Il devait terminer dans les 32 premiers de cette première manche pour accéder au tour suivant. «Ça allait bien dans le pitch (la portion la plus inclinée du parcours), mais quand je suis arrivé en bas, je voyais le Japonais à côté de moi et je suis arrivé trop direct sur la porte», racontait Trahan, déçu du résultat, mais encouragé par sa préparation.
«J'étais plus détendu par rapport à l'an dernier, notait-il. Je me concentrais sur ma descente. L'an passé, je tremblais de partout!»La course a été disputée par temps grisâtre, sur un parcours rendu difficile par une petite neige mouillée et tenace. Rien pour avantager Trahan, qui portait le dossard 34. «Un parcours mou, c'est plus difficile, surtout quand on part derrière. Il faut éviter les trous, explique-t-il. C'est quelque chose à quoi il faut s'habituer dans notre sport.»
Malgré son élimination prématurée, hier, Trahan avait tout de même de bonnes nouvelles à savourer puisqu'il a appris, mardi, qu'il participerait aux deux prochaines Coupe du monde avec l'équipe nationale: à La Molinas, en Espagne, le 10 mars, puis à Valmalenco, en Italie, une semaine plus tard. «Il y a de bons côtés à retirer de cette course-là, qui vont me servir pour les deux prochaines Coupes du monde, souligne le planchiste de 18 ans. Mais c'est clair qu'il reste du travail à faire.»
Sa participation au prochain Championnat du monde junior en Espagne devrait également être confirmée sous peu, puisqu'il occupe le premier rang chez les juniors au pays.
La bonne attitude
À 18 ans, Trahan impressionne les vétérans de l'équipe canadienne, dont Jasey Jay Anderson, qui effectuait son retour en Coupe du monde, en fin de semaine à Stoneham.
Le champion olympique de Vancouver a eu l'occasion de côtoyer Trahan cette saison, notamment en Coupe Nor-Am. Il tenait des propos encourageants pour le jeune homme. «Il a beaucoup de potentiel, constate-t-il. Il a fait de bons résultats cette année, mais la Coupe du monde, c'est différent. L'énergie est différente. Il faut qu'il s'habitue à maximiser tout ça, parce que tous les autres le font, surtout les gars d'expérience.»
Anderson hésite toutefois à évaluer la progression de Trahan. «Chacun est différent. Ça dépend de l'investissement que tu y mets en temps et en énergie. C'est important de se concentrer sur son travail», précise-t-il.
À sa deuxième présence en Coupe du monde, Trahan se disait déjà plus à l'aise que pour ses débuts, l'an dernier. C'est la bonne attitude, selon Jasey Jay Anderson. «Le plus important, c'est de se concentrer sur sa course. Tu peux te laisser influencer de façon positive, mais c'est bon d'avoir confiance quand tu descends. Indrik a l'air d'avoir ça», note-t-il.
Les deux hommes ont déjà quelque chose en commun: ni l'un, ni l'autre n'a participé aux finales, hier, puisque Anderson a été éliminé au deuxième tour.
L'entraîneur d'Indrik Trahan, Patrik Gaudet, ne doute pas du potentiel de son protégé. «Il est celui qui a le plus de potentiel dans l'équipe nationale de développement; c'est le leader de l'équipe», assure celui qui se dit impressionné par le parcours du jeune Trifluvien. «Il a tellement de bagage derrière lui: il est allé étudier au Vermont, puis en Autriche. Certains entraîneurs lui déconseillaient d'aller en Autriche, mais pas moi. Je trouvais que c'était une bonne idée, parce que les Autrichiens sont les meilleurs au monde. Je lui disais: "Tu vas juste prendre de l'expérience".»
Gaudet est entraîneur de l'Équipe du Québec, et travaille au Mont-Tremblant, où s'entraîne Trahan. Il note ses progrès. «L'an dernier, il était très jeune et impatient d'aller toujours plus vite. Ça influençait le résultat de ses courses. Mais là, il prend beaucoup de maturité; il a compris qu'il doit parfois être patient. Aujourd'hui (hier), il a été disqualifié, mais il a tout de même fait une très bonne descente, surtout qu'il utilisait une nouvelle pièce d'équipement. S'il y en a un qui va se rendre loin sur l'équipe nationale, c'est lui. Et de loin!», prévoit Gaudet.
En plus d'apprendre qu'il allait participer aux deux prochaines Coupes du monde, Trahan a reçu une autre bonne nouvelle, en fin de semaine.
Il sera, en effet, intégré au SGproteam, une équipe associée au fabricant de planches SG et regroupant quelques-uns des meilleurs planchistes du circuit de la Coupe du monde.
«C'est une grande surprise, avoue Patrik Gaudet. En plus de recevoir des planches, Indrik va être dans l'environnement des meilleurs. Ça apporte une forme de support moral qui s'ajoute à celui de l'équipe nationale.»
Tout ça pour dire qu'Indrik Trahan fait petit à petit son chemin sur les scènes nationale et internationale du surf des neiges. «Il est vraiment sur la bonne voie, croit son entraîneur. Les portes s'ouvrent de plus en plus devant lui. Dans les deux ou trois prochaines années, il va stabiliser sa technique et prendre plus d'expérience.»
Ce n'est pas comme si le temps pressait. À 18 ans, Trahan a tout son temps, dans un sport où le développement des athlètes est plutôt tardif.
«La plupart des cham-
pions ont entre 25 et 35 ans, souligne Gaudet. Mais on constate quand même que les athlètes sont mieux entourés, dans des programmes mieux structurés, et ils performent de plus en plus jeunes.»
Avec son préparateur physique (Jean Boutet), sa psychologue sportive, ses entraîneurs et sa formation à l'étranger, Indrik Trahan n'a négligé aucun des aspects de sa préparation. «Les meilleurs ont tous ce support-là», assure son entraîneur, confiant de voir Trahan se hisser au niveau des meilleurs d'ici quelques années.?