Des souvenirs grâce au ballon ovale

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L'édition 1973 des Patriotes, la meilleure de son histoire, avait atteint la finale québécoise.

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(Trois-Rivières) Le passage du football universitaire à Trois-Rivières, de 1972 à 1979, aura été bien court, mais aura laissé plusieurs souvenirs pour ceux qui ont revêtu les couleurs orange et blanche de l'époque.

Qu'ils aient été dirigés par Frank Gauthier, André Deshaies ou Guy St-Jean, plusieurs se souviennent de l'esprit de camaraderie qui régnait à l'époque. «Mes études universitaires, je les ai faites en football. On jouait, mais on faisait aussi l'école de football des Patriotes. En termes de camaraderie, on était une trentaine qui sommes encore amis. On se revoit. C'est pourquoi on est la gang qui veut recommencer le football», dit Pierre Poirier, qui se rappelle qu'à l'époque, à 205 lbs, il jouait sur la ligne offensive.

«J'étais un des gros, alors qu'aujourd'hui, on ne me verrait plus là. Les gars sont maintenant des mastodontes, mais très athlétiques.»

Il est vrai que le calibre a beaucoup augmenté depuis, puisque dans les années 1970, il n'était pas rare de voir un joueur de football faire partie d'au moins deux, voire trois équipes sportives de l'université. Guy St-Jean dirigeait d'ailleurs les formations de football... et de hockey!

Un parcours en dents de scie

À leur première saison, les Patriotes avaient connu un certain succès, compilant une fiche de 3-2, puis de 2-2-2 et 3-2-1 lors des années subséquentes. L'UQTR se mesurait alors aux universités de Montréal et Sherbrooke ainsi que le Collège militaire royal, des institutions qui ont toutes vu leur programme de football disparaître dans les années suivantes, alors que le Collège McDonald a été englouti par l'Université McGill pendant que les collèges Loyola et Sir George Williams fusionnaient pour devenir Concordia. Seul Bishop's a navigué durant toutes ses années de grands chamboulements.

Les Patriotes n'auront pas eu de domicile fixe durant leur existence. Ils ont joué sur le terrain du Cégep, au stade Fernand-Bédard et à l'université, en plus de pratiquer sur un terrain sur le boulevard des Forges où est maintenant installé le quartier général de la police trifluvienne. «On faisait une ligne et il fallait enlever la roche et la vitre des bouteilles cassées pour pouvoir y jouer», rigole Michel Trépanier, qui, après avoir été nommé sur l'équipe d'étoiles canadienne, avait obtenu un essai avec les Alouettes de Montréal.

La saison 1973 avait même été la plus prolifique pour les Patriotes, qui s'étaient inclinés en finale québécoise par la marque de 78-6 face à McGill. Mais les années suivantes ont été plus difficiles, non seulement pour les résultats, mais aussi dans la structure du football. Après avoir évolué uniquement au Québec, le faible nombre de formations force les Patriotes à affronter des équipes des Maritimes, puis, en fin de parcours, dans la toute nouvelle conférence Québec-Ontario, pour ainsi se mesurer à Bishop's, Carleton, Concordia, McGill, Ottawa et Queen. Les succès ne sont pas au rendez-vous et les Patriotes ne remportent qu'une victoire en 18 matchs, de 1977 à 1979. Quelques semaines plus tard, l'UQTR mettait fin à son programme universitaire.

Pour certains, le passage chez les Patriotes aura été le début d'une passion. C'est le cas pour Poirier qui, après avoir complété ses études en éducation physique, a pris la route de La Pocatière où il a participé à la fondation du programme de football secondaire et collégial de l'endroit.

«On était plusieurs Patriotes qui ont fondé des programmes de football un peu partout et qui envoyaient leurs joueurs à Trois-Rivières. Aujourd'hui, c'est Laval qui fait ça», rappelle Poirier.

