un match amical face au Mexique.

La rencontre doit d'abord servir à souligner la conquête de la médaille de bronze du Canada aux Jeux de Rio. Une conquête marquée par l'émergence d'une nouvelle génération de joueuses. «Christine Sinclair a marqué ma génération. Maintenant, les jeunes prennent la relève. Ashley Lawrence a vraiment connu une grande éclosion. (Kadeisha) Buchanan s'était fait connaître en 2015. L'équipe est vraiment entre bonnes mains», indique-t-elle à propos de l'équipe nationale qui occupe désormais le quatrième rang mondial.

Comme trois joueuses accrochent leurs crampons, Soccer Canada leur rendra un petit hommage. «Mon deuil de l'équipe nationale est déjà fait. Oui, j'étais présente aux Jeux de Rio, mais comme je n'ai pas joué, je me suis déjà fait à l'idée que je ne jouerais plus pour le Canada. Je suis passée à autre chose. Mais c'est très important pour moi d'être là et de pouvoir être réunie avec les filles et chanter l'hymne national au début du match. Ça va être spécial.»

La page a beau être difficile à tourner, Marie-Ève Nault se dit heureuse de rentrer au bercail, où elle pourra peut-être assister à l'émergence de la prochaine joueuse originaire de la région qui accédera au plus haut niveau de soccer sur la planète.

«Il y a eu Luce Mongrain qui a ouvert la voie. Moi, j'ai représenté une autre génération. J'ai hâte de voir si quelqu'un va suivre nos traces.»

Assurer la continuité au CREEM

Les crampons désormais remisés, Marie-Ève Nault entamera un nouveau chapitre à compter de lundi alors qu'elle entrera officiellement en poste comme directrice général au Centre régional d'entraînement et d'événements de la Mauricie.

Après une douzaine d'années à suivre d'une routine d'athlète professionnel, le quotidien de l'olympienne sera considérablement modifié. Même si cette perspective lui fait parfois peur, elle déborde d'enthousiasme à l'aube d'entamer une nouvelle carrière.

«Il y a une petite peur, au niveau administratif que je connais moins, mais j'ai vraiment hâte de commencer et en apprendre davantage sur le milieu. C'est un poste qui va me permettre de continuer de vivre ma passion du sport, notamment en côtoyant les athlètes. J'ai certainement des choses à apprendre, mais mon expérience en tant qu'athlète peut certainement être utile», mentionne la Trifluvienne qui succède ainsi à Sean Cannon qui dirigeait l'organisme depuis janvier 2011.

À son arrivée en poste, Nault compte surtout assurer la continuité de ce qui a été amorcé par son prédécesseur. La création de nouveaux partenariats financiers se retrouve au sommet des priorités, tout comme l'encadrement des athlètes. «Je veux leur offrir le meilleur environnement possible, en plus de continuer de faire la promotion du sport pour qu'ils puissent vivre leur rêve.» Vincent Gauthier

La carrière de Marie-Ève Nault en bref

• Quatre années au sein des Lady Volunteers de l'Université du Tennessee (2000 à 2004)

• Avec l'équipe nationale du Canada 

70 matchs

Deux mentions d'assistance

Premier match le 30 janvier 2004 contre la Chine

Dernier match le 16 décembre 2015 contre le Brésil

Deux médailles de bronze aux Jeux olympiques (Londres 2012 et Rio 2016)

Deux participations à la Coupe du monde féminine de soccer (2011 et 2015)

• Chez les professionnels

7 saisons dans la W-League, de 2003 à 2010 (Ottawa, Laval, Montréal, Indiana, Chicago).

1 saison avec le RC Saint-Étienne en deuxième division de la Ligue de France (2002).

Quatre saisons avec le KIF Örebro en première division de la Ligue de Suède.

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