Malheureusement, tout indique qu'elles ne recevront pas d'excuses non plus ni des médecins, ni du CHRTR, compte tenu de l'arrivée d'avocats dans ce genre de dossier depuis quelques années qui déconseillent à leurs clients de s'excuser.
Cette histoire remonte au dimanche 24 mai 2009 alors que Mme Dessureault est admise en après-midi à l'urgence du CHRTR à la suite d'une chute qu'elle a faite dans un escalier. Une radiographie confirme une fracture de l'humérus gauche et une fracture ouverte au pouce droit. La patiente présente aussi une énorme bosse au front. On suture le pouce en début de soirée et on informe Mme Dessureault qu'elle sera vue le lendemain par un plasticien.
L'orthopédiste ne verra pas la patiente avant le lendemain, mais un infirmier vient installer une attelle. Comme on envisage une chirurgie à l'épaule, la patiente est gardée à jeun. Le lendemain, Mme Dessureault rencontre l'orthopédiste comme prévu.
Ce dernier est d'avis qu'une chirurgie est contre indiquée car elle pourrait entraîner une nécrose de la tête humérale. La présence d'arthrose compliquerait également l'intervention. Selon le spécialiste, la fracture devrait se réparer d'elle-même en quelques mois. Après l'installation d'une attelle thoraco-brachiale et des recommandations pour un positionnement semi-assis, on prend un rendez-vous pour le 1er juin. Quant au plasticien, qu'on n'a pas encore rencontré, il fixe un rendez-vous pour le 28 mai en clinique externe.
Le mercredi, on décide de transférer la patiente à l'hôpital du Centre-de-la-Mauricie (un transfert qui se fait dans l'improvisation, la patiente n'est pas attendue). Le jeudi, la dame voit le plasticien à Trois-Rivières pour la première fois et la radiographie confirme la fracture. Il installe un protecteur de doigt et fixe un nouveau rendez-vous le 11 juin.
Le 1er juin, Mme Dessureault est transférée au Centre hospitalier de soins de longue durée Laflèche dans un lit de répit où elle doit côtoyer des personnes avec des pertes cognitives. Toujours incapable de se servir de son bras et de sa main, dépendante, elle sombre doucement dans la dépression et refuse de s'alimenter. Suivront un autre rendez vous avec l'orthopédiste et quatre autres avec le chirurgien, sans changement malgré les plaintes de la patiente qui désespère de retrouver sa précieuse autonomie.
Le 2 juillet, Mme Dessureault, toujours souffrante à la main et à l'épaule, sort du CHSLD Laflèche et revient chez elle grâce à sa fille qui en prend soin. Toutefois, la blessée ne peut toujours pas se servir de ses deux membres et est totalement dépendante.
C'est à cette époque que la famille de Mme Dessureault, très inquiète, réussi à obtenir un rendez-vous pour une consultation avec un orthopédiste spécialiste de la reconstruction des membres supérieurs à l'Hôtel-Dieu de Lévis qui accepte de recevoir la patiente le 17 juillet. Mme Saint-Onge assure que ce médecin a été très choqué de voir l'état de sa mère et ce que révélaient les radiographies, se demandant même de «quel hôpital de brousse» elle sortait.
Le pouce droit était toujours fracturé en postérieur, l'épaule gauche toujours détachée de la tête humérale de plusieurs millimètres au point qu'elle ne pourrait se souder sans intervention. Le médecin a par la suite tenté de communiquer avec son collègue orthopédiste du CHRTR mais ce dernier n'a pas retourné ses appels. Il a aussi tenté de rejoindre le chirurgien au sujet du pouce, sans succès.
L'avis du médecin de l'Hôtel-Dieu de Lévis diffère de celui de son collègue trifluvien particulièrement au sujet des dangers de nécrose. Le médecin soutient au contraire qu'on ne peut laisser une personne dans cet état, peu importe l'âge, et qu'il est inconcevable de la laisser souffrir comme souffrait Mme Dessureault. Il décide donc de demander une place en salle d'opération pour le mardi 21 juillet et insiste sur l'urgence d'opérer, plaidant que cela aurait dû être fait il y a deux mois.
L'opération a eu lieu le jour dit. La chirurgie a consisté en une pose de plaques et de vis pour rattacher l'humérus du bras gauche. Le pouce a été replacé et une tige insérée pour le maintenir. L'articulation ne sera sans doute plus fonctionnelle à cause du temps perdu, selon le spécialiste.
Il est possible que Mme Dessureault reste un peu limitée dans ses mouvements mais il assure qu'elle sera plus fonctionnelle qu'avant l'opération. Après un bref délire post opératoire, Mme Dessureault est revenue chez elle le 23 juillet et a recommencé à vivre en personne autonome.