Pour ceux qui ont fait partie de la dernière édition de l'équipe, la disparition du programme aura été des plus décevantes. C'est ce qu'a vécu Normand Chouinard, aujourd'hui vice-président aux investissements du Fonds de solidarité FTQ. «Les joueurs, on y croyait énormément. On était des pionniers, parce que l'UQTR, c'était une petite université.»

Voilà pourquoi ces trois anciens ont accepté de s'impliquer dans la tentative de résurrection du football universitaire en Mauricie.

«La ville de Trois-Rivières, à l'époque, c'était la région où le football était le mieux structuré. Avec les Diablos, une pyramide s'était créée. On peut maintenant se donner les moyens de rêver que cette pyramide soit de retour avec les Patriotes», conclut Chouinard.

Pas le droit à l'erreur

Alain Lapointe s'y connaît en football universitaire. Il a dirigé le Vert et Or de l'Université de Sherbrooke dès ses débuts avant de devenir le coordonateur du programme. S'il croit que le programme de football à l'UQTR peut fonctionner, il sert toutefois un sévère avertissement aux instigateurs du projet. Ils n'auront pas le droit à l'erreur.

Il y a plusieurs parallèles à tracer entre le Vert et Or et les éventuels Patriotes, particulièrement en ce qui a trait à la taille du marché - 320 000 personnes en Estrie pour deux universités contre environ 250 000 pour le sud de la Mauricie et nord du Centre-du-Québec - et en ce qui a trait au nombre d'étudiants, 20 000 contre 13 000 pour l'UQTR.

Voilà pourquoi les instigateurs du projet trifluvien ont été à la chasse aux conseils auprès de Lapointe.

«On a été très collaborateur. Je me souviens, en 2002, quand nous avons parti le programme, certaines personnes nous disaient que nous allions nous péter la gueule. Des équipes ne voulaient pas nous voir là. Je me suis toujours dit que lorsque ce serait mon tour, j'allais collaborer. On souhaite le meilleur des succès à Trois-Rivières», mentionne le coordonnateur.

Ce dernier estime que la venue d'une équipe à l'UQTR représente tout un défi, mais croit qu'il est possible pour l'équipe de tenir à flot.

«Je connais bien certaines personnes de l'organisation. Connaissant les artisans derrière le programme, je pense que ça peut marcher. Et ça ne veut pas dire que ce n'est pas parce que ce n'est pas la même structure que dans les autres universités que ça ne fonctionnera pas. Chacun a son identité et doit y aller avec ses forces.»

Lapointe se montre toutefois sceptique quand aux succès que pourront connaître les Patriotes sur le terrain à court, voire moyen terme.

La donne a bien changé depuis 2003, alors que les joueurs francophones n'avaient que deux issues: Laval ou Montréal. Maintenant, avec Sherbrooke, les joueurs des 32 programmes collégiaux québécois sont approchés de partout, même les institutions anglophones, qui elles peuvent aussi se tourner vers le reste du pays afin de compléter leur recrutement.

Bref, selon le coordonateur, les Patriotes devront se contenter des miettes des autres équipes - elles ont droit à 80 joueurs - lors des premières années. Il a d'ailleurs livré ce conseil aux instigateurs du projet. 

«Je leur ai dit de faire attention à l'improvisation, à l'amateurisme, aux décisions émotives et il faut absolument choisir les bonnes personnes. L'important, c'est d'éviter les erreurs. Il faut que le projet soit fort, organisé et structuré. Il n'y a pas de marge d'erreur. Une erreur coûte très très très cher. Les répercussions sont énormes quand tu es la quatrième équipe universitaire francophone. Tu ne te compares pas à Bishop's, à McGill ou à Concordia, tu dois te comparer aux trois autres équipes francophones, et lorsqu'on regarde le top-5 du classement canadien, les trois équipes y sont. C'est là que tu ne peux pas commettre d'erreurs. Chaque faille va paraître.»

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