Un drôle d'anniversaire un peu triste

Après une belle carrière internationale, Marie-Andrée Masson s'implique... (Photo: Stéphane Lessard)

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Après une belle carrière internationale, Marie-Andrée Masson s'implique maintenant au club Mauriski.

Photo: Stéphane Lessard

Serge L'Heureux
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) En février prochain, Marie-Andrée Masson célébrera un drôle d'anniversaire. «Ça va faire 20 ans que j'ai arrêté la compétition en ski de fond», rappelle-t-elle.

C'était juste avant les Jeux olympiques d'Albertville. Après quinze ans d'entraînement intensif - de surentraînement, dirait-on aujourd'hui - son corps en a finalement eu assez.

«J'étais la meilleure au Canada, raconte-t-elle. Comme j'ai commencé à faire du ski de fond assez tard, à 14 ans, j'ai pris les bouchées doubles. Je me suis entraînée vraiment fort. J'avais la réputation d'être celle qui s'entraînait le plus, mais ce n'était peut-être pas si bon que ça, finalement.»

Elle avait eu, jusque-là, une carrière bien remplie, avec notamment une sixième place en Coupe du monde, et une participation aux Jeux olympiques de Calgary, en 1988. «Le ski de fond avait le vent dans les voiles. C'était vraiment la belle époque pour faire de la compétition, mais le hic, c'était nos connaissances. On n'avait pas d'histoire en ski de fond au niveau international. On n'était pas considéré comme une équipe nationale!», rappelle-t-elle.

Il a fallu les succès de Pierre Harvey en Coupe du monde pour faire connaître le sport. «Pierre a mis ça sur la mappe. Chez les femmes, c'est Becky Scott qui a fait une percée, mais le programme s'était mis en place à partir des Jeux de Calgary», explique-t-elle.

Aujourd'hui, c'est un autre Harvey, Alex, le fils de Pierre, qui porte le flambeau du ski de fond canadien. «Je ne le connais pas personnellement, mais on me dit qu'il a une bonne tête. Il a le talent, bien sûr, mais aussi une équipe autour de lui. C'est ça qui a manqué à Pierre Harvey», analyse Masson, aussi impressionnée par Devon Kershaw, le coéquipier de Harvey. «Ils semblent savoir quoi faire pour arriver à leurs fins, même si je trouve qu'Alex se met peut-être trop de pression. C'est plate qu'il soit obligé de se justifier quand il connaît une moins bonne compétition, comme lors du dernier Tour de ski.»

Alex Harvey a aussi une autre réputation dans l'équipe: celle de celui qui s'entraîne le plus fort. Comme une certaine Marie-Andrée Masson, à l'époque?... «Ce n'est pas si facile que ça, le ski de fond, souligne-t-elle. Mais quand tu ne vois pas ça comme des sacrifices, ça va bien. Alex est bien dans toutes les exigences du ski de fond, et il a la génétique de son côté...»

Puisqu'on parle de génétique, on pourrait aussi parler de Florence Despins, la fille de Marie-Andrée Masson, une jeune femme de 12 ans qui rêve déjà aux Jeux olympiques. Comme sa mère, comme son oncle, Alain Masson, qui a fait plusieurs Jeux en ski de fond et en vélo, comme sa tante, qui a aussi participé aux Jeux.

Chez les Masson, l'esprit de compétition court dans la famille. «Moi, quand j'ai commencé à faire de la randonnée de ski de fond, à 9-10 ans, j'ai détesté ça!, raconte Marie-Andrée. Je voulais faire de la compétition, pas de la randonnée! Nous étions des compétiteurs; si on n'avait pas fait du ski de fond, on aurait fait autre chose!».

Pour superviser la progression de Florence, Masson a accepté de s'impliquer dans le club Mauriski, où elle assiste l'entraîneur François Trudeau. «J'ai eu plein de gens bénévoles autour de moi dans ma carrière, alors je vois ça comme un retour des choses. Depuis que ma fille fait de la compétition, j'ai décidé de m'impliquer. Initier un enfant au ski de fond, ce n'est pas évident. C'est un sport difficile, qui demande beaucoup de patience de la part des parents.»

Si jamais la jeune Florence parvenait au bout de son rêve olympique et accédait à l'équipe nationale, sa mère connaît les dangers qui l'attendent. «De toute façon, ils ne la laisseraient pas s'entraîner comme je l'ai fait, assure-t-elle. Les connaissances ont beaucoup évolué, ça s'est démocratisé. L'équipe canadienne est allée chercher à l'extérieur les ressources qu'il fallait.»

Mais pour elle, c'était trop tard. «J'avais la capacité, mais on s'est surentraînées», regrette-t-elle. Sa dernière compétition remonte à l'an dernier, lors de la course du printemps dans le parc national de la Mauricie. «Ça faisait 15 ans que je n'avais pas fait de course, sourit-elle. J'adore ça encore, mais je suis trop fragile, trop usée: je me blesse facilement. Je pousse autant, mais je ne suis pas préparée et plus tu vieillis, plus tu ralentis! C'est pas drôle!».On vous l'a dit: l'esprit de compétition, ça court chez les Masson. C'est une leçon que Florence semble déjà avoir apprise...

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