Simon Larose, le prof comblé

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Simon Larose avoue se sentir plus heureux derrière les rideaux comme entraîneur que sur la surface de jeu d'un terrain central.

La Presse

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(Montréal) Sa personnalité n'a pas vraiment changé. Il est toujours aussi flamboyant et expressif, à la limite «un peu fou», comme il se plaît à le dire. Mais Simon Larose convient aussi qu'il a beaucoup gagné en maturité, conséquence positive de son travail chez Tennis Canada auprès de l'élite nationale.

Le Nouvelliste l'a rencontré au Centre national d'entraînement, il y a quelques jours à Montréal, où plusieurs jeunes misent sur son expertise et sa passion pour la petite balle verte.

Il a peut-être mis un terme à sa carrière chez les pros il y a près de dix ans, Larose demeure néanmoins impliqué pour la cause de son sport. Si Stéphanie Dubois et Rebecca Marino ont bénéficié de ses conseils d'entraîneur, c'est au tour de Françoise Abanda, véritable étoile montante, de partager sa vie d'athlète avec le p'tit gars originaire de Cap-de-la-Madeleine, qui a eu 36 ans en juin dernier.

«Je vois plus souvent Françoise que n'importe qui d'autre au quotidien. Je voyage 25 semaines dans l'année, autant pour la Fed Cup que ses tournois à elle», mentionne-t-il, le sourire accroché au visage, en prenant soin d'ajouter que de travailler avec une joueuse de ce calibre constitue un privilège. «C'est un bijou à polir, elle a un talent exceptionnel. Nous croyons en son potentiel, tout comme on croyait en Eugenie Bouchard. En tout cas, moi, je veux en faire une championne.»

Il nous parle de ces athlètes qu'il a côtoyés au centre, non sans fierté. Il a d'ailleurs toutes les raisons de vanter les mérites de la relève du tennis canadien. Outre Bouchard et Milos Raonic, le «club-école» se développe bien, on compare de plus en plus le Canada des années 2010 à la Suède des années 80. La Suède de Björn Borg, Mats Wilander et Stefan Edberg.

«On fait parler de nous pour les bonnes raisons, c'est très stimulant de se retrouver dans un tel environnement professionnel.»

Travail de coulisses

Larose avoue se sentir plus heureux derrière les rideaux que sur la surface de jeu d'un terrain central. Oui, une semaine magique comme celle de la Coupe Rogers en 2003 représente un moment inoubliable, mais être le témoin de la progression d'une de ses athlètes l'est tout autant. Dubois a connu quelques bons tournois au cours de sa carrière, tandis que Marino a atteint le 38e rang mondial. Pour Abanda, le meilleur reste à venir.

«Je me sens plus responsable, je soutire une grande satisfaction à prendre soin des autres, autant comme entraîneur qu'en tant que père. À l'époque où je jouais sur le circuit, j'étais un extraverti. Est-ce que je m'amusais un peu trop? Oui, j'avais une attitude un peu vagabonde. Mais je n'avais pas d'entraîneur non plus. Pour moi, c'était facile de prendre une journée de congé, question d'aller faire du surf.»

Pas de regret

Ceci-dit, même avec le recul, il ne regrette rien. «Je suis juste curieux de savoir jusqu'où j'aurais pu me rendre avec un mentor. À un certain moment, j'étais près du 185e échelon. Battre Gustavo Kuerten et chauffer Andre Agassi à Montréal, ça m'avait donné un bon boost

Ça nous ramène à septembre 2004, un peu plus d'un an à la suite de ce passage fort médiatisé à la Coupe Rogers. Lors d'un test de routine, du cannabis et de la cocaïne sont retrouvés dans l'organisme de Larose. La nouvelle sort l'hiver suivant. Banni pour deux ans, le Madelinois décide de prendre sa retraite. Il n'avait que 26 ans.

