La volonté de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec d'imposer la formation universitaire obligatoire dès la rentrée scolaire de 2014 ne fait pas l'unanimité au sein des troupes. Selon la Fédération de la santé du Québec, 78 % de ses membres s'opposent à cette position.
La FSQ-CSQ a sondé ses membres au cours des derniers mois à propos de cette position de l'ordre qui a été adoptée à l'automne. En tournée québécoise, elle a dévoilé ses résultats hier à Trois-Rivières.
Quelque 750 des 5000 infirmières membres de la fédération ont participé à cette enquête. Celle-ci indique notamment que 81 % des infirmières ayant répondu au questionnaire soutiennent que l'expérience acquise au travail suffit très souvent à l'actualisation des compétences.
Claire Montour, présidente de la FSQ, rappelle que l'Ordre des infirmières du Québec base sa position notamment sur le fait qu'en faisant face à un vieillissement de la population, les infirmières doivent être plus autonomes professionnellement.
«Le personnel est fatigué avec toutes les fusions, les réaménagements. Avec toute la pression vécue actuellement dans le réseau, ce n'est peut-être pas le temps de se poser des questions concernant le baccalauréat obligatoire. Oui, on a une population vieillissante. Mais est-ce que c'est nécessaire d'avoir des infirmières cliniciennes pour donner des soins? Même les bachelières disent que ce n'est pas nécessaire pour exercer les tâches globales», plaide Mme Montour, qui soutient que la formation continue serait une meilleure solution afin d'améliorer les compétences des infirmières.
Andrée Guillemette, présidente du Syndicat des infirmières, des inhalothérapeutes et des infirmières auxiliaires du Coeur-du-Québec, mentionne que cette volonté de l'Ordre des infirmières risque de causer beaucoup de problèmes de fonctionnement à l'intérieur du réseau.
«Si l'obligation arrive d'avoir un baccalauréat, on aura une pénurie d'infirmières, car on sera deux, trois ans sans cohorte. Ça augmentera le fardeau pour les infirmières qui sont déjà là.»
Cette possible obligation pourrait aussi faire fuir des candidats qui ne sont pas intéressés par une formation universitaire pour exercer la profession.
«On a 66 % des infirmières qui sont des techniciennes, alors qu'environ 33 % sont des bachelières. Des gens veulent faire une technique et ça leur suffit. On va perdre des candidats», craint Mme Guillemette, qui souhaite que le résultat de cette consultation incite l'ordre à faire
preuve de prudence dans ce dossier.
Après avoir fait un arrêt hier en Mauricie, la FSQ poursuit sa tournée québécoise dans d'autres régions. Des représentants de la fédération rencontreront des députés du Parti québécois et des gens de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec d'ici le mois de juin.
Parlant de l'Ordre des infirmières, l'association professionnelle indique sur son site Internet qu'en décembre, son projet a été soumis à une consultation auprès de 2500 membres. Sur la question du baccalauréat comme norme d'entrée dans la profession, cette position reçoit un appui de 60 %.
L'OIIQ regroupe plus de 72 000 membres.