Plainte et réponse
Un peu choquée par toute cette histoire, Mme Saint-Onge décida par la suite de porter plainte auprès du CHRTR et c'est le 5 mars dernier seulement, qu'une brève réponse lui est parvenue du médecin examinateur, Simon Rousseau, au nom de l'exécutif du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens du CHRTR, après que le comité de discipline lui ait transmis un rapport qui se lit comme suit: «Tenant compte des faits, des documents portés à notre attention et après délibération, nous sommes d'avis qu'il n'y a pas eu lieu d'imposer de mesures disciplinaires dans ce dossier considérant que le chirurgien n'a pas fait preuve d'incompétence ou de négligence. Le conseil en est venu à la même décision concernant le chirurgien orthopédiste, au niveau médical, mais lui a recommandé de rédiger ses notes médicales dans le dossier de façon plus explicite et d'expliquer clairement à ses patients les différentes options thérapeutiques ainsi que les complications qui peuvent en découler».
Par ailleurs, le docteur Rousseau s'est excusé pour les délais engendrés dans l'étude de cette plainte, bien qu'il n'en soit pas responsable, assure-t-il.
Christine Saint-Onge n'en revient pas encore de la réponse qu'elle a reçue, il a quelques jours, du médecin examinateur du Centre hospitalier régional de Trois-Rivières au sujet de la plainte qu'elle a déposée relativement à la façon dont sa mère a été soignée par deux médecins spécialistes de cet établissement de santé... en 2009!
«La réponse du docteur Rousseau m'a jetée par terre! C'est un affront à mon intelligence», a confié la dame au Nouvelliste. Quant à sa mère, Thérèse Dessureault, une infirmière retraitée, elle retient de tout cela que l'éthique professionnelle semble en avoir pris un coup dans les hôpitaux depuis son époque. Tout au long du processus, elle dit avoir souvent eu l'impression qu'on refusait de la soigner parce qu'elle était âgée et qu'elle n'en valait pas la peine.
«Je me suis souvent sentie en dehors de tout ça. Je me disais, pourquoi? Je me sentais comme une nobody. Quand je suis arrivée en lit de répit en CHSLD, avec mes deux bras attachés, ils ne savaient pas trop quoi faire de moi. J'étais avec des gens en fin de vie, aux couches, qui ne parlaient plus. Moi, j'étais lucide mais je n'allais pas mieux même si on retournait à Trois-Rivières à toutes les semaines voir les médecins. Je me disais, c'est-tu parce que je ne vaux pas la peine (qu'on refuse de m'opérer)? C'est ma fille qui a été forte dans tout ça!», assure-t-elle , avec un regard de reconnaissance envers cette dernière.
Mme Saint-Onge a par ailleurs raconté que l'automne dernier, elle s'était rendue à Montréal consulter une avocate d'un cabinet spécialisé dans les causes de responsabilité médicale et qu'on lui a dit qu'elle avait une cause recevable pour une poursuite au civil.
«Ils appellent ça une faute d'omission, le fait, qu'à notre avis, elle n'ait pas reçu les soins appropriés à sa condition. Et là, je reçois cette lettre du CHRTR!»
Soulignons immédiatement qu'elle a renoncé à une poursuite au civil, compte tenu de l'âge de sa mère - 88 ans à ce jour - et du stress que cette démarche ne pouvait manquer de générer et qu'elle supporte mal.
Mme Saint-Onge, qui se décrit comme une femme calme, assure que son dossier était bien préparé et qu'elle n'a jamais menacé personne lors de sa rencontre au CHRTR, après le dépôt de sa plainte. «Mon émotivité, j'ai attendu qu'elle passe. Je ne suis pas arrivée en sauvage en disant: mes maudits, vous allez payer! J'ai attendu. Ils m'ont demandé à quoi je m'attendais. J'ai dit que je ne pouvais laisser passer une situation que je trouve déplorable et que je n'attendais rien de moins que l'hôpital revoit son lien d'emploi avec son plasticien. Je ne comprenais pas qu'une personne comme ça soit cautionnée par l'établissement après qu'elle ait fait de la bullshit comme ça.»
Mme Saint-Onge a ajouté qu'elle voulait que sa mère reçoive une lettre d'excuse, écrite de la main de ces deux médecins. Elle note avec émotion que durant le processus, sa mère a eu l'impression de perdre son intégrité. La dame admet qu'elle cherchait aussi à donner une petite leçon d'humilité aux deux médecins en question. Mais sa demande a été accueillie avec un sourire par les médecins du comité qui lui ont fait remarquer que la main d'écriture d'un médecin était souvent illisible.
«Moi, je me revoyais aidant ma mère à aller aux toilettes et je me disais, c'est pas vrai qu'ils vont s'en tirer comme ça.»
Mme Saint-Onge est consciente qu'elle peut aussi porter plainte au Collège des médecins. Elle soutient même que des médecins du CMDP du CHRTR lui auraient demandé pourquoi elle ne le faisait pas. Elle répond à cela qu'elle veut surtout s'assurer que ce qui s'est passé au CHRTR ne se reproduise plus dans cet établissement.