Martin Croteau: «Le travail a été fait en cachette»

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Martin Croteau le répète, avant de former des joueurs de football, il formait de jeunes adultes. «J'ai toujours été clair avec eux: la famille et l'école avant le football.»

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(Trois-Rivieres) Difficile de tourner la page sur 22 ans d'histoire. Sur plus de 30 ans en fait. Parce qu'avant d'accepter un poste d'entraîneur adjoint avec la formation de football des Diablos du Cégep de Trois-Rivières au mois d'août 1993, Martin Croteau avait aussi porté les couleurs de l'équipe entre 1984 et 1987. Celui que tout le monde surnomme «Coach Croteau» a décidé de se confier au Nouvelliste, deux mois après son congédiement.

Il a d'ailleurs signé une lettre que les lecteurs peuvent consulter sur notre site Internet. «Le but n'est pas de régler des comptes, mais de prendre le temps d'exprimer ce que je ressens. Il fallait que je remercie plusieurs personnes, car j'ai été bien entouré pendant toutes ces années. Ce n'est toutefois pas dans ma nature d'être méchant ou bête, même si quelques phrases ont le mérite de replacer les choses en perspective.»

Croteau parle de cette journée du 20 novembre. Réjean Paquet et Daniel Tessier le reçoivent comme à chaque fin d'année, question de dresser le bilan de la dernière saison, du camp d'hiver à venir. «Je leur posais toujours la même question, à savoir s'ils souhaitaient que je sois de retour. Cette fois-ci, ils m'ont seulement répondu ''On y reviendra plus tard.'' Dans ma tête, c'était clair. Mon chien était mort.»

Une demi-heure plus tard, la nouvelle tombe. Elle a évidemment l'effet d'une bombe. Très émotif, il en parle encore aujourd'hui avec la gorge nouée.

«Les raisons de mon congédiement sont simples! Certains dirigeants ont décidé que le programme avait besoin d'un vent nouveau. Mais surtout, la décision de me virer fut prise sur un rapport-rencontre qui a eu lieu après la saison 2010. Quels genres de gestionnaires prennent une décision basée sur un rapport datant d'il y a près de cinq ans, sans le réactualiser avec les intervenants encore au dossier? Jamais cet exercice n'a été réalisé avec le principal intéressé. Plutôt, le travail a été fait en cachette par un Tartuffe et avec une intention délibérée de me relever de mes fonctions.»

Dans l'air du temps?

Les Diablos n'ont pas connu beaucoup de succès sur le terrain depuis leur dernière conquête du Bol d'or en 2006. Or, les critiques les plus acerbes jugeaient souvent le travail des entraîneurs, le fait que ceux-ci provenaient de la fameuse «vieille école», qu'ils étaient incapables de se renouveler. Martin Croteau n'est pas insensible à ces commentaires.

«Je ne crois pas que nous étions aussi loin des nouvelles techniques. Peut-être pas dans la mouvance actuelle, j'en conviens, mais il ne s'agit pas de l'unique raison de nos insuccès. On a souvent manqué de profondeur, comme il y a deux ans quand nous avons atteint la demi-finale.» 

«Les nouvelles façons de faire, le développement et la structure verticale, l'approche intégrée? Tous de beaux concepts pour impressionner la galerie et les néophytes, mais combien inutiles? Le temps nous le dira, mais dans trois ans, la mode du jour ou la saveur du mois seront-elles encore à l'honneur?»

Un message qui déçoit

À ce chapitre, Croteau se défend: il n'a jamais été réfractaire à l'idée d'une restructuration ou à prendre du recul pour le bien du programme. «Oui, j'ai été affecté par nos résultats décevants. J'aurais pu abandonner, débarquer bien avant ça, après 2008 par exemple. Mais j'ai persisté, je croyais aux valeurs défendues par les Diablos.»

«Ça n'a pas été facile en terme de football, mais on a amélioré le rendement académique, l'encadrement scolaire, les installations au stade et les services offerts aux jeunes. On a d'abord formé des étudiants. Ç'a toujours été le but premier et ça ne semble plus être la priorité, selon ce que je lis depuis quelques semaines. Non, maintenant, on souhaite former des joueurs pour les universités! J'ai toujours été clair avec eux: la famille et l'école avant le football.»

La dynamique a changé

Au-delà de l'évolution du jeu et du fait que de plus en plus de cégeps misent sur de bonnes ressources en football, l'ex-pilote des Diablos constate que la dynamique change aussi en Mauricie. 

«La région est moins forte qu'elle l'a déjà été, et ce malgré deux clubs en première division. Maintenant, sommes-nous en mesure de garder les meilleurs chez nous? Pas toujours, j'en conviens. Pourquoi? Peut-être parce que j'ai décidé, au cours de ma carrière, que je n'allais jamais m'abaisser à faire de fausses promesses à des étudiants, comme on le voit à d'autres endroits.»

