Ramer en pleine dépression

Le point culminant de la carrière de Geneviève... (La Presse Canadienne)

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Le point culminant de la carrière de Geneviève Beauchesne-Sévigny (deuxième à partir de la gauche) est survenu à l'été 2008 lorsqu'elle a participé aux Jeux olympiques de Pékin. En compagnie de Kristin Ann Gauthier, Karen Furneaux et Émilie Fournel, la Trifluvienne avait complété l'épreuve de K4-500 mètres en 10e position.

La Presse Canadienne

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(Trois-Rivières) Autant les sommets ont été gratifiants pendant sa carrière, Geneviève Beauchesne-Sévigny admet avoir traversé des périodes très sombres au cours de sa décennie sur l'équipe canadienne.

Particulièrement en 2013, après les Jeux olympiques de Londres pour lesquels elle n'avait pas été retenue. Au bout du rouleau et à court de ressources, on lui a finalement diagnostiqué une dépression... un an plus tard.

Cinq mois après avoir livré sa dernière compétition internationale, en août dernier à Milan, la kayakiste de 29 ans souhaite profiter de l'annonce de sa retraite afin de dénoncer le manque d'encadrement du Comité olympique canadien envers les athlètes confrontés à des troubles anxieux. Selon elle, il s'agit d'un sujet encore tabou aujourd'hui dans le monde des sportifs de haute performance.

«J'ai eu beaucoup de difficulté à me remettre de l'année 2012. Je venais de connaître la meilleure saison individuelle de ma carrière mais je n'avais pas été choisie pour les Olympiques.

J'étais tout le temps fatiguée. Les gens me demandaient ce qui se passait. J'essayais de rester forte. Je ne voulais pas en parler, car tout le monde a ses problèmes, et je ne voulais pas avoir l'air vulnérable. Et surtout, je voulais garder ma place sur l'équipe nationale.»

En septembre 2013, elle raconte s'être confiée à un médecin. Voulant à tout prix poursuivre son cheminement avec l'équipe canadienne, elle n'est pas ressortie du cabinet avec un billet de repos forcé, mais plutôt avec une prescription devant lui permettre de régler ses problèmes de fatigue.

Beauchesne-Sévigny se souvient d'avoir atteint le fond du baril en janvier 2014. Pendant deux mois, avant le camp annuel d'entraînement en Floride, elle n'était plus l'ombre d'elle-même.

«J'étais toujours à mon meilleur sur l'eau, j'étais capable de canaliser l'énergie. Mais je n'étais pas fonctionnelle à l'extérieur. Je me disais que c'était comme une blessure, que ça finirait par guérir. En regardant une fille comme Clara Hugues, je me disais simplement que moi aussi j'allais passer au travers.»

C'est finalement à l'Institut national du sport du Québec que la Trifluvienne a obtenu une première dose de réconfort, auprès du docteur Alain Vigneault.

«C'est un des seuls préparateurs psychologiques formé pour gérer les troubles anxieux. Il est devenu une béquille pour moi au fil du temps», indique celle qui a pu compter sur le soutien de son copain Ludwig Haydock, ses frères Gabriel et Olivier ainsi que ses parents, Henri-Georges et Renée.

Aujourd'hui en paix avec elle-même, elle espère que sa situation permettra d'améliorer le soutien aux athlètes.

«J'ai toujours été motivée par un désir d'aller au bout de moi-même. Il faut croire que j'y suis parvenue, car même la maladie n'a pas réussi à m'arrêter. J'étais malade et on me répondait qu'on ne pouvait rien faire pour moi. Il faut reconnaître qu'il y a des lacunes.

Je ne peux pas croire qu'en 2016, il n'y a pas encore de formule d'encadrement d'athlètes aux prises avec des troubles anxieux, surtout en tenant compte que plusieurs athlètes de haute performance seront affectés au cours de leur carrière.»

Sur la bonne voie

Par ailleurs, Beauchesne-Sévigny se réjouit de constater que le Comité olympique canadien a récemment mis sur pied un programme (Plan de match) pour guider les athlètes afin de les accompagner dans leur après-carrière, une période où plusieurs se retrouvent aux prises avec des problèmes d'anxiété vis à vis l'inconnu. 

Maintenant, elle espère que le COC élargira les bases du projet afin d'offrir un encadrement psychologique plus adéquat aux athlètes pendant leur carrière.

La kayakiste se dit d'ailleurs prête à collaborer afin d'aider les dirigeants canadiens. 

«Je veux que ma situation puisse aider d'autres athlètes qui vivent peut-être la même chose que j'ai vécue. On doit leur faire prendre conscience de quels sont les symptômes et les signaux d'alarme, avant la dépression. Je pense que je peux aider des gens.»

«J'ai eu beaucoup de difficulté à me remettre de l'année 2012. Je venais de connaître la meilleure saison individuelle de ma carrière mais je n'avais pas été choisie pour les Olympiques. J'étais tout le temps fatiguée.

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