«Je ne suis jamais revenu sur cette histoire, mais je ne m'en cache pas. Les jeunes posent des questions parfois, je n'hésite pas à leur répondre. Tu grandis, tu fais des erreurs, ça coûte cher. Mais je suis à l'épreuve de beaucoup de choses, j'ai pris l'habitude avec le temps de garder le positif, d'oublier le mauvais. J'ai fait un party une fois qui a mal tourné, sauf qu'aujourd'hui, je m'investis sept jours sur sept dans le tennis, je suis toujours au gym. Je pense que je me suis bien repris.»

Le comité de la Coupe Rogers le croit aussi. En 2013, Larose a été intronisé au Temple de la renommée de la classique annuelle. Ses yeux s'illuminent quand il se remémore ce souvenir. Son fils Xavier, haut comme trois pommes, lui avait remis sa plaque. «Ç'a été un bel honneur. Si des gens m'ont vu là, tant mieux! J'ai été très touché. Un jour, mon garçon verra ces photos et il se dira sûrement "wow, mon père a réussi quelque chose de vraiment cool

La plus grande qualité: savoir s'adapter

Simon Larose est bien plus qu'un simple entraîneur, qu'une figure autoritaire pour ses protégées. Au fil des années, il est devenu un confident, un ami, un pilier. Or, travailler avec les mêmes filles constitue un défi au quotidien.

«La relation diffère, c'est certain. Les filles sont plus émotives, elles s'extériorisent davantage, tu dois savoir quand il faut lancer les fleurs, quand elles peuvent recevoir une critique. Mais je te dirais que j'ai eu pas mal plus de moments positifs que négatifs avec Stéphanie, Rebecca et Françoise. De toute façon, personne n'est pareil. Tu dois toujours adapter ton style à la personne en face de toi.»

Prodiguer des conseils à savoir qui représenterait le meilleur partenaire d'entraînement, donner son avis sur les hôtels à l'étranger, apprendre comment fonctionne le circuit. La présence de Larose est primordiale et ses années d'expérience en tant que pro amènent une plus-value.

Il aime aussi se prêter au jeu des comparaisons, particulièrement entre Eugenie Bouchard et Abanda. En plus de l'avoir entraîné sur le plan individuel pendant six mois, il est demeuré très proche de Bouchard en raisons de ses engagements en Fed Cup (le tournoi par équipe international chez les dames).

«Elle a toujours été une fille débordant de confiance. Mais elle adore également se faire coacher. Si, pendant cinq minutes,

tu ne lui dis rien sur le court, elle va te dévisager! Quant à Françoise, elle est peut-être un peu plus autonome avec son tennis. Les deux ont aussi leurs qualités bien à elles par rapport à leur jeu. Eugenie, elle aime prendre le contrôle en redirigeant la balle avec aisance, ses coups sont compacts. Françoise, elle, exploite plus sa fluidité. La balle sort plus facilement de sa raquette.»

Fier Montréalais... qui n'oublie pas ses racines

Trois-Rivières a une place spéciale dans le coeur de Larose. Ses parents habitent encore la maison familiale, «derrière les Galeries du Cap». Chaque fois qu'il le peut, l'ancien tennisman roule sur l'autoroute 40 Est en direction de sa ville natale.

«Une fin de semaine sur quatre environ. Je m'ennuie! Si je pouvais, je vivrais encore en Mauricie. C'est là que j'ai commencé à pratiquer le tennis à dix ans. D'ailleurs, je travaille à tous les jours avec François Giguère, mon premier coach

Que fera-t-il après ses années de tennis? Car il y aura bel et bien une fin. «J'arrêterai quand ma famille me dira que c'est le temps. Mais ce ne sont pas les idées qui manquent. L'immobilier et la construction m'intéressent. Avec mon père et mon frère, j'ai trois condos sur le plateau Mont-Royal, il nous reste d'autres terrains également.»

Avec un peu d'imagination, il se lancera peut-être en affaires, qui sait. «Pourquoi pas un club de tennis intérieur à Trois-Rivières? On pourrait faire revivre l'ancien club (le TIM). À deux ou trois terrains, je suis sûr que ça marcherait! À Rimouski, ils sont passés de 150 à 300. C'est la preuve que notre sport grandit.»

 

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