Or, il n'y a pas meilleure recette que la victoire pour attirer la crème. «On recevait pas mal de monde de l'extérieur dans le temps, des magasineux comme je les appelle! Ils faisaient quatre camps au mois de mai et choisissaient ensuite. Ils optaient souvent pour Trois-Rivières. Ai-je vraiment un mérite d'avoir recruté ces gars-là? Non, pas dans mon livre à moi!»

Un concert d'éloges qui fait du bien

Les nombreux commentaires positifs, en guise d'hommage, reçus à la suite de son départ, ont ému Martin Croteau.

«C'est la preuve que cette implication en a value la peine. C'est ma récompense! Dans 20 ans, quand les anciens se souviendront de moi, j'aimerais qu'ils retiennent que j'étais là pour eux. Je dirigeais déjà cette équipe avant de fonder ma famille!»

Sans surprise, ils ont été nombreux à le contacter cet automne afin de tâter son intérêt à poursuivre l'enseignement d'un sport qu'il aime tant. «Plusieurs dirigeants d'équipes du réseau scolaire dans la région m'ont appelé. Il faut que ça adonne avec mon horaire de travail. Pour le moment, je compte profiter du temps précieux que j'aurai avec ma famille.»

Vous ne le reverrez cependant pas dans les estrades du stade Diablos. «J'irai voir du football juvénile. Les Diablos m'ont offert le travail de recruteur et de responsable des Anciens Diablos en vue des célébrités du 50e anniversaire. Ça ne m'intéresse pas.»

Ceci-dit, il demeurera un Diable Rouge dans l'âme à jamais. «Je ne jetterai pas mon linge d'équipe, jamais!»

Avant les rénovations au Cégep de Trois-Rivières, des portraits de tous les entraîneurs de l'histoire du club ornaient les murs. Si jamais on se décide à les réinstaller, Croteau devrait y avoir sa place aussi. «Ce n'est pas à moi de décider! Peut-être que certains vont se mettre à jouer aux dards, qui sait?», conclut-il en s'esclaffant, avant de quitter, sa casquette des Diablos sur la tête.

Mes années Diablos...

L'auteur, Martin Croteau, a adressé une lettre aux lecteurs du Nouvelliste, revenant sur son passage avec les Diablos.

Mon aventure avec les Diablos a débuté au mois de mai 1984 et elle a pris fin le 20 novembre dernier, soit plus de 30 ans plus tard. Comme joueur de 84 à 87 et un retour au sein de l'équipe comme entraîneur-adjoint au mois d'août 1993.

Ayant récemment gradué, mais sans emploi et avec amplement de temps à consacrer à une passion... le football. Ma venue aux Diablos est accidentelle, car je remplace un des grands entraîneurs des Diablos, coach Jean-Luc Gélinas, décédé subitement pendant l'été 1993. Je me retrouve avec une équipe d'entraîneurs d'expérience et de fidèles compagnons pour le restant de ma vie. Lors de mes premières années, j'apprends au contact des autres, en écoutant et en observant. Les années passent, le bagage d'expérience s'accumule et arrive un jour de novembre 1997, je deviens l'entraîneur-chef des Diablos.

Rien ne me prédestinait à ce poste, encore moins d'y passer les 17 dernières années. Que de chemin parcouru, de pratiques, de meetings de coachs, de voyages, de matchs, de défaites, de victoires, de championnats et des rencontres marquantes. Parfois la vie nous amène sur des chemins que nous ne pouvions entrevoir, mais combien enrichissants et valorisants.

Les raisons de mon congédiement sont simples ! Certains dirigeants du Cégep ont décidé que le programme de football des Diablos du Cégep de Trois-Rivières, avait «besoin d'insuffler un vent de renouveau à notre équipe». Mais surtout, la décision de me virer des Diablos fut prise sur un rapport/rencontre qui a eu lieu après la saison 2010. Quels genres de gestionnaires prennent une décision basée sur un rapport datant d'il y a près de 5 ans, sans le réactualiser avec les intervenants encore au dossier? Jamais cet exercice n'a été réalisé avec le principal intéressé. Plutôt, le travail a été fait en cachette par un Tartufe et avec une intention délibérée de me relever de mes fonctions.

Je n'ai jamais été réfractaire à une restructuration, à des changements et encore moins de prendre du recul pour le bien des Diablos et du programme de football. J'ai eu l'occasion à plusieurs moments de le faire et de penser que je ne pouvais faire partie de la solution. Les gens en place ont décidé bien avant la rencontre du 20 novembre dernier, pour faire un retour sur la dernière saison, que je n'étais plus la bonne personne et que je ne faisais plus partie des plans des Diablos. Coupable des insuccès de l'équipe? Non! Coupable de ne pas être le choix du responsable des sports? Oui!

Les nouvelles méthodes, les nouvelles façons de faire, l'activation, le développement et la structure verticale, l'approche intégrée? Tous de beaux concepts pour impressionner la galerie et les néophytes, mais combien inutiles! Le temps nous le dira, mais dans trois ans la mode du jour ou la saveur du mois seront-elles encore à l'honneur?

