Zewski le bienheureux

Mikaël Zewski, 23 ans, est un mélance d'humilité... (Photo: Stéphane Lessard)

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Mikaël Zewski, 23 ans, est un mélance d'humilité et de détermination.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Vous ne verrez jamais Mikaël Zewski tentant d'intimider du regard son prochain adversaire, encore moins triompher avec arrogance autour de celui qu'il vient pourtant de mettre hors de combat. Mikaël est un redoutable boxeur, mais un gentil garçon. Le gendre parfait.

Chez les Zewski, la boxe est une histoire... (Photo: Stéphane Lessard) - image 1.0

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Chez les Zewski, la boxe est une histoire de famille. Mikaël et son père Jean disent se compléter à merveille. Leur succès en est la preuve.

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Il sourit de toutes ses dents. Normal. Le Trifluvien de 23 ans se fait rarement tabasser la mâchoire. On en a encore eu la preuve, samedi dernier, au Centre Bell. Notre nouvelle idole n'a eu besoin que de 37 secondes pour démontrer ce qu'il est capable de faire sur un ring.

Le super mi-moyen et «futur champion du monde», au dire de ses nombreux gérants d'estrades, présente une fiche parfaite de dix-sept victoires contre zéro défaite. Bravo champion. Les vraies affaires maintenant. Le gars est marié. Déjà...

Mikaël avait 9 ans lorsqu'il a enfilé les gants pour la première fois. L'idée d'essayer la boxe lui est venue en voyant tous les trophées et souvenirs de son père à la maison. Fils d'immigrants polonais, Jean Zewski est un Trifluvien pure laine qui a boxé chez les amateurs au début des années 80.

Le papa Zewski a mis fin à une carrière de quarante et quelques combats avec la naissance de ses deux enfants, Nikita et Mikaël. «C'est lui qui m'a ramené à la boxe», dit-il en jetant un coup d'oeil à son brave rejeton.

Enfant, Mikaël a pratiqué tous les sports d'équipe avec un certain talent, mais sans grande conviction. «J'étais un peu trop solitaire», explique celui qui, au soccer, sollicitait le rôle de gardien de but pour pouvoir s'occuper de ses propres affaires.

La proposition d'essayer la boxe est venue de son père, juste avant un match de basket. Si Mikaël réussissait à faire quelques points, papa lui ferait visiter un vrai gym. On devine la suite. Fiston a visé le panier avec succès, impatient qu'il était de sauter dans le ring. Ce jour-là, le petit gars a été frappé par un direct droit au coeur. Par amour pour son sport, il allait tout donner. Son père aussi.

«Dès son premier entraînement, j'ai tout de suite vu que Mikaël avait un petit quelque chose de plus que les autres. Il avait une technique naturelle. Il faisait déjà plusieurs mouvements par instinct», décrit le paternel qui n'a pas eu le choix de se remettre à la boxe, mais cette fois, à titre d'entraîneur personnel de son fils aussi passionné que lui.

Mikaël adorait se retrouver dans cet univers où les boxeurs de son âge étaient l'exception. «Les gens me regardaient m'entraîner et avaient l'air de se demander ce que je faisais dans un gym, à seulement 9 ans. Et quand je faisais mon jogging dans la rue, le monde devait penser que je me sauvais!», raconte le jeune homme avec amusement.

On nous a souvent présenté la boxe comme étant une façon efficace, surtout dans les quartiers défavorisés, de lutter contre la délinquance et de redonner confiance aux jeunes victimes d'intimidation. Pour Mikaël Zewski, un garçon sans histoire, la boxe est plutôt devenue un mode de vie.

«Je boxe par choix», insiste Mikaël qui ne s'est jamais servi de ses poings dans la cour de récréation de l'école Le P'tit bonheur où il a complété ses études primaires. Un ange.

Élève à l'Académie les Estacades, plus précisément au sein du programme sports-études (boxe) mis sur pied par son père, Mikaël préférait passer son tour quand ses amis se donnaient rendez-vous dans un sous-sol, pour un party d'ados. «Je restais chez nous ou j'étais à l'extérieur de Trois-Rivières, pour des combats. J'étais jeune, mais j'avais la maturité de penser que je devais me tenir loin du trouble», fait remarquer l'ancien camelot du Nouvelliste.

«J'étais sérieux et je me trouve bon de ne pas avoir été influençable, de m'être tenu loin des bars», ajoute celui qui, à 15 ans, était également plongeur dans un resto et de plus en plus autonome financièrement.

Mikaël Zewski n'a jamais eu la prétention d'être un exemple à suivre. «Quand je commence quelque chose, il faut que je sois le meilleur, je veux tout savoir, ça devient une obsession», explique tout simplement celui qui aime le côté stratégique, voire scientifique de sa discipline sportive.

«Toute ma vie tourne autour de la boxe»

La boxe, c'est la vraie vie. C'est du un contre un, seul face à soi-même.

«Entre les rounds, mon coach peut me dire quoi faire, mais il ne peut pas me contrôler et si ça ne marche pas, c'est ma faute», illustre Mikaël Zewski qui aime se retrouver dans sa bulle, où rien ne peut le distraire. «Il n'y a plus de son, sauf la respiration de ton adversaire, le son des coups que tu donnes et de ceux que tu reçois», dépeint l'artiste du ring.

La solidité des liens qui l'unissent à son père, Jean Zewski, est indéniable. Le duo a tout de même dû ajuster le tir à un certain moment. C'est qu'on a affaire ici à deux passionnés de la boxe, mais surtout à deux mauvais perdants. À l'époque où Mikaël habitait chez ses parents, l'atmosphère n'était pas toujours au beau fixe au lendemain d'une moins bonne performance.

«J'ai toujours été très dur avec Mikaël. La boxe n'est pas un sport comme les autres. On se donne des coups de poing sur la gueule. On ne dit pas «jouer à la boxe» comme on joue au soccer», rappelle Jean Zewski avant d'admettre que lui et son fils sont deux types très compétitifs, d'éternels insatisfaits qui trouvent toujours un truc ou deux à redire, même après un combat de 37 secondes!

«C'est important de ne pas tomber dans une zone de confort, de penser que je vais mettre knockout tout le monde», commente Mikaël qui n'est pas le genre à jouer la grosse tête. Le gars n'a pas juste le titre de professionnel. Il a aussi l'attitude.

Le jeune boxeur est parfaitement conscient de ses chances de devenir champion du monde, mais garde les deux pieds sur terre. «Je travaille en conséquence. Je mets tout ce que je peux. Toute ma vie tourne autour de la boxe, et advenant que ça ne marche pas, je n'aurai aucun regret», déclare le protégé du groupe Top Rank Boxing, à Las Vegas.

D'ailleurs, malgré ses succès sur le ring, Mikaël a écouté les conseils de son père et a obtenu un diplôme d'études professionnelles en maçonnerie avant de miser le tout pour le tout sur sa carrière de boxeur.

Père et fils sont toujours ensemble. Papa enseigne, fiston s'exécute. Ils apprennent dans la victoire et dans la défaite. Le succès de Mikaël est également celui de Jean dont la fierté est palpable. «Tant qu'il voudra de moi, je serai là. C'est lui qui décide», soutient le père-entraîneur, ce à quoi le principal intéressé répond: «On a tellement une bonne relation.»

C'est auprès des siens que Mikaël reprend son souffle et retrouve son équilibre. Dès l'âge de 20 ans, il achetait sa première maison et à l'été 2011, il épousait son amoureuse des cinq dernières années, Sabrina Bernier, une ancienne championne canadienne... de boxe. Oui, on peut parler d'un coup de foudre entre les deux.

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