Marc Ramsay: «La boxe m'a sauvé la vie»

C'est à Trois-Rivières que l'entraîneur de Jean Pascal,... (Photo Robert Skinner, La Presse)

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C'est à Trois-Rivières que l'entraîneur de Jean Pascal, Marc Ramsay, est tombé en amour avec la boxe.

Photo Robert Skinner, La Presse

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Steve Turcotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) En plus de quelques solides pugilistes (Jean-Guy Mongrain, Patrice L'Heureux, David Cadieux, Mikaël Zewski, Simon Kean et François Pratte) produits tant pour les rangs amateurs que professionnels, la Mauricie a aussi élevé des promoteurs et entraîneurs de grande qualité.

Le seul et unique Régis Lévesque est né au pied du pont Laviolette, Jim Girard a longtemps été une figure de proue du milieu amateur. C'est sous ses ordres qu'un certain Yvon Michel et son chum Bernard Barré ont été initiés au noble art.

Girard ne s'est pas contenté de diriger Michel au gymnase, il a insisté pour qu'il renonce - temporairement - au monde de l'enseignement afin de plutôt prendre sous son aile la Fédération québécois de boxe olympique, qui était en déroute. Ce fut le point de départ d'une carrière drôlement bien remplie pour Michel, devenu un poids lourd sur l'échiquier mondial!

L'histoire de Marc Ramsay est moins connue. Pourtant, celui qui va épauler Jean Pascal samedi soir au Centre Bell face à Sergei Kovalev est lui aussi tombé en amour avec la boxe à Trois-Rivières, où il a passé une bonne partie de son enfance et de son adolescence.

Avec un ami, il voulait s'extirper du calibre maison pour se faire une place dans le double lettre au hockey, et il a eu l'idée d'aller s'entraîner au club Eklo durant l'été pour réussir ce tour de force. «Le coup de foudre a été instantané! J'aimais tout quand j'arrivais au gym de Claude Rivard et de Denis Hince. Tellement que je ne suis jamais retourné au hockey!»

Dès ses premiers combats, Ramsay s'est toutefois rapidement rendu compte qu'il n'avait pas le talent pour en faire une carrière. Le métier d'entraîneur lui est alors apparu comme le meilleur compromis.

Avec Hince, il a fait ses premières armes lors d'un gala organisé à Jonquière. En face d'eux, il y avait un jeune entraîneur déjà bien coté dans le milieu du nom de Stéphane Larouche. «J'ai adoré l'expérience. J'écoutais Denis disséquer les différentes phases du combat, C'était passionnant. C'est un rôle qui m'attirait énormément.»

Sans cette expérience, qui sait où serait Ramsay aujourd'hui. Natif de l'Abitibi, il avait déménagé à Trois-Rivières à la suite de la mort de son papa. Il a dérapé à la suite du décès de sa maman et il s'est établi pendant plusieurs mois à Vancouver, où il a touché le fond du baril.

«La boxe m'a sauvé la vie. À la fin de mon séjour à Vancouver, je n'avais plus rien. Il ne me restait que mes soeurs, et mon amour pour la boxe. C'est à ça que je me suis accroché, et je suis rentré à Montréal avec un plan précis en tête.»

Ce plan, c'était de se faufiler dans l'entourage de l'entraîneur montréalais Abe Pervin en faisant quelques combats pour lui, afin de pouvoir le seconder par la suite. L'opération a réussi à merveille, et Ramsay s'est retrouvé à s'occuper des jeunes éléments du gymnase.

Puis l'arrivée de Sylvain Gagnon, à la tête d'une armée de boxeurs talentueux, fut marquante puisque Ramsay s'est vu confier la progression de quelques-uns d'entre eux, dont Jean Pascal et Antonin Décarie. «Sylvain était pas mal occupé avec les plus vieux, des gars comme Sébastien Désormiers et Nicholson Poulard, le frère de Jean. Donc un coup de pouce était bienvenu pour les plus jeunes....»

