«La Russie fait peur au CIO», Alex Genest

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Le président de la Russie Vladimir Poutine a dû pousser un long soupir de soulagement lorsque le président du CIO Thomas Bach a annoncé que les leaders du mouvement olympique n'ont pas opté pour une exclusion complète de la Russie aux Jeux de Rio de Janeiro dimanche. Une décision qui prouve, selon Alex Genest, que le CIO craint la Russie.

Associated Press

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(Lausanne, Suisse) Les leaders du mouvement olympique n'ont pas opté pour une exclusion complète de la Russie aux Jeux de Rio de Janeiro, dimanche, demandant plutôt aux fédérations mondiales de chaque sport de décider si les athlètes russes pourront y participer. La décision survient seulement 12 jours avant l'ouverture des Jeux de Rio, le 5 août.

«Nous devions trouver un équilibre entre la responsabilité collective et la justice individuelle à laquelle chaque humain et athlète a droit», a déclaré le président du CIO, Thomas Bach.

Le CIO a rejeté une demande de l'Agence mondiale antidopage (AMA) et de dizaines d'autres organisations antidopage d'exclure l'ensemble de l'équipe olympique russe à la suite de la publication des résultats d'une enquête sur le dopage caché par l'État russe.

L'équipe russe d'athlétisme a déjà été bannie par la Fédération internationale des associations d'athlétisme, une décision qui a été maintenue par le Tribunal arbitral du sport, jeudi, et acceptée à nouveau par le CIO, dimanche.

Les demandes d'exclusion complète de la Russie avaient été multipliées après que Richard McLaren, un avocat canadien, eut présenté lundi les résultats d'une enquête commandée par l'AMA. Le rapport McLaren soutient que le ministère du Sport de la Russie supervisait un vaste programme de dopage de ses athlètes olympiques.

L'enquête de McLaren, basée principalement sur des preuves fournies par l'ancien directeur du laboratoire antidopage de Moscou Grigory Rodchenkov, a conclu que le gouvernement russe avait manipulé des échantillons d'urine récoltés pendant les Jeux d'hiver de Sotchi. De plus, elle mentionne que l'État russe avait été impliqué dans le dopage d'athlètes de 28 sports d'été et d'hiver entre 2011 et 2015.

Le CIO a toutefois tranché contre la peine ultime, une décision conforme aux récents propos de Bach, qui souhaitait que tous les athlètes ne soient pas punis pour les erreurs de certains. Le CIO a déclaré que le rapport McLaren n'avait pas porté d'accusations directes contre le Comité olympique russe «en tant qu'institution».

«Un athlète ne devrait pas souffrir ou ne devrait pas être puni pour un système dont il ne faisait pas partie», a déclaré Bach aux journalistes lors d'une conférence téléphonique à la suite de la réunion de dimanche.

Bach a admis que la décision ne va «peut-être pas plaire à tout le monde».

Alex Genest entre certainement dans cette catégorie. L'athlète natif de Lac-aux-Sables se dit terriblement déçu du verdict des hautes instances du CIO. «Mais je ne suis pas super surpris. C'est évident que la décision est politique. La Russie est très puissante, et elle fait peur au CIO. L'organisme a quand même octroyé les Jeux à Sotchi il n'y a pas si longtemps en sachant très bien ce qui se tramait là-bas. La nouvelle d'aujourd'hui s'inscrit dans la logique du CIO.»

Alex Genest... (PHOTO Bernard Brault, archives La Presse) - image 2.0

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Alex Genest

PHOTO Bernard Brault, archives La Presse

Genest, qui a dû faire l'impasse sur les Jeux de Rio en raison d'une blessure au pied gauche, révèle que personne n'est tombé en bas de sa chaise dans le milieu de l'athlétisme lorsque le scandale du dopage étatisé a éclaté. «On le savait qu'on ne se battait pas à armes égales avec les Russes. Tsé, quand tu vois un gars sortir pratiquement de nulle part et devenir champion du monde, ça fait naître des soupçons. D'autres battaient des records de plus de 20 ans réalisés au temps de l'URSS et de l'Allemagne de l'Est, une période où il y avait beaucoup de dopage. Bien sûr, de voir que c'était un système répandu et protégé à travers le pays, c'est encore plus choquant et c'est la raison pour laquelle ça commandait une exclusion du pays. C'est dégueulasse de traiter la situation si mollement.»

Le spécialiste du 3000m steeple chase aimerait quand même croire que cette étape représente néanmoins un tournant dans la lutte au dopage. Il y est incapable. «Parce qu'il y a des pays comme le Kenya, l'Éthiopie et la Turquie où il y a aussi beaucoup de dopage et qui ne sont jamais punis. Pourquoi? Leurs laboratoires ne sont même pas à jour, concernant le dopage. Si le CIO était le moindrement sérieux dans sa volonté de stopper le dopage, les pays n'ayant pas les laboratoires appropriés seraient automatiquement privés des Jeux. Mais jamais le CIO n'ira jusque-là, hein? Il y a beaucoup d'argent en jeu.»

En temps normal, Genest se servirait de toute cette controverse pour s'abreuver d'une nouvelle source de motivation. Cette fichue blessure au pied l'oblige bien malgré lui à regarder l'action des lignes de côté. «C'est sûr que pour les athlètes qui participent aux Jeux, il y a un buzz en ce moment, le départ est imminent. Je n'ai pas droit à cette poussée d'adrénaline, mais j'irai quand même faire du tourisme à Rio pendant les Jeux avec ma petite famille.»

Andréane Langlois sera à Rio elle aussi, au bassin d'eau pour les compétitions de canoë-kayak. La Trifluvienne préfère de son côté se ranger derrière la décision du CIO. «Je suis contente que la décision soit annoncée, qu'on soit tous fixés. Le CIO avait une décision extrêmement difficile à rendre, il y avait beaucoup de choses à l'enjeu. Je lui fais confiance que c'était le verdict à rendre dans les circonstances», plaidait Langlois, qui assure qu'elle ne fera pas d'urticaire si elle croise des Russes dans ses vagues. «Ça ne changera rien à ma performance à moi. Je me concentre là-dessus, je ne contrôle pas les autres. Moi, je sais que je suis une machine propre. Qui prend toutes les précautions et qui est très bien encadrée par ma fédération pour s'assurer que tout est en ordre de ce côté. Je n'ai pas d'oeillères, je sais que le dopage existe. Mais je sais aussi qu'il y a de plus en plus d'athlètes qui se font prendre la main dans le sac. Je suis optimiste de nature, je crois qu'un jour, on pourra assister à des Jeux propres si on continue de lutter contre ce fléau.»

Avec la collaboration de l'Associated Press

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