Au fil des années, les Diablos sont devenus une référence dans le monde du football québécois, par ses façons de faire, sur la construction de stade et des surfaces synthétiques, camp découverte, par ses succès, par son approche, l'organisation d'une journée «Portes ouvertes - football», camp de printemps et par le respect que nous avons gagné au fil des années. Ce fut loin d'être le résultat de mon seul travail, mais bien par un travail d'équipe. Plusieurs s'en sont inspirés et certains nous ont dépassés. Faut-il s'en offusquer? Non! Faut-il rester les bras croisés? Non! 

Ces temps-ci, les victoires et les championnats se font plus rares! Malgré les efforts et le travail, les résultats se font attendre. Je pourrais bien tenter de me faire justice en étalant les résultats des équipes que j'ai entraînées, mais pour moi ceux-ci sont bien secondaires. Les plus belles victoires furent d'une tout autre importance, soit celles qui ont permis à plusieurs centaines de jeunes adolescents passionnés de football, à poursuivre des études collégiales et éviter le décrochage scolaire. Le football étant un prétexte à la réussite scolaire et de les accompagner à devenir de meilleures personnes. Ce n'est plus le cas, on veut des victoires et former des joueurs pour les universités!

Les succès ne se mesurent pas seulement dans la colonne des victoires, mais bien plus dans la colonne de la réussite. Combien de comptables, de policiers, de professeurs, de médecins, d'architectes, d'ingénieurs, de pharmaciens, de physiothérapeutes, de techniciens en tout genre, de maçons, de menuisiers, etc... mais aussi combien de pères de familles, de maris, de conjoints et finalement de bonnes personnes pour la société! Là sont les vraies victoires et les succès de l'équipe de football des Diablos. Nous, comme entraîneurs, retirions autant de fierté de voir nos joueurs exceller à l'extérieur du terrain, que de les avoir vus performer sur un terrain de football.

Cette aventure de 22 ans comme entraîneur n'aurait jamais pu se faire sans l'aide et le support d'une multitude de personnes qui avaient à coeur les Diablos, tout comme moi, et je pourrais tous les nommer. Mais en particulier, merci à ma famille, aux nombreux adjoints, au personnel de soutien, aux soigneurs, aux joueurs, aux parents, aux Anciens Diablos, aux dirigeants du Cégep et aux partisans des Diablos.

Au cours des années, il m'a été donné la chance de connaître et de travailler avec de fidèles collaborateurs: mes mentors - Wayne, Bernard, Jean, Serge, Pierre, Yves, de véritables et fidèles amis et de précieux collaborateurs pendant toute ces années, François Ricard, - (stade Diablos / programme souvenir) et des amis indéfectibles dont Guy, François, Philippe, Denis, Christian, Jean-François, Carl, Louis-Simon, Luc, Éric, Martin, Hugo, Olivier, Louis-Pierre, Manos, Hugues, Jonathan, Pierre, Mathieu, Daniel, Jean Jr, Jacques Jr, Charles, Jean-Alexandre, Danny, Fabien, Benoît, Alexandre, Christian, Jean-Philippe et Mike, je vous dis mille fois mercis!

Je ne voudrais pas oublier deux personnes extraordinaires que sont Michel Lacombe et France Denis. Par votre dévouement, votre implication, votre engagement, votre professionnalisme et votre amitié, je ne peux vous remercier pour tout le travail que vous avez fait dans l'ombre. Pendant ces années, vous avez été des piliers pour moi et les Diablos, mais avant tout des chums.

Pour tout ceux qui suivent les Diablos, un merci spécial pour Bruno, le partisan no 1. Nous étions toujours impressionné par ta connaissance de l'histoire des Diablos et des statistiques. Nous avons eu beaucoup de plaisir et de bonheur à te côtoyer.

Combien de personnes du Cégep de Trois-Rivières m'ont aidées et soutenues au fil des années, Louise (sports), Danièle (résidence), l'information scolaire, les API, l'admission, le registraire, les Denis Guillemette, Normand Meunier, Rénald Coté, Guy Fourgues, Jean-Denis Leduc, Christian Muckle et Raymond-Robert Tremblay. Merci de m'avoir fait confiance dans cette aventure des Diablos.

À tous les intervenants et entraîneurs du football régional, je vous remercie de la précieuse collaboration que nous avons développée au fil des années. Nos succès étaient aussi vos succès!

Quant au nouvel entraîneur-chef et ses adjoints, je leur souhaite bonne chance! Quant à certains dirigeants/gestionnaires actuels, si dans votre nouveau plan, les victoires et les succès ne sont pas à la hauteur de votre décision de faire avancer le programme de football: est-ce que vous allez démissionner ou vous allez être congédiés comme moi?

Finalement, mes derniers mots sont pour les anciens Diablos et les joueurs de l'édition 2014, comme entraîneur et comme joueur, j'ai toujours cru aux Diablos et à leurs valeurs. Je me suis toujours battu et défendu pour tous ceux qui ont bâti le programme de football des Diablos. Mon coeur sera toujours Rouge Diablos! Merci et salutations!

Martin Croteau

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