Le CHRTR ne veut plus d'incidents du genre

Le Dr Yves Lamirande... (Photo:Stéphane Lessard)

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Le Dr Yves Lamirande

Photo:Stéphane Lessard

Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Même si aucune mesure disciplinaire n'a été prise contre un chirurgien et un orthopédiste du Centre hospitalier régional de Trois-Rivières à la suite d'une plainte, le directeur des Services professionnels et des affaires médicales au CSSS de Trois-Rivières, le docteur Yves Lamirande, ne prend pas à la légère ce qui s'est passé entre ces médecins et Thérèse Dessureault, une octogénaire, admise en mai 2009 à la suite d'une vilaine chute dans un escalier ayant entraîné une fracture au pouce et une dislocation de l'épaule.

L'évaluation du dossier a en effet démontré que l'hôpital aurait pu faire mieux, entre autres dans ses communications avec le Centre hospitalier du Centre-de-la-Mauricie lors d'un transfert. Le docteur Lamirande a aussi admis qu'il arrive parfois que des médecins communiquent mal avec leurs patients, ce qui semble avoir été le cas ici, au point que la patiente, qui n'arrivait pas à faire réviser son traitement malgré l'absence d'amélioration de son état, était certaine que son grand âge était en cause.

Mais cela dit, le comité disciplinaire qui a entendu la cause s'est dit d'avis que les soins prodigués à Mme Dessureault étaient dans les normes, semblables à ceux qu'elle aurait pu recevoir dans plusieurs hôpitaux du Québec et ce même si un orthopédiste spécialisé de l'Hôtel-Dieu de Lévis a décidé, lui, de reporter ses vacances pour l'opérer d'urgence lorsqu'il a vu son état.

Le docteur Simon Rousseau, médecin examinateur, a par ailleurs aussi souligné qu'une période de près de trois ans constituait un délai indu pour traiter une plainte.

«Le comité de discipline a demandé à un expert de donner son avis. Les médecins concernés ont aussi demandé à d'autres experts de donner leur avis et ils ont conclu qu'il n'y avait pas eu de faute professionnelle comme telle et que le déroulement était acceptable, assure le docteur Lamirande. Il n'y a pas eu faute mais tout le monde se rend compte que la communication n'a pas été idéale», a-t-il tout de même reconnu.

Celui-ci ne veut surtout pas donner l'impression que le chirurgien et l'orthopédiste en cause s'en sont sortis aisément et il assure que ces derniers ont passé des moments difficiles lorsqu'ils ont eu à répondre aux questions de leurs pairs et que cela n'a pas été une partie de plaisir.

«Être obligé de se présenter devant le comité de discipline, écouter ce qui se dit et justifier sa conduite devant ces gens, c'est un acte d'humilité. Les médecins se présentent-là avec leur avocat maintenant. C'est comme s'ils passaient en cour. En soi, personne ne veut passer par là une deuxième fois», assure avec force le docteur Lamirande qui n'aime pas entendre parler de complaisance entre médecins, un peu comme ce fut le cas au sujet des comités de discipline des policiers.

Contrairement à d'autres personnes qui croient que la fille de Mme Dessureault aurait dû aller directement devant le Collège des médecins, ce dernier estime que Mme Saint-Onge s'est adressée au bon endroit. «On a une obligation de résultat et de qualité. Ça concerne l'établissement. Quand ça se passe à l'intérieur des murs et non dans un bureau de docteur dans sa clinique, ça concerne l'établissement. Moi, j'ai l'obligation de regarder ces cas. Mais cela dit, à tout moment le Collège des médecins peut aussi débarquer s'il y a eu plainte et qu'il juge qu'elle est fondée.»

Il ajoute que les contrôles de qualité sont fréquents au CHRTR dans les cas de décès ou de complications inattendues, même quand il n'y a pas de plaintes de la part des patients ou de leur familles. «Ces dossiers-là sont revus. Les gens concernés doivent expliquer ce qui s'est passé devant leurs pairs. L'idée, ce n'est pas d'en pendre un mais que ça ne se reproduise plus. Et quand une conduite est vraiment déviante, c'est envoyé devant le comité de l'évaluation de l'acte et ça finit souvent en comité de discipline. De ce que je connais de ce processus, c'est qu'il est sérieux et je n'ai pas l'impression qu'il y a de l'indulgence envers une faute. Mais on comprend tous que le travail est délicat et complexe et c'est cette complexité-là qui fait que c'est parfois difficile de comprendre» (la décision du comité de discipline.)

Le directeur des services professionnels et des affaires médicales insiste: le processus est sain, mais il ne peut que constater lui aussi qu'il est rendu «plein d'avocats», ce qui n'était pas le cas auparavant.

Si Mme Saint-Onge, qui estime toujours que le traitement réservé à sa mère s'apparente carrément à de la maltraitance, ne pousse pas le processus plus loin, le dossier sera considéré comme clos. «Le docteur Rousseau a rencontré les deux médecins et leur a dit qu'il s'attendait à mieux de leur part et qu'il ne fallait pas que ces choses se reproduisent. Au bout du compte, le client n'était pas content et le client a toujours raison malgré tout», observe le docteur Lamirande.

Et des excuses? «Ça ne m'appartient pas ce bout-là. C'est aux cliniciens de décider mais personnellement, je vous dirais que c'est une arme à deux tranchants les excuses. Parfois, ça résout énormément de choses, suivant la personne qui les fait et celle à qui elle les fait. Mais parfois, ça ne règle pas les problèmes non plus.»

Le docteur Lamirande conclut en disant qu'il ne faut pas être cynique et qu'avec le nombre astronomique d'interventions qui ont lieu au CHRTR annuellement, (près de 100 000) il peut arriver que des cas tombent entre deux chaises lors «d'une mauvaise journée». «Mais il n'y en a pas tant que ça, et j'en ai vu plein des médecins s'excuser», affirme-t-il.

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