Quinze semaines de chômage pour soigner son cancer

Manon Douville se bat contre un grave cancer... (Photo: Émilie O'Connor)

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Manon Douville se bat contre un grave cancer de l'estomac.

Photo: Émilie O'Connor

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Vous gagnez un salaire modeste à la sueur de votre front. Femme monoparentale, vous faites des sacrifices toute votre vie pour payer votre humble maison et assurer un style de vie normal à votre enfant.

À force d'escamoter les vacances et de grignoter toutes les heures supplémentaires qu'il vous est possible de faire, vous arrivez à boucler votre budget et à vous en mettre un peu de côté. Puis un jour, le médecin vous apprend que la petite bosse sensible qui se développait près de votre nombril depuis quelques mois est causée par un grave cancer de l'estomac.

C'est une lutte pour la survie qui s'amorce, longue et pénible. Mais l'assurance-emploi ne vous donnera que 15 semaines de prestations.

Après ça, il vous faudra «manger votre vieux gagné» pour vous tirer d'affaires.

C'est l'histoire de Manon Douville, une femme de 47 ans qui travaille comme serveuse chez Mikes à Trois-Rivières depuis 12 ans et depuis 26 ans pour la bannière. Ça pourrait être l'histoire de n'importe quel travailleur au Canada.

Quand son médecin lui apprend la nouvelle, Manon Douville portait son costume de serveuse et s'en allait au travail. On devine aisément qu'elle ne s'est jamais rendue. C'était un peu avant novembre dernier, un mois qu'elle n'oubliera jamais puisque c'est à cette date, le 8 plus précisément, qu'elle a passé sous le bistouri, comme en témoigne la longue cicatrice qui parcoure son abdomen de haut en bas.

Mme Douville était à peine réveillée de sa chirurgie quand la nouvelle est tombée comme un coup de masse. Selon les médecins, il ne lui resterait plus que quelques semaines, quelques mois tout au plus, à vivre. «Tous ce qu'ils pouvaient m'offrir, c'était de la chimiothérapie pour prolonger un peu ma vie», dit-elle.

Manon Douville réussit fort heureusement à obtenir un second avis médical au Centre hospitalier de l'Université de Montréal. Vu son âge et son énergie, on lui propose un protocole européen de chimiothérapie qui pourrait peut-être lui donner une chance de survie.

La chimiothérapie en question durera neuf semaines. Elle devra porter sur elle jour et nuit une bouteille de médicament directement branché à l'épaule à l'aide d'un port-a-cath ou chambre à cathéter implantable. Toutes les trois semaines, elle reçoit aussi un autre traitement de chimiothérapie beaucoup plus fort. «Ça me rend malade comme un chien», dit-elle. Chaque fois, il lui faut au moins une semaine pour s'en remettre.

Bien décidée à survivre, Manon Douville endure avec courage ces douloureuses procédures en plus de se remettre péniblement de sa chirurgie. «Ma vie s'est arrêtée. Tout ce que je vois, ce sont des piqûres. J'ai perdu 30 livres et j'ai maintenant le corps d'une petite vieille. J'ai des plis à la place des fesses», dit-elle.

Mais la perspective de perdre des années, voire une vie entière d'économies est une douleur tout aussi vive pour elle.

«Avec tout le travail que j'ai mis, ce n'est pas cette maudite maladie-là qui va m'enlever ma maison. J'aime mieux mourir que de perdre tous mes biens. On en voit qui ont le cancer et qui sont dans la même situation que moi. Tant qu'à tout perdre et à laisser leur femme et leurs enfants dans la misère, ils aiment mieux s'enlever la vie. On se demande pourquoi il y a tant de suicides que ça chez les personnes gravement malades. Ils sont tannés», dit-elle en espérant qu'il lui restera quelque chose à léguer à sa fille lorsque la maladie prendra fin, dans un sens comme dans l'autre.

«Tout ce que j'ai acquis dans la vie, c'est pour le donner à ma fille, plus tard. «Il n'y a jamais personne qui va mettre ma fille dehors. Si elle a un chum plus tard et que ça va mal, c'est elle qui va le mettre dehors. Elle sera chez elle, dans sa maison», se promet-elle.

La rage au coeur, elle raconte avoir pris connaissance des bénéfices qu'elle aurait eus à retirer de l'aide sociale durant son épreuve, mais elle n'y a pas droit.

«Les gens sur le BS peuvent être malades en paix. Leurs médicaments sont gratuits. Leurs prestations augmentent quand ils sont malades. Ils vont être capables de continuer à manger. Ils vont garder leur voiture. Moi, je vais être obligée de rendre mes clefs à Ford», dit-elle, complètement démolie.

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