Boxer pour une meilleure vie

Andy Shecanapish a décidé de quitter sa réserve... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Andy Shecanapish a décidé de quitter sa réserve d'Uashat, près de Sept-Îles, pour venir parfaire ses talents de boxeur à Trois-Rivières en plus d'y effectuer un retour sur les bancs d'école.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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(Trois-Rivières) Le monde de la boxe est bondé d'histoires de mauvais garnements ayant retrouvé le droit chemin grâce à ce sport.

Le club Performance de Trois-Rivières n'échappe pas à cette tendance et a récemment entamé un nouveau chapitre en prenant sous son aile Andy Shecanapish, un Amérindien de 21 ans de la réserve d'Uashat sur la Côte-Nord, qui a pris racine dans le gymnase de la Bâtisse industrielle... à condition de retourner sur les bancs d'école pour y compléter un parcours secondaire abandonné en secondaire II.

Il y a un an, Shecanapish pratiquait la boxe dans ses temps libres, dans un gymnase de Sept-Îles, sans trop savoir quoi faire de sa vie. Il avait préalablement appris les rudiments chez un ami, dès l'âge de 12 ans, en frappant dans un sac d'entraînement. Une sorte de boxe de garage.

Puis, lors d'un camp d'entraînement à Québec à l'hiver 2015, sa route à croisé celle de Denis Hince du club Performance. Une rencontre aussi heureuse qu'imprévue. Une rencontre qui a complètement chamboulé sa trajectoire de vie.

Quelques mois plus tard, les deux se sont de nouveau retrouvés, cette fois lors des Gants de bronze, où Shecanapish a atteint la finale. Au terme de la compétition, Hince lui a tendu la main en lui proposant de participer à un camp à Trois-Rivières en prévision des Gants d'argent.

Changement d'air nécessaire

En recevant cette offre, Shecanapish y a vu une branche fort intéressante à laquelle s'accrocher, question d'offrir davantage de sens à sa vie.

Le jeune boxeur de 6pi 5po n'est pas dupe. Il sait très bien que son entourage sur la réserve innue d'Uashat, près de Sept-Îles, est loin d'avoir une influence positive sur lui. Un changement d'air devenait plus que nécessaire pour lui.

«Ce n'est pas un contexte évident. Sur la réserve, il y a beaucoup de décrochage et les gens prennent de la drogue. Mes amis baignent là-dedans et boivent pas mal aussi», admet le champion des Gants d'argent.

À l'instar de plusieurs amis, il a quitté les bancs d'école. À 17 ans, avant même d'avoir complété sa deuxième année au secondaire. Il y a trois ans, il a bien tenté un retour aux études, mais l'expérience fut brève. «J'ai vraiment beaucoup de difficultés en français...»

En prenant connaissance du portrait global, Hince a entamé des démarches auprès du conseil de bande d'Uashat. Sa proposition était claire: offrir un encadrement rigoureux, tant dans le gymnase que sur les bancs d'école dans la cité de Laviolette. Après quelques échanges positifs, le conseil de bande a accepté de parrainer le projet, tout en offrant un support financier au boxeur.

«J'ai vu tout de suite que c'est un gars avec du talent. Le potentiel est là, mais s'il veut évoluer, il faut qu'il sorte de la réserve. Et au-delà de la boxe, je lui ai dit qu'il devait absolument améliorer sa scolarité.»

Pour Shecanapish, la décision n'a pas été longue à mûrir. «Ça n'a pas été difficile de choisir quoi faire. On est 10 enfants chez moi. Quelques-uns sont déjà partis, mais disons que ce ne sont pas les plus tranquilles qui sont restés. Ça fait longtemps que j'aurais dû partir. Ici, je vais être à mon affaire. Je vais pouvoir me concentrer sur la boxe et les études, être dans ma bulle. Je suis entre bonnes mains avec Denis», confie-t-il.

De son côté, Hince s'est engagé à transmettre régulièrement des rapports au conseil de bande sur l'évolution de son poulain. L'entraîneur du club Performance est d'ailleurs catégorique à ce sujet : «Je dois leur démontrer qu'il progresse, dans le droit chemin. S'il n'est pas à son affaire, ça va être un billet d'autobus, aller simple, pour Sept-Îles. Ce n'est pas plus compliqué que ça!»

Lorsqu'il entend son entraîneur et mentor évoquer de possibles sanctions en cas de mauvaise conduite, Shecanapish bronche bien peu. C'est qu'il n'a pas l'intention de louper cette opportunité qui s'offre à lui. «Je ferais pas mal tout pour pouvoir m'améliorer ou simplement pouvoir faire de la boxe.»

C'est donc dans ce contexte que le tandem va mettre le cap vers Jonquière, dès vendredi, afin de participer au Défi des champions, cette compétition servant de qualification pour le Championnat canadien.

Ensuite, il restera à compléter la recherche de logement et, si tout se déroule comme prévu, Shecanapish débutera un nouveau chapitre de sa vie à Trois-Rivières vers la fin du mois de février. Sur son calendrier, une date sera assurément encerclée à l'encre rouge à l'automne. Celle du retour sur les bancs d'école, en route vers un diplôme et une vie plus équilibrée.

Tout ça, grâce à un entraîneur dévoué et une passion commune: la boxe.

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