Une Laotienne de 14 ans à Rio

Siri Arun Budcharern... (Tirée de Facebook)

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Siri Arun Budcharern

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Agence France-Presse

D'un côté de la piscine, des écoliers prennent un cours de natation, de l'autre des enfants s'éclaboussent. Au milieu slalome Siri Arun Budcharern, l'une des cinq représentants laotiens aux Jeux olympiques de Rio.

L'adolescente de 14 ans, qui va concourir sur 50 m nage libre, sera l'une des plus jeunes nageuses de la compétition qui démarre vendredi. À ses côtés dans la délégation laotienne, figurent Santisouk Inthasong, son coéquipier d'entraînement, deux athlètes et un cycliste, le seul et premier qualifié de l'histoire du pays communiste.

Mais pas de suspense: le Laos, petit pays enclavé d'Asie du sud-est, l'un des plus pauvres du monde, n'a aucune chance de médaille. «Je suis fière de représenter mon pays et je veux que le monde sache qu'il y a aussi des nageurs au Laos», revendique pour autant la discrète Siri Arun, après avoir englouti une glace à quelques minutes du début de son entraînement.

Le pays n'a qu'une seule piscine de taille olympique. Mais comme elle se situe à une heure du centre de la capitale Vientiane, personne ne l'utilise.

La championne du Laos s'entraîne donc cinq fois par semaine, après l'école, dans un bassin extérieur de 25 mètres, parfois sous la pluie en ce début de mousson. Sur le bord traînent des bouteilles de bière. Le revêtement des plongeoirs se détache et dans le bassin, il faut composer avec le public: la piscine n'a pas de créneau réservé pour les représentants nationaux.

Mais cela ne décourage pas les deux jeunes champions. «Je m'entraîne dur. Je veux battre mon record», répètent-ils en choeur lors d'une interview supervisée par une représentante du ministère des Affaires étrangères, condition indispensable pour tout reportage.

Les moyens alloués au sport en général et à la natation en particulier sont faibles dans ce pays qui bataille pour s'extraire de la plus grande pauvreté, cadenassé et peu ouvert aux investissements étrangers en dehors des intérêts chinois, thaïlandais et vietnamiens.

«Pas les mêmes conditions»

«Il n'y a pas de commanditaires, donc, nous payons tout pour notre fille», explique Sengarun Budcharern, couvant sa fille des yeux pendant son entraînement.

Cette dernière peine, comme son partenaire d'entraînement et leur coach, à donner son meilleur chrono. De fait, il ne constitue pas un enjeu majeur: à 33 sec 71 pour le 50 m nage libre, il reste à près de dix secondes du record du monde. Autant dire une galaxie.

«C'est en voyant nager une ancienne championne du Laos que j'ai voulu devenir nageuse», se souvient celle que l'on appelle Aïko, soit «jolie fille» en japonais, un surnom trouvé par son père qui cherchait un diminutif hors du commun pour sa fille unique.

«Je me souviens très bien de sa première médaille, raconte cet employé de l'Unicef au Laos. C'était une compétition à l'école. Au départ, nous ne pensions pas qu'elle continuerait aussi longtemps.»

Il n'est pas évident au Laos de trouver un entraîneur et du matériel, sans parler d'un hypothétique programme nutritionnel. Alors Soulamphone Kerdla, alias Touk, ancienne nageuse improvisée coach, se «sert beaucoup d'Internet pour organiser les séances d'entraînement».

«Nous n'avons pas les mêmes conditions que les autres», regrette sobrement Santisouk Inthasong. Les objectifs sont donc pour le moins mesurés. «Il est impossible pour nous de gagner une médaille», admet sans détour Kasem Inthara, qui coordonne le Comité olympique laotien. À défaut de briller sur le plan sportif, Siri Arun rêve des selfies qu'elle pourra ramener de Rio pour alimenter son compte Facebook. Avec le V de la victoire, quelle que soit la performance.

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