Le reste du récit est plus connu. Avec Pascal et Décarie, Ramsay a gravi tous les échelons de la boxe amateur, jusqu'aux Jeux olympiques. Le même cheminement les attendait chez les pros, avec à la clé plusieurs combats en championnat du monde. Pascal, malgré quelques revers, ne s'est jamais éloigné de son mentor. «J'ai été chanceux, Jean est quelqu'un de très loyal. On a grandi ensemble, on continue de progresser à travers tout ce que nous vivons. C'est grisant de travailler avec un athlète comme lui qui cherche toujours les plus gros défis possibles.»

Au fil des années, Ramsay a accepté de prendre d'autre boxeurs sous son aile. À part Lucian Bute, tous les autres joyaux de la boxe professionnelle québécoise travaillent avec lui! Outre Pascal et Décarie, David Lemieux, Eleider Alvarez, Arthur Beterbiev sont les autres têtes d'affiche de sa petite écurie, qui compte sept pugilistes. «Ça prend une bonne équipe pour gérer autant de boxeurs! Heureusement, j'en ai une excellente. J'aime travailler en équipe, je fais souvent un parallèle avec un entraîneur de football, qui est entouré par plusieurs adjoints.»

Grâce au pourcentage qu'il touche sur les bourses de ses poulains, Ramsay peut maintenant faire vivre sa petite famille avec la boxe. «Pendant plusieurs années, j'ai dû tirer la couverte à droite et à gauche pour gagner ma vie. Mais maintenant, ça va bien. En touchant un pourcentage plutôt qu'un salaire fixe, je suis directement touché par le rendement de mes boxeurs, bon ou mauvais. C'est certainement le meilleur moyen pour garder un entraîneur allumé!»

Kovalev, une bête facile à cerner

Marc Ramsay avait un beau défi à relever ces dernières semaines en préparant Jean Pascal pour Sergei Kovalev, le plus gros nom de la division sur la planète. L'entraîneur n'établit pourtant pas ce combat comme le plus difficile à cerner dans sa carrière.

«Au moment où nous avons pris le combat contre Carl Froch, c'était quelque chose de très gros. Contre Lucian Bute, il y avait un côté émotif à gérer qui n'était pas évident. Kovalev, c'est un autre beau défi, mais je ne peux pas dire que c'est le plus gros. Nous avons pas mal d'expérience maintenant, et notre équipe est très solide. Et puis Kovalev a un style square, on connaît très bien ses forces... et ce qu'on peut exploiter contre lui.»

Ramsay est notamment épaulé par Russ Anber, Roy Jones et le psychologue sportif Rob Schinke, un entourage qui veille à tous les besoins de Pascal. L'arrivée de Jones dans le clan Pascal pour le duel face à Bute offre à l'équipe une poignée de plus pour s'assurer que le pur-sang soit attentif aux consignes.

«Roy, c'est l'idole de Jean. C'est sûr que lorsqu'il parle, Jean écoute! On se prépare toujours en équipe avant l'arrivée de Jean, afin de s'assurer que le message à lui livrer soit uniforme.»

Pascal n'est pas toujours le favori de la foule, même lorsqu'il se bat au Centre Bell. Face à Lucian Bute, beaucoup plus de gens appuyaient le Roumain lors de sa marche au ring! Ça devrait être bien différent ce soir, et Pascal pourrait bénéficier de cette énergie supplémentaire.

«La foule peut amener une énergie positive ou négative, c'est à toi d'en tirer le meilleur parti possible. Mais je me souviens que lors du combat contre Chad Dawson, la foule avait été hostile à son endroit. Les gens chantaient le 'Olé Olé' lorsqu'il est entré dans le Centre Bell, comme au hockey. Je me souviens de m'être dit "Bienvenue à Montréal mon chum". Est-ce que ça sera pareil face à Kovalev? On n'a aucun contrôle là-dessus, mais ça serait cool!»

D'une façon ou d'une autre, Ramsay sera aux premières loges pour cette soirée marquante dans l'histoire de la boxe canadienne. Un siège dont il rêvait déjà lorsqu'il était au club Eklo. «J'ai un beau rôle, c'est vrai. Mais j'ai bûché pour en arriver là! Je considère qu'un gars comme Stéphane Larouche a beaucoup de talent. C'est un entraîneur excessivement brillant. Pour ma part, c'est beaucoup, beaucoup de travail qui m'a amené là où je suis.»

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