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Docteur en chimie: Pierre Villemure met sa passion au service des équipes de hockey

Le spécialiste de la sociométrie, Pierre Villemure, a... (Stéphan Lessard)

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Le spécialiste de la sociométrie, Pierre Villemure, a travaillé avec des équipes de la LHJMQ et de la LNH.

Stéphan Lessard

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Steve Turcotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivères) Chaque détail compte pour maximiser le potentiel d'une équipe de hockey. Depuis quelques années, la mode est aux statistiques avancées, une façon pour les dirigeants d'évaluer différemment leur personnel. Une tendance lourde au point où, de nos jours, chaque équipe de la LNH consulte des spécialistes en la matière.

Le jour viendra peut-être aussi où les franchises voudront se pencher plus spécifiquement sur la chimie à l'intérieur de leur vestiaire. Vous savez, ce petit intangible qui fait la différence quand la tempête se lève, sur la glace comme à l'extérieur de la surface de jeu.

C'est la spécialité de Pierre Villemure, un retraité originaire de Saint-Maurice qui utilise la sociométrie pour disséquer la composition d'une équipe. Génagogue de formation - une discipline disparue de la circulation depuis deux décennies -, ce retraité a travaillé avec des délinquants durant toute sa carrière et c'est à la fin des années 80 qu'il a commencé à mettre son bagage au service des équipes de hockey. Il a fait ses premiers pas dans le midget AA et le collégial majeur, puis dans la Ligue midget AAA avec les Estacades de Trois-Rivières. Il y a connu les Denis Francoeur, Dominic Ricard, André Tourigny et Claude Bouchard, qui ont tous retenu ses services une fois en poste dans la LHJMQ. Dans le circuit Courteau, ce fut au tour de Guy Boucher d'être séduit par son approche, et il l'a emmené partout où il est passé depuis!

À tous les niveaux

Si Villemure n'aime pas trop parler de ses clients, il confirme néanmoins avoir travaillé étroitement avec deux clubs de la LNH ces dernières années. Il y a quelques semaines, il a aussi fait un détour dans la Ligue américaine. Et il se prépare à aller rejoindre dans quelques jours Boucher à Berne, sur le Vieux Continent. «Je suis spécialiste de l'organisation fonctionnelle d'un groupe. C'est comme si je faisais dix scans de l'âme de l'équipe. Et c'est la superposition de ces dix scans-là qui alimente toute l'analyse. Je fournis des données à l'équipe d'entraîneurs sur le groupe, et des pistes de solution afin de raffermir les liens», résume Villemure.

Le procédé est assez simple. Villemure rencontre les joueurs d'une équipe quelques semaines après le début de la saison, et il distribue un questionnaire avec différents scénarios. Pour chacun d'entre eux, les joueurs choisissent des coéquipiers qu'ils voudraient avoir à leurs côtés, ainsi que le contraire. Une grande matrice est tirée des réponses et procure aux entraîneurs du matériel pointu afin de faire grandir l'équipe. Un deuxième exercice du genre est ensuite réalisé à la fin de l'hiver afin de mesurer la progression, et procéder aux derniers ajustements avant les séries.

«Guy Boucher dit toujours que son rôle, c'est d'harmoniser 23 personnalités différentes et c'est en plein ce que la sociométrie permet de faire, en montrant tout le jeu des influences et des interactions à l'intérieur d'une équipe. C'est important de bien identifier le noyau énergétique d'une équipe, car c'est avec lui que l'entraîneur doit beaucoup travailler pour faire avancer le groupe. En même temps, chaque joueur est important, puisqu'il a une parcelle d'influence dans la chambre. Par exemple, si un seul gars a peur, c'est quelque chose qu'il peut transmettre à un coéquipier, et ça fait boule de neige, au point de devenir rapidement une épidémie. Ça ne se verra pas depuis le bureau du coach et quand il s'en rend compte, dans un match serré par exemple, il est trop tard pour intervenir.»

Un processus en trois phases

Le personnel d'entraîneurs a tout intérêt à en savoir le plus possible sur la chimie à l'intérieur du groupe qu'il dirige, car il n'en fait pas partie! «Les entraîneurs sont là pour guider, orienter et stimuler leur équipe, mais ils n'en font pas partie. Une équipe, c'est une cellule à part entière. Avec une personnalité! Et avant d'espérer gagner, elle doit passer par des étapes, comme un enfant qui grandit. Il y a la phase de formation, assez courte, où le jeu des influences se met en place. Arrive ensuite la phase de normalisation, où les joueurs font des tests. C'est inévitable, les gars veulent connaître les limites, incluant celles de l'entraîneur. C'est la période la plus longue, qui doit se terminer par une harmonisation avant d'arriver à la dernière étape, celle de la performance. Rendu là, le groupe est autonome, le noyau dynamique est bien en place et c'est là qu'on peut parler de réelle chimie...»

