Il y a 10 ans, Patrice L'Heureux devenait champion canadien

En plus de la conquête de son titre... (Archives Le Nouvelliste, Olivier Croteau)

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En plus de la conquête de son titre canadien, la carrière de Patrice L'Heureux aura été marquée par ses deux duels avec son rival trifluvien, David Cadieux.

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Steve Turcotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il y a 10 ans, Patrice L'Heureux s'offrait une petite parcelle de l'histoire de la boxe professionnelle au pays en devenant champion canadien des poids lourds, rapatriant cette ceinture au Québec pour la première fois depuis les beaux jours de la légende qu'est Robert Cléroux.

Le 13 novembre au Casino de Montréal, le Shawiniganais enregistrait sa 14e victoire en stoppant Steve Mackay (5-2) au neuvième assaut, s'offrant ainsi un titre qu'aucun Québécois n'avait pu décrocher au cours des quatre décennies précédentes.

«Un beau moment. Probablement le plus beau moment de ma carrière, en fait. Il y avait eu beaucoup de publicité autour de ce combat, on m'avait fait rencontrer notamment

M. Cléroux devant les journalistes. Je suis fier de ce combat-là, j'ai quand même marqué l'histoire. Sur le coup, c'était juste un combat comme les autres mais 10 ans plus tard, je réalise davantage ce qui s'est passé ce soir-là», souriait L'Heureux lorsque

Le Nouvelliste l'a invité à se replonger dans ses souvenirs vendredi matin.

L'effet Jim Girard

Qui aurait parié sur L'Heureux pour réussir cet exploit au moment où il a quitté les rangs amateurs? On parle d'un gars qui est passé chez les pros sur une carte de boxe obscure organisée à Maniwaki en 2000! Sans promoteur, L'Heureux s'est ensuite déniché quelques combats, mais c'est son association avec Jim Girard qui lui a permis de prendre son envol et qui a incité Yvon Michel à lui offrir une chance.

«C'est grâce à Jim si tout a décollé! Je suis très reconnaissant pour tout ce qu'il a fait pour moi», livrait L'Heureux, soudainement un peu plus émotif. «On a passé du bon temps ensemble, on s'est bien amusé.»

Si Yvon Michel a fait une fleur à Girard en prenant le mastodonte shawiniganais sous son aile, ce fut finalement une excellente décision d'affaires! Charismatique, bagarreur, L'Heureux est devenu au fil du temps l'un des chouchoux de la foule. Ça lui a permis de vivre de belles expériences, ponctuées de victoires aux dépens de Shane Sutcliffe et de l'olympien Art Binkowski, qui était alors invaincu chez les pros. Son papa Gaétan L'Heureux et son chum Roger Lavergne ont accepté de prendre un risque financier pour lui permettre de se battre chez lui, dans le vieil aréna de Grand-Mère. Une réussite autant sur le plan sportif que financier, qui a permis à la région de vivre deux affrontements mémorables avec David Cadieux. «Mon entourage m'a toujours supporté, j'ai été très chanceux. Je n'ai pas gagné tous mes combats mais j'ai trippé.»

Face à Cadieux

Ses deux défaites face à son rival trifluvien a montré ses limites. Et l'a conduit lentement mais sûrement vers la sortie, en 2010.

«Les défaites face à David ont été plus dures à accepter pour mon entourage que pour moi. Quand tu embarques dans un ring, tu le sais que tu peux perdre. Surtout quand tu acceptes d'affronter les meilleurs. On peut être fiers d'avoir rempli l'aréna Jacques-Plante puis le Colisée de Trois-Rivières. Bien sûr, comme athlète, tu n'es jamais satisfait, tu te demandes toujours qu'est-ce qui serait arrivé si tu avais pris différentes décisions... Mais globalement, je n'ai pas à me plaindre, j'ai fait un sacré bout de chemin», racontait le prospère homme d'affaires, qui s'est aussi permis au passage de défier Alexander Povetkin, une machine russe qui n'a qu'une seule défaite en carrière et qui est devenu champion du monde par la suite!

En 2010, L'Heureux a fait sa dernière apparition entre les câbles au stade Uniprix, se faisant arrêter par Wayne John. C'était son cinquième revers en 30 duels, son quatrième à ses neuf derniers combats.

S'il n'a jamais officiellement annoncé sa retraite depuis, le Granit de 42 ans convient du bout des lèvres qu'on ne devrait plus le revoir avec des gants aux poings.

«Je suis incapable encore aujourd'hui de dire que ça n'arrivera plus jamais. La boxe, quand tu as ça dans le sang, c'est dur de tasser ça complètement. Surtout que je suis dans une forme physique éblouissante! Mais bon, je ne m'entraîne plus en boxe depuis un bon moment, et je n'ai aucun plan concret pour un retour. La porte est en train de se refermer par elle-même, tout doucement!»

«Il est allé au bout de ses habiletés»

À partir du moment où Jim Girard l'a convaincu de donner une chance à Patrice L'Heureux, Yvon Michel n'a plus jamais quitté le coin du spectaculaire boxeur natif de la Mauricie!

«Jim (Girard) nous disait juste des bonnes choses sur lui, et il avait raison! Patrice n'avait pas froid aux yeux, il était prêt à se battre avec n'importe qui. Il avait des mains rapides, il ne reculait pas et c'était un bonhomme très attachant, alors tout le monde l'a rapidement adopté», souligne Michel, en ajoutant que L'Heureux était resté proche des gens qui l'ont accompagné durant son parcours chez les pros.

«Parmi tous les boxeurs avec qui nous avons travaillé qui sont aujourd'hui à la retraite, c'est celui avec qui nous sommes restés le plus proche. Il vient souvent prendre un café lorsqu'il vient à Montréal, il téléphone pour prendre des nouvelles, il a aidé Alexandra (Croft, son ex-gérante) quand elle a déménagé. C'est un gars très loyal.»

Michel est le premier à reconnaître qu'il a été surpris de voir jusqu'où L'Heureux a pu se rendre malgré un bagage technique limité.

«Il est allé au bout de ses habiletés avec son coeur et son courage. Quand il a gagné son championnat canadien, on était aussi content que les soirées où d'autres boxeurs sont devenus champions du monde! Il a fait des finales, il a donné deux combats mémorables avec David Cadieux. On va se souvenir très, très longtemps de ces deux cartes de boxe à Shawinigan et Trois-Rivières. Et il a même fait une saucette sur la scène internationale. Quand tu regardes son époque, il y a beaucoup de boxeurs d'ici avec beaucoup plus de talent que lui qui n'ont pas réalisé la moitié des choses que Patrice a réalisées.»

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