Ben Milot: le casse-cou devenu sage

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(Trois-Rivières) Du jeune motocycliste casse-cou qui carburait aux sensations parfois trop fortes dans son Yamachiche natal, Ben Milot a emprunté un chemin inattendu pour accéder à l'une des plus grandes scènes artistiques sur la planète. Aujourd'hui, c'est en Chine qu'il pratique son amour du motocross dix mois par année au coeur d'un spectacle aquatique permanent installé à Macao, dans un environnement hautement plus sécuritaire, un peu moins téméraire mais toujours aussi passionnant.

En se rendant au boulot chaque matin, à des milliers de kilomètres de chez lui, le pilote mauricien doit d'ailleurs parfois se pincer pour réaliser qu'il vit bel et bien un rêve éveillé. Intégré depuis l'automne 2012 à la troupe du spectacle House of Dancing Water du réputé Franco Dragone, Milot apprivoise le monde du show-business à la vitesse grand V.

Semaine après semaine, il participe à dix représentations dans une enceinte pouvant accueillir 1200 personnes. «J'ai appris beaucoup en étant ici. C'est un des plus gros spectacles présentement sur la planète. Jamais j'aurais pensé un jour travailler pour un spectacle d'aussi grande envergure. C'est assez hors du commun pour quelqu'un du monde du motocross», raconte Milot en entrevue téléphonique depuis Macao, où il habite désormais de septembre à juin.

C'est un véritable coup du destin qui a placé ce rôle unique sur la route de Milot alors qu'il se trouvait à la croisée des chemins. Dans un milieu périlleux où les cascades riment souvent avec blessures et convalescence, le Yamachichois commençait à ressentir de plus en plus le poids des années à défier la gravité sur son motocross.

En 2010-2011 le passionné de sensations fortes était particulièrement mal en point. Le fémur brisé, une épaule et un bras amochés, les genoux en compote et six mois passés en chaise roulante. Le portrait était loin d'être rose et ça sentait la fin. Une fin à laquelle Milot refusait toutefois de penser.

Néanmoins, il ne pouvait s'empêcher de réfléchir à son avenir puisque son entourage y faisait souvent référence. «Ç'a été une période très difficile. J'étais rendu à un point de ma carrière où je me demandais si je continuais et qu'est-ce que je faisais avec tout ça. Quand des gens qui te connaissent bien te demandent si ça vaut la peine de continuer, ça fait réfléchir.»

Une fois la difficile réhabilitation complétée, un appel en provenance de la Chine a tout fait basculer. Au départ, on a simplement demandé à Milot de remplacer temporairement un pilote blessé. Puis, de fil en aiguille, il a mérité la confiance des dirigeants pour décrocher un emploi à temps plein dont le contrat est renouvelable à chaque année.

Ce coup du destin lui a ainsi permis de prolonger sa carrière sur motocross. «Le spectacle m'a donné un deuxième souffle où je peux faire du motocross dans un environnement plus sécuritaire. Tant que je vais avoir du fun et que je vais être bon sur ma moto dans ce qu'on me demande, pourquoi ne pas continuer?», demande celui qui adore son rôle de comédien-cascadeur.

C'est parfois même le Mauricien qui campe le rôle principal de l'oeuvre lorsque vient le temps d'effectuer les manoeuvres trop corsées pour les capacités de l'acteur vedette. «C'est un univers complètement différent. On est vraiment là pour livrer une histoire plutôt que pour se faire remarquer et être show-off. J'ai pris beaucoup plus de risques dans les différentes compétitions auxquelles j'ai participé au fil des années, mais ici dans le spectacle en Chine, rien n'est laissé au hasard. Les producteurs ne veulent même pas que j'en fasse plus. Ils veulent que le spectacle soit livré chaque soir, sans blessé ni accident.»

Même si les pulsations cardiaques n'atteignent pas les mêmes sommets que lors des compétitions de motocross, Milot attaque le défi de livrer le meilleur spectacle soir après soir avec la même intensité.

«Le challenge, c'est d'être constant pendant 10 spectacles par semaine. Tu deviens super confiant avec tes figures parce que le show roule à chaque jour. Tu connais tout par coeur. Tu en viens à oublier que c'est quand même vraiment dangereux ce que tu fais et qu'il n'y a aucune marge d'erreur. À un moment donné, ça finit par te rattraper et j'ai eu quelques close calls qui m'ont aidé à me recentrer sur mon travail.»

Maintenant bien implanté en Chine dans un environnement qu'il apprécie énormément, Ben Milot avoue que cette opportunité pourrait lui ouvrir des portes au cours des prochaines années. «Ça met mon nom sur la carte et ça me donne une longueur d'avance sur les autres. Les producteurs connaissent mon nom. Le monde du cirque, c'est un petit milieu. Tout le monde se connaît. Les noms circulent très vite», souligne celui qui partage les acrobaties de motocross en compagnie de quatre autres pilotes internationaux.

Fidèle à ses racines

Même s'il profite d'une vie de rock star à l'autre bout de la planète, Ben Milot ne renie pas pour autant ses racines. À preuve, le Milot Land Tour demeure son joyau qu'il chérit énormément et auquel il se fait un devoir de participer, malgré un calendrier de plus en plus chargé.

L'édition 2015 de la tournée sera d'ailleurs lancée dès le 25 avril au Stade olympique de Montréal. Si le fondateur de l'événement ne pourra être du rendez-vous en raison des obligations professionnelles en Chine, Milotrentrera au pays juste à temps pour participer à une série de 10 spectacles présentés dans son patelin mauricien, à l'occasion de l'Expo agricole de Trois-Rivières du 9 au 18 juillet.

Il s'agira d'un retour en sol trifluvien pour le pilote de Yamachiche qui n'avait pu prendre part au rendez-vous 2014. Année après année, la bande de casse-cou en motocross menée par Milot se retrouve parmi les attractions principales de l'Expo. «Je veux rester présent au Québec et au Canada, continuer d'entretenir mes relations avec les amateurs et mes partenaires qui m'appuient depuis si longtemps», note-t-il.

Amorcée en 2010 avec une dizaine d'arrêts, la tournée mise sur pied par Ben Milot a facilement conquis le coeur des amateurs de motocross au Canada et compte aujourd'hui une quarantaine de dates, d'un océan à l'autre.

D'ailleurs, le Yamachichois de 32 ans n'écarte pas la possibilité d'explorer ses qualités de promoteur lorsqu'il aura définitivement accroché sa moto. Mais ce n'est pas pour tout de suite!

«Ma carrière a toujours évolué et je veux que ça continue. Je ne veux pas faire la même chose pendant trop d'années. La prochaine étape, ce sera quoi? Aucune idée. Mais j'aimerais ça pouvoir faire encore trois ans de moto avant de pouvoir me concentrer sur d'autres projets. J'ai déjà quelques idées en tête.»

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