Pyrrhotite en Mauricie: un phénomène connu de longue date

Le scandale de la pyrrhotite a commencé à... (Photo: Stéphane Lessard)

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Le scandale de la pyrrhotite a commencé à éclater en 2009 en Mauricie, mais le phénomène était connu depuis déjà 2001.

Photo: Stéphane Lessard

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le scandale de la pyrrhotite a commencé à éclater en 2009 en Mauricie, mais le phénomène et les dégâts majeurs qu'il entraîne sont connus depuis bien plus longtemps, comme on a pu le constater mercredi, lors du procès sur la pyrrhotite. Malheureusement, le sujet semble avoir été mis sous une cloche de verre.

L'entrepreneur bien connu Paul Dargis a connu son tout premier cas de pyrite dans les fondations d'un client sur la rue Fafard, en 2001. Sa première réaction fut de contacter son fournisseur de béton qui était alors Maskimo. Personne ne semble comprendre alors ce qui se passe. Des prélèvements indiquent en effet que le taux de compression du béton est bon.

Désireux de ne plus vivre de problèmes de ce genre avec ses constructions, M. Dargis se tourne alors vers Construction Béton Boisvert pour son béton. Or, il ignorait alors que cette compagnie de béton allait éventuellement faire l'objet d'importantes poursuites dans la cause de la pyrrhotite qui se déroule présentement au palais de justice de Trois-Rivières.

C'est que cette compagnie était alors fort populaire auprès des entrepreneurs de la région, notamment à cause de ses prix compétitifs et M. Dargis ne pouvait se douter de ce qui l'attendait.

Entre-temps, désireux d'élucider le mystère de la fondation qui se fissurait, Paul Dargis prend sur lui d'aller rencontrer le professeur Arezki Tagnit-Hamou, un chercheur de l'Université de Sherbrooke spécialisé dans l'étude physico-chimique et microstructurale du ciment et du béton.

Ce dernier accepte d'étudier des carottes du béton défectueux. Il y trouve un faible contenu en pyrrhotite et pense que «la fissuration du béton est due à l'oxydation et l'expansion des granulats».

En 2003, un autre client contacte M. Dargis. Cette fois, c'est un perron coulé par Construction Yvan Boisvert, son tout nouveau fournisseur de béton, qui est fissuré.

Le représentant de Boisvert constate le problème et offre de reconstruire le perron. Mais jamais il ne parle de pyrrhotite ou de pyrite à M. Dargis.

Encore une fois, M. Dargis change de bétonnière. Il veut être certain de ne plus vivre de troubles. Mais c'est trop peu trop tard, le mal est fait. Pas moins de 67 de ses maisons sont actuellement inscrites au procès de la pyrrhotite. La maison qu'il a bâtie pour son père et celle qu'il a bâtie pour sa belle-soeur ont elles aussi des problèmes de pyrrhotite.

M. Dargis a témoigné à l'effet que des discussions ont eu lieu au sujet de ce phénomène de fissuration aux réunions de l'APCHQ en 2002 et en 2003. Mais dès 2004, dit-il, ce sujet est devenu «histoire du passé» parce qu'il n'avait touché qu'une petite quantité de maisons (environ une trentaine) et une petite quantité d'entrepreneurs.

Jean Champagne, un entrepreneur de 30 ans d'expérience, avait entendu parler des quelque 30 cas de pyrite causés alors par le béton de Maskimo.

En 2004 ou 2005, ayant un important projet de construction en vue, il avait demandé à son contact chez Béton Laurentide (l'autre bétonnière poursuivie actuellement pour des problèmes de pyrrhotite entre 2003 et 2008), Michel Bergeron, s'il y avait un quelconque problème de béton dans son entreprise. «Il m'a garanti que son béton ne contenait pas de pyrite. Il était convaincant», dit-il. «Il disait qu'il ne prenait plus ses agrégats à la même place.»

M. Dargis a partagé l'étude de l'Université de Sherbrooke avec l'APCHQ, mais il semble que personne n'ait donné suite à cette histoire qui allait devenir, une dizaine d'années plus tard, un des plus gros scandales du milieu de la construction au Canada.

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