L'homme fort devenu fragile

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David Nollet n'a pas mis de temps à s'imposer sur la scène nationale des hommes forts. Il devra maintenant livrer un tout autre combat.

Stéphane Lessard

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(Trois-Rivières) Du haut de sa charpente de 6 pi 1 po et 300 livres, auréolée d'un crâne rasé et une barbe bien fournie, David Nollet a définitivement la tête de l'emploi. Aujourd'hui champion canadien des hommes forts, et avec en main un laissez-passer pour le championnat du monde, il doit maintenant négocier avec un adversaire beaucoup plus petit et léger, mais ô combien plus redoutable.

Le 13 novembre, le colosse a en effet appris qu'il était atteint d'un cancer testiculaire. Sept jours plus tard, il passait sous le bistouri pour subir l'ablation d'un testicule. Évidemment perturbé par le diagnostic, Nollet est toutefois loin d'avoir le moral dans les talons.

«Je ne suis pas choqué envers le monde entier, mon moral est excellent. Mais en même temps, c'est comme si j'avais reçu un 10 roues rempli de briques dans la face. Maintenant, je dois enlever les briques, une par une. Heureusement, j'ai énormément de messages d'appui», indique celui qui doit entamer des traitements de chimiothérapie d'ici Noël.

Sans faire une croix définitive sur les Mondiaux des hommes forts, à Columbus au mois de mars, Nollet admet que le prestigieux rendez-vous a quelque peu dégringolé dans son échelle des priorités, avec raison. Bien au fait des ravages que peut causer le cancer - sa mère et sa belle-mère sont décédées de cette maladie au cours de la dernière année - il compte néanmoins poursuivre l'entraînement. «Ma priorité numéro 1, c'est de survivre. Ensuite, c'est de prendre soin de ma famille et, troisièmement, je veux montrer que je suis encore le plus fort au Canada. Ça va être un challenge de plus, mais ce n'est pas ça qui va m'arrêter», mentionne l'homme fort.

«Même si je n'ai pas accompli de grandes choses, j'aime ça croire que je peux donner l'exemple et devenir un modèle», ajoute-t-il.

Philosophe, Nollet souhaite même que sa situation puisse inciter les hommes à parler de cette maladie très peu connue qui touche surtout les jeunes. «Ça vaut parfois la peine de laisser son orgueil de côté et de parler de ce qu'on a entre les jambes plutôt que nos gros bras», laisse tomber le sympathique colosse.

Quand Harry Potter devient homme fort

Le Trifluvien de 31 ans n'a pas toujours eu l'air destiné à faire partie de ce monde bondé de mastodontes où la puissance fait foi de tout.

Ayant grandi dans une famille plus intellectuelle que sportive, le colosse s'est surtout distingué au sein de l'équipe de génies en herbe au secondaire. «Avec ma coupe champignon et mes petites lunettes rondes, j'avais plus l'air de Harry Potter qu'un homme fort!», rigole-t-il.

Ce côté érudit ne l'a pas pour autant éloigné des cercles sportifs, où il a notamment fait sa marque en basketball et en athlétisme, avant de s'intéresser à la crosse, avec les Éclairs de Shawinigan et Trois-Rivières. Nollet l'admet sans détour, chaque sport lui aura été utile dans sa nouvelle discipline de prédilection. «Tous les sports m'ont apporté quelque chose. Quand je suis arrivé au basketball collégial AA, j'étais le plus lent et le moins explosif. Aujourd'hui, ce sont pourtant mes deux forces qui m'aident à m'illustrer chez les hommes forts.»

Peu importe le sport, l'aspect physique réussissait à l'attirer au sein d'une équipe. À la crosse, il a rapidement été identifié comme défenseur très robuste. Même en athlétisme, sous la férule de Pierre Thibodeau, il n'était pas étranger aux échanges musclés. «Je faisais les lancers du poids et du marteau, mais aussi la marche rapide. J'ai même déjà été disqualifié au championnat provincial, en marche rapide, après avoir échangé quelques coups de coude avec un adversaire!», se souvient-il.

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David Drolet

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Impressionnante incursion

C'est finalement au printemps 2014 qu'il aura son premier contact avec le monde des hommes forts. En se présentant au Studio d'entraînement DHP, à Trois-Rivières, il souhaitait sculpter son corps en vue de la saison estivale. Une fois à l'intérieur du gym, les frères Dominic et Philippe Dauphin avaient toutefois une autre idée en tête pour leur nouveau client. «Je suis allé au gym car je voulais être beau. Les gars m'ont plutôt dit: «Ça ne te tenterait pas d'être fort au lieu d'être beau?». J'ai accepté leur proposition et deux semaines plus tard je participais à ma première compétition, au St-Adelforce.»

Sixième à son baptême, il a remis ça en grand un an plus tard, en s'offrant une victoire dès le début de la saison. Au fil du calendrier, Nollet a également ajouté des deuxièmes positions à Saint-Adelphe et au championnat provincial - chaque fois derrière Tim Côté - ce qui s'est avéré suffisant pour décrocher une invitation au championnat canadien.

À Waterloo, le Trifluvien a causé une énorme surprise en décrochant la couronne nationale. Ce résultat inespéré était par ailleurs accompagné d'une invitation pour les Mondiaux des hommes forts, prévus le 3 mars en Ohio dans le cadre de l'événement Arnold Classic.

Avant de se lancer dans cette aventure, il n'avait jamais cru gravir les échelons à une vitesse aussi fulgurante. «Au championnat canadien, je me sentais encore le plus petit, le moins épeurant. J'ai quand même réussi à dominer la compétition de A à W, sauf une épreuve pour laquelle j'étais blessé. Avant d'y aller, on s'était dit que si je faisais un top-5, c'était le fun, qu'on allait popper le champagne, et se dire à l'an prochain. C'était totalement inespéré comme résultat.»

Peu importe le résultat qu'il obtiendra sur la scène mondiale, une chose semble acquise, Nollet s'est découvert une véritable passion à laquelle il consacre une quinzaine d'heures par semaine. «C'est devenu un exutoire incroyable pour moi qui me permet de me dépasser physiquement. J'espère pouvoir transmettre ma passion aux plus jeunes. Tu ne peux pas choisir d'être homme fort, tu dois le devenir. À l'entraînement, tu développes une endurance à la douleur, tellement que ça devient pratiquement une drogue», mentionne-t-il, tout en rendant crédit à ses entraîneurs. «C'est assez surprenant de voir où je suis rendu après seulement un an d'entraînement. Mes coachs s'assurent de développer mes forces, mais surtout améliorer mes faiblesses. Ils ont fait un petit miracle avec moi.»

En plus de son succès dans les rangs amateurs, Nollet a aussi eu droit à une incursion chez les professionnels lors d'une compétition à Sainte-Sophie-de-Lévrard. Sa victoire aux Nationaux lui octroie du même coup une place chez les pros. S'il souhaite se démarquer à ce niveau, il devra toutefois bonifier une charpente déjà imposante. «Il faudrait que je réussisse à atteindre 315 livres. Mais ça demeure délicat, car je dois prendre du poids tout en demeurant rapide, athlétique et explosif.»

Avant de penser à ça, il devra toutefois se préparer pour son autre combat, celui avec cette satanée maladie.

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