Villemure ne parle jamais de hockey avec les entraîneurs. Les X et les 0 ainsi que les statistiques, il n'y voit aucun intérêt. Forcément, son approche étonne parfois les entraîneurs, qui finissent par contre par se rallier quand ils voient toute l'information que le génagogue peut extraire en l'espace de quelques jours. «Ils finissent tous par embarquer. Peu importe le niveau où j'ai travaillé, y compris dans la LNH. Et la confiance des entraîneurs dans le processus se transmet aux joueurs, qui participent avec sérieux», raconte-t-il. «Reste que la clientèle que je préfère, c'est le junior. C'est un milieu tellement dynamique, très riche. Les jeunes sont en train de se bâtir et de plus en plus, les entraîneurs veulent autant travailler avec les personnes que les joueurs. Les pros, c'est davantage une business», conclut Villemure, qui travaille étroitement avec la jeune sociologue Marie-Hélène Desrosiers depuis quelques années. «Je prépare ma relève!»

«Les leaders, les vrais, il y en a peu»

Les leaders sont bien moins nombreux qu'on peut le présumer au sein d'une équipe. «Les leaders, les vrais, il y en a peu. Quand un groupe en a un, c'est bon. Quand il en a deux, c'est particulier. Et quand il y en a trois au sein d'un même vestiaire, c'est là que tu peux espérer te rendre jusqu'à la Coupe», lance-t-il, en confiant que Marc-Olivier Vachon (Voltigeurs) et Jason Pominville étaient les deux leaders qui l'avaient le plus marqué.

«Vachon, c'était une perle, un leader dans le vrai sens du terme. Pas un péteux de broue, un gars qui passait de la parole aux actes, qui ramassait les rondelles à genoux avec les recrues. Lui quand il se levait dans la chambre, tout le monde écoutait. Et peu importe où il va être dans la vie, il sera reconnu comme un grand leader, naturellement. Quant à Jason, je l'ai vu se bâtir à partir du midget AAA, il avait une coche sur tous les autres. Le genre de joueur respecté par tout le monde. Je n'ai pas été surpris du tout de voir les Sabres le nommer capitaine il y a quelques années.»

Dominic Ricard, de cobaye à fervent défenseur de la sociométrie

Tous les hommes de hockey interrogés qui ont croisé la route de Pierre Villemure sont excessivement élogieux à son endroit. C'est le cas notamment de Dominic Ricard, qui fut l'un de ses premiers cobayes à la fin des années 90. Quand il est passé de l'autre côté de la clôture, Ricard le voulait à ses côtés.

«Je jouais midget AA à l'époque quand je l'ai rencontré pour la première fois et j'ai tout de suite été séduit par son approche. Le hockey, c'est bien plus qu'une rondelle et deux filets, la dynamique d'un groupe fait partie de sa complexité. Et la sociométrie aide énormément à ce niveau», fait valoir le grand manitou des Voltigeurs de Drummondville. 

«Les fans sont dans la perception quand ils analysent leur équipe préféré, tout comme les journalistes! C'est vrai aussi en partie pour les hommes de hockey. La vérité, elle est dans le vestiaire et ce sont les joueurs qui la connaissent. Voilà pourquoi la façon de travailler de Pierre est tellement utile.»

Éric Veilleux abonde dans le même sens, lui qui a découvert cette science au beau milieu de la «tempête mémoriale» de 2012 à Shawinigan. Le petit général s'est assuré de pouvoir compter sur les services de Villemure lors de son passage à Baie-Comeau. «Toute équipe devrait avoir un gars comme lui comme consultant. C'est une machine, il voit clair comme c'est pas possible! Après un exercice d'une heure en début de saison, tu pouvais l'appeler un mois plus tard avec un problème qui venait d'éclater et c'est comme s'il avait deviné qu'il se présenterait, et il a une solution à te proposer. C'est très impressionnant», plaide Veilleux. «Il valide plusieurs choses dont tu te doutais sur la dynamique de ton groupe, il t'en apprend aussi. Tu ne regardes plus ton club de la même façon après son passage, c'est évident.»

Pour sa part, Martin Mondou fait valoir que les joueurs sont tout aussi gagnants que les entraîneurs. «Il procure tellement d'informations, ça nous permet d'aider le groupe mais aussi d'aider individuellement les joueurs. Au fil des années, j'en ai vu plusieurs être remis sur les rails grâce à la sociométrie. C'est un outil très complet qui aider à faire cheminer une équipe.»

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