Sur les traces des chiens de traîneau

Mario Villemure a été confronté au froid intense... (Sylvain Mayer)

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Mario Villemure a été confronté au froid intense du Yukon pendant une semaine le mois dernier. Il prenait part à la course Yukon Arctic Ultra.

Sylvain Mayer

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(Trois-Rivières) Une course de sept jours au Yukon dans les conditions les plus difficiles au monde pour un ultramarathon, ça vous intéresse? Si oui, posez vos questions à Mario Villemure.

L'athlète d'endurance, un spécialiste des courses en sentier et en montagne, a raconté son dernier défi jeudi chez Maïkan Aventure de Trois-Rivières, une balade de 480 km entre Whitehorse et Pelly Crossing. Si vous regardez l'itinéraire sur une carte, vous comprendrez qu'il n'y a pas beaucoup d'autoroutes et de centres commerciaux entre ces deux villes.

Non, la Yukon Arctic Ultra, c'est plutôt des sentiers étroits, des lacs gelés à perte de vue, des routes perdues dont on ne voit pas le bout. C'est aussi des courtes nuits de trois heures, des journées de plus de 20 heures, près de 80 000 pas par jour avec un traîneau d'une cinquantaine de livres attaché derrière vous.

Mario Villemure a parlé pendant plus de deux heures lors de cette conférence présentée en collaboration avec l'organisation de La Chute du Diable et Endurance Sport. En 2015, l'aventurier avait pris part à la course de 100 miles de la Yukon Arctic Ultra, un événement tenu sensiblement dans les mêmes traces que la célèbre course de chiens de traîneau Yukon Quest.

Troisième à cette éreintante épreuve, il souhaitait défier la grande soeur, un tracé hostile de 300 miles. Au départ à Whitehorse, on recensait 36 participants. La moitié a dû abandonner pour diverses raisons. Villemure, lui, s'est rendu à bon port. Ça se passait le mois dernier, au milieu d'un Yukon où le mercure oscillait en moyenne entre -12 et -25 degrés Celsius.

«Avant de partir, tu n'es même pas capable de mesurer à quoi ça peut ressembler 480 km. Mais j'ai vite compris pourquoi cette course est décrite comme la plus difficile: le froid et les dénivelés représentent des défis majeurs. Parfois, les ruisseaux débordent dans les sentiers. J'ai eu les pieds mouillés pendant sept jours!»

La peur d'abdiquer

Les courageux, qui dorment à la belle étoile (et au-dessus des aurores boréales) dans un sac de couchage, n'ont pas vraiment le temps de se reposer.

Sur les 300 miles, il y a huit points de ravitaillement et trois endroits où le couperet tombe si l'échéancier n'est pas respecté. Les participants ont le droit d'enfiler des skis et d'enfourcher un fatbike. D'autres, à l'instar du Mauricien, optent pour la course à pied et la marche rapide.

Le record de la Yukon Arctic Ultra appartient à un type qui a franchi la ligne d'arrivée après 117 heures et 24 minutes, donc moins de cinq jours. Mario Villemure a complété le tout en sept jours, non sans avoir connu de grandes difficultés peu de temps après le départ.

«J'avais mangé une canne de chili avant de partir et je l'ai regretté dès ma première nuit dans les bois, raconte le conférencier, qui a été malade pendant plusieurs heures. Je n'avais que 60 ou 70 km de complétés, j'ai eu peur de devoir abdiquer.»

De belles rencontres

Faisant preuve d'une grande force de caractère, il n'a jamais lâché. Même que le lendemain, il arrivait à son point de ravitaillement plus vite que prévu.

La suite, c'est une bataille mentale continuelle au cours de laquelle il s'ennuiera de ses proches, se réveillera au beau milieu de la nuit, frigorifié, ou devra combattre certaines hallucinations.

Mais c'est aussi des belles rencontres, comme celle avec un participant allemand devenu un bon ami. «On a terminé la course ensemble dans les deux dernières journées. Sinon, la plupart du temps, j'étais pas mal seul. On voit les ravitailleurs de temps en temps, mais la nuit, tu es confronté à toi-même.»

Certains sont moins chanceux. Un Italien a été retrouvé inconscient dans un banc de neige par Daniel Héon, un autre ami que connaissait déjà Villemure avant la compétition.

«Si Dan ne passait pas là, selon moi, le gars ne s'en sortait pas. D'ailleurs, pour le secourir, Daniel a dû attendre les secours pendant deux heures. C'est là que tu vois qu'il règne un bel esprit de solidarité, malgré le cadre compétitif de la course.»

Par le passé, des coureurs ont même perdu des doigts en raison des engelures.

«C'est pourquoi tu dois te préparer non seulement pour l'alimentation et ton équipement, mais d'abord l'aspect mental. Et je l'avoue, j'ai quelque peu négligé ma préparation mentale. J'ai acheté toutes les sortes de barres tendres qu'on trouve sur le marché, j'étais très bien équipé pour la survie aussi, sauf que la prochaine fois, je serai encore mieux préparé, je pourrai mieux gérer ma peur et les imprévus.»

Bref, le défi valait les quelques milliers de dollars dépensés. À elle seule, l'inscription pour la course coûtait 1900 $... avant les taxes. Ça n'empêchera pas Mario Villemure de viser d'autres événements d'endurance extrême.

Au Yukon, il y a d'ailleurs une course de 430 miles qui se déroule à tous les deux ans. «J'ai plein de projets, mais pas pour cette année! Par contre, si on m'offre de retourner au Yukon un jour, j'irai sans hésiter.»

Sans canne de chili cette fois!

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