Commotions cérébrales: «Une insulte au cerveau»

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Le professeur Philippe Fait, de l'UQTR, s'intéresse depuis plusieurs années à la question des commotions cérébrales.

Photo: Émilie O'Connor

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Serge L'Heureux
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Souvent les gens ne prennent pas ça au sérieux, les commotions cérébrales. Pourtant, il n'y a pas de petite ou de grosse commotion; la moindre commotion est une insulte au cerveau.»

 

 

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Tout comme Eric Lindros, Keith Primeau a dû mettre un terme à sa carrière prématurément en raison des nombreuses commotions cérébrales dont il a été victime.

Photo: La Presse

Professeur au Département des sciences de l'activité physique à l'Université du Québec à Trois-Rivières, Philippe Fait s'intéresse à la question depuis plusieurs années; il a notamment travaillé - et travaille encore - avec les équipes nationales de hockey et de ski acrobatique, entre autres.

«Je me suis rendu compte que même si les athlètes ont suivi les protocoles de retour au jeu après une commotion, ils ne se sentent pas comme avant, a-t-il constaté. Ce n'est pas parce qu'il n'y a plus de symptômes que la commotion est réglée; il reste des symptômes cognitifs. Le temps de réaction peut être plus lent, par exemple, ce qui augmente les risques de subir une autre blessure.»

À peine de retour d'un colloque international en Suisse, M. Fait constate que les mentalités ont évolué depuis quatre ans. «Avant, on pouvait dire à un joueur professionnel qu'il pouvait retourner au jeu dans la même partie, mais plus maintenant. Il ne peut plus revenir au jeu la même journée, et doit attendre au moins 24 heures avant que les premiers symptômes apparaissent.»

La blessure subie par Sidney Crosby a ramené la question à l'ordre du jour. «On n'a jamais autant entendu parler des commotions cérébrales dans les médias que ces deux dernières années, Quand tu vois un athlète professionnel comme lui prendre le temps de guérir d'une commotion, ça a un impact direct chez les jeunes, souligne-t-il. Il ne faut pas oublier qu'on recense 5000 fois plus de commotions cérébrales dans les rangs mineurs que chez les pros.»

Mais entre un hockeyeur ou un joueur de football professionnel et un jeune de 14 ans, le processus de guérison est bien différent. «Pour un athlète adulte, on prévoit de 6 à 10 jours, mais pour un jeune de moins de 18 ans, dont le cerveau est encore en développement, ça prend plus de temps à récupérer: un minimum de deux semaines, dont une semaine complète sans symptômes.»

«Quand on subit une commotion cérébrale, ça peut aussi provoquer des atteintes au niveau cervical, où les vertèbres sont très petites. Ça peut provoquer des symptômes semblables à une commotion cérébrale; si on a les deux, la résorption est encore plus longue. Il faut régler les deux problèmes avant que la personne retourne au jeu.»

Pour un jeune, le retour à la compétition sera obligatoirement précédé par un retour en classe. «Il faut qu'il revienne à l'école, de façon progressive, avant de revenir au jeu, explique M. Fait. L'école demande attention et concentration; ça stimule le cerveau. C'est uniquement quand le retour à l'école se fait à 100 % qu'on peut envisager un retour au jeu sans mettre le jeune à risque de subir une autre commotion.»

Des effets à long terme

Pour un athlète de moins de 18 ans, les commotions cérébrales à répétition peuvent, en effet, entraîner des séquelles à long terme. «Après trois commotions cérébrales, les athlètes sont plus à risque d'en subir d'autres, note-t-il. Ça dépend aussi de la fréquence des commotions, mais pour un cerveau en développement, on risque d'avoir des changements à long terme.»

On a déjà vu, chez les professionnels, des joueurs qui ont dû mettre fin à leur carrière après avoir subi des commotions cérébrales à répétition, comme Eric Lindros, au hockey, ou Roger Staubach au football. «Le point de non-retour ne se calcule pas en fonction du nombre de commotions, explique toutefois M. Fait. Ça dépend du type de commotion. Un athlète peut en subir plusieurs sans que ça l'affecte à long terme, alors qu'un autre n'en aura qu'une seule qui peut mettre fin à sa carrière.»

Ces dernières années, la Ligue nationale de football a mis en place plusieurs mesures pour enrayer les commotions cérébrales, notamment en limitant le nombre de coups à la tête que peut recevoir un joueur durant les entraînements, ou en plaçant dans les estrades un arbitre chargé de détecter les commotions durant un match. Au niveau des jeunes, par contre, la prévention reste le meilleur remède. «Je donne des conférences pour permettre aux entraîneurs de bien évaluer les symptômes, et pour sensibiliser les jeunes et leurs parents à la question des commotions, explique M. Fait. C'est important que le jeune voit son médecin et qu'il soit au repos complet, autant physique que cognitif (pas de lecture, pas de jeux vidéo, etc.).»

Il reconnaît toutefois que les jeunes athlètes ont parfois du mal à appliquer ces conseils. «Le jeune qui est habitué d'être toujours avec ses amis peut même en arriver à montrer des signes de dépression, note-t-il. D'ailleurs, c'est prouvé qu'ils sont plus à risque d'être dépressifs après six commotions cérébrales ou plus.»

Le milieu scientifique a fait de grands progrès depuis l'époque où les entraîneurs se moquaient des joueurs se plaignant d'un mal de tête. «Dans les dix dernières années, il y a eu une explosion de la recherche sur les commotions cérébrales, et de la prévention, constate Philippe Fait. La commotion cérébrale est une blessure invisible, pour laquelle le meilleur traitement, c'est la prévention.»

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