Javier Herrera privé de baseball

N'ayant toujours pas reçu son permis de travail,... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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N'ayant toujours pas reçu son permis de travail, Javier Herrera, l'un des meilleurs joueurs de l'équipe, ne pourra revêtir l'uniforme des Aigles.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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(Trois-Rivières) C'est le pire scénario qu'envisageaient les Aigles de Trois-Rivières dans cette longue saga amorcée en octobre. Toujours en attente de son permis de travail, le voltigeur du Venezuela Javier Herrera devra ronger son frein en ce début de saison de la Ligue Can-Am de baseball. Et cette attente pourrait se prolonger.

Non seulement le joueur étoile ratera les rencontres disputées aux États-Unis, il ne pourra accompagner ses coéquipiers sur le terrain lors des parties disputées de ce côté-ci de la frontière. Les Aigles se retrouvent ainsi menottés, incapables d'insérer dans leur alignement le troisième frappeur de l'équipe, sans contredit l'un des plus craints du circuit.

Cette impossibilité de revêtir l'uniforme découle d'un long processus entamé l'automne dernier, quand Herrera et sa famille avaient fui leur pays en raison de menaces lancées indirectement contre les deux enfants du couple.

En septembre, deux hommes s'étaient présentés à l'école primaire du quartier des Herrera à Caracas et avaient demandé à voir les deux jeunes. Alertée, la direction de l'établissement a contacté les parents pour comprendre ensuite que les enfants avaient été victimes d'une tentative d'enlèvement.

Depuis la mi-octobre, les Herrera ont trouvé refuge à Trois-Rivières, à la suite de quelques tractations visant à déjouer les douaniers vénézuéliens. Soutenus par la communauté et leur mentor dans l'affaire Bob McDuff, ils ont pu intégrer leurs enfants à l'école de francisation. L'objectif de Javier Herrera a toujours été d'élire domicile en Mauricie et d'y gagner sa vie, tout en poursuivant pendant quelques années sa carrière de baseballeur professionnel avec les Aigles.

En décembre, la demande d'asile politique du clan Herrera a été rejetée par un commissaire à la Commission de l'immigration et du statut de réfugié, ce dernier jugeant, malgré une documentation étoffée, que la famille ne courait pas un danger imminent au Venezuela.

Refusant de baisser les bras, McDuff et les Herrera ont porté la cause en appel et engagé l'avocat Éric Taillefer, qui travaille avec eux depuis.

Me Taillefer les avait avisés qu'une réponse pour une demande de résidence permanente pouvait prendre jusqu'à huit mois, ce qui empêcherait Javier Herrera de voyager à l'extérieur du Canada pendant la saison des Aigles. On avait toutefois espoir qu'un permis de travail délivré à temps pour le début de la campagne lui permettrait de jouer les matchs en sol canadien, soit 69 des 100 parties. Le discours a malheureusement changé.

«Javier n'a pas été en mesure de livrer certaines informations pour son permis de travail et cela a retardé le processus», se désole le directeur général de l'équipe René Martin. «Immigration Canada demandait entre autres des détails sur son passage précédent au Canada, il y a environ dix ans. Mais il n'a pas tous les papiers en sa possession.»

Herrera a effectivement évolué pour une équipe de Vancouver en 2004, quand il appartenait au réseau affilié des A's d'Oakland. La demande de révision a été acheminée à la fin du mois d'avril.

Dans un monde idéal, les Aigles souhaitent que le permis de travail soit délivré en juin. Mais ça pourrait être retardé.

«On espère vraiment que les papiers soient bien remplis car on ne peut pas se passer d'un gars comme Javier dans l'alignement. Pendant les pratiques, il coache les plus jeunes, il exerce une présence sur eux. C'est le genre de joueur dont on a besoin pour toute la saison.»

Les Aigles ne sont pas les seuls à être confrontés aux problèmes de visas. Les Champions d'Ottawa et les Capitales de Québec ont dû composer avec cette réalité eux aussi.

La semaine dernière, les Aigles ont payé huit nuits à l'hôtel à New York pour trois de leurs joueurs originaires de la République dominicaine et du Venezuela, qui devaient passer par le consulat canadien avant d'être admis au pays.

Le cas de Herrera diffère dans le sens qu'une demande de résidence permanente est aussi en jeu. «Ça reste que c'est compliqué d'attirer des joueurs ici. Si on veut qu'ils viennent avec nous aux États-Unis, le processus est quand même long. On a l'impression que c'est fait pour nous décourager, pour nous dissuader de faire des demandes.»

Dans le dossier de Herrera, le député fédéral de Trois-Rivières Robert Aubin a offert son aide et poursuit son travail auprès du groupe. Sans surprise, ce cas ne se retrouve pas au sommet des priorités chez Immigration Canada.

Les Aigles doivent donc faire preuve de patience. Et continuer d'espérer.

Le principal concerné, lui, ne cache pas sa déception. «Je voudrais tellement commencer l'année, soutient Herrera, qui a pu voir de l'action pendant les matchs hors-concours étant donné que les joueurs ne sont pas payés dans ces circonstances. Tous les yeux sont rivés sur notre équipe, nous avons les lanceurs et l'attaque pour connaître du succès. C'est frustrant, mais je demeure optimiste.»

En dépit de cette longue attente, Herrera refuse de penser à un retour au Venezuela.

«Mes enfants sont bien intégrés à l'école et nous sommes heureux. On veut continuer notre vie à Trois-Rivières.»

Javier Herrera ne figurera pas sur l'alignement de 22 joueurs des Aigles jeudi, lors de l'ouverture officielle au stade Fernand-Bédard. Mais ses patrons feront tout en leur pouvoir pour qu'il rejoigne le club avant la fin de la saison.

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