Après la mort de son père, l'un de ses fils, Charles-Odilon Beauchemin, dut abandonner ses études classiques au Séminaire de Nicolet. Pour survivre, il se porta acquéreur d'une grande quantité de volumes en feuilles, c'est-à-dire de livres dont les pages n'étaient pas encore attachées entre elles. Il se proposait de les relier et d'aller les vendre à ses compatriotes exilés en Nouvelle-Angleterre.
Lors d'un transbordement dans le port de Montréal, les caisses contenant les fameuses feuilles tombèrent à l'eau. Charles-Odilon loua un entrepôt pour y faire sécher son précieux matériel. Des curieux se présentèrent. En peu de temps, les livres initialement destinés à la Nouvelle-Angleterre furent écoulés à Montréal. Ce qui deviendrait la librairie Beauchemin venait de démarrer. C'était en 1842.
La librairie constitue la pierre angulaire des entreprises Beauchemin. Les affaires sont excellentes. Charles-Odilon épouse Louise Valois et ils auront huit enfants. Le jeune entrepreneur s'associe avec son beau-frère, Joseph-Moïse Valois, pour multiplier et diversifier les activités.
C'était inévitable, Charles-Odilon fonde une imprimerie avec son beau-frère. L'associé et beau-frère de Charles-