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Pénurie de pharmaciens: situation critique au CSSS de l'Énergie

Le Centre de santé et de services sociaux... (Photo: Olivier Croteau)

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Le Centre de santé et de services sociaux de l'Énergie de Shawinigan est aux prises avec une pénurie de pharmaciens.

Photo: Olivier Croteau

Louise Plante
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Le département de pharmacie du Centre de santé et de services sociaux de l'Énergie de Shawinigan vient de lancer un cri d'alarme car les prochaines semaines s'annoncent très critiques pour son équipe. La situation est telle qu'on envisage le pire scénario, soit la rupture de services dans certains secteurs, et ce à très court terme, le tout pouvant aller jusqu'à un transfert de clientèle.

Le directeur des services professionnels, le docteur Éric Kerkerian, a même fait parvenir une lettre à plusieurs établissements au début du mois de juin, afin de tenter de conclure des ententes de services avec leur département de pharmacie.

Il y décrit la situation critique du CSSS de l'Énergie, particulièrement en oncologie et s'inquiète de ne pouvoir éventuellement continuer à traiter les patients dans leur région. Idéalement, le CSSS souhaite une entente avec un ou deux pharmaciens, 5 jours semaine en dépannage avec des compétences en oncologie.

Un autre document interne, dont Le Nouvelliste a obtenu copie, indique que la pénurie de pharmaciens vécue à ce CSSS s'est aggravée ces derniers mois à cause de démissions et de quatre congés de maternité.

Selon les projections, à partir de la mi-août, l'équipe de pharmacie représentera le tiers seulement que ce qu'on devrait normalement retrouver dans cet établissement. De plus, les inévitables vacances annuelles des pharmaciens feront varier le taux de pénurie entre 66 % et 74 %.

Une situation intenable compte tenu que la demande de services pharmaceutiques demeure en croissance, note-t-on. L'auteur du document mentionne que le service de pharmacie est dans l'incapacité de répondre aux différentes demandes provenant autant du corps médical (psychiatres, internistes, médecins généralistes) que du personnel infirmier et des facultés de pharmacie.

Par ailleurs, le respect et le suivi des normes de qualité et de sécurité exigent de faire appel à l'expertise du pharmacien et ne cessent de se multiplier, ce qui vient compliquer d'autant plus la pénurie de personnel.

Devant ces faits, l'établissement a dû prendre des mesures de contingence: suspension de tous les stages d'enseignement clinique des programmes de baccalauréat et de maîtrise des universités de Québec et de Montréal, réduction d'environ 75 % des activités cliniques à l'urgence et en gériatrie (on prévoyait les cesser complètement à court terme), réduction de 50 % des activités cliniques générales, arrêt des activités de formation continue, réduction des heures d'ouverture de la pharmacie de deux heures par jour, à raison de 10 heures par semaine, recherche de personnel pharmacien auprès des agences de dépannage et évaluation de la possibilité de l'augmentation de l'offre de services des pharmaciennes à temps partiel et de retours précoces de congés de maternité.

Mais cela dit, on mentionne également dans le document que malgré les demandes pressantes auprès des agences de dépannage, l'établissement n'a pu obtenir tout le support demandé. L'augmentation de l'offre de service à l'interne n'a pas non plus donné de résultats tangibles. La pénurie actuellement sévère risque donc de devenir rapidement critique et atteindre la rupture de service dans certains secteurs, notamment en oncologie et dans les secteurs de maladies chroniques, et ce dans les prochaines semaines (le document est daté du 28 mai).

La situation est telle qu'une simple absence au travail pourrait provoquer le pire des scénarios, prévient-on. Pour cette raison, le service de pharmacie demande «d'appliquer dès maintenant un plan d'urgence en prévoyant une entente avec d'autres pharmaciens d'autres centres pour garantir la prestation d'activités de niveau 1, ou en identifiant des corridors de services permettant de transférer l'ensemble de la clientèle pour laquelle les activités de niveau 1 ne pourront plus être maintenues.»

Le mois d'août très préoccupant

Bien qu'elle ne nie aucun de faits rapportés par Le Nouvelliste au sujet de la pénurie de pharmaciens en établissement, la direction du Centre de santé et de services sociaux de l'Énergie tente de se faire rassurante et ne veut surtout pas ameuter la population.

«En ce moment, la situation est correcte et il n'y a pas de rupture de services», a déclaré l'agent de communication, Francis Lambert. Ce dernier admet toutefois que l'établissement devrait compter normalement 13 pharmaciens mais n'en embauche que 8 «normalement»... quand tout va bien. «Ce qui n'aide pas chez nous, c'est qu'il y a beaucoup de congés de maternité. Ce n'est pas que les gens n'aiment pas travailler ici mais il y aura quatre départs de maternité. C'est à la mi-août qu'on commencera à entrevoir des difficultés. On travaille donc à développer des solutions.»

M. Lambert assure qu'on arrive encore à trouver des pharmaciens dépanneurs mais ajoute du même souffle que le CSSS planche également sur l'élaboration de corridors de services. Ces derniers peuvent prendre la forme de dépannages de quelques heures par un pharmacien d'un autre établissement de la région ou de transferts temporaires de patients. Rappelons que le CSSS de l'Énergie a déjà dû établir des corridors de services par le passé, pour des services en obstétrique.

M. Lambert a aussi précisé que la pénurie risque de toucher principalement le Centre hospitalier Centre-de-la-Mauricie car il existe un service de pharmacie au Centre d'hébergement Laflèche qui couvre également les soins en santé mentale. (Le CSSS de l'Énergie a également une vocation régionale en psychiatrie).

Le CSSS de l'Énergie reçoit par ailleurs de l'aide de l'Agence de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec et de la table régionale des directeurs de services professionnels qui, ensemble, envisagent des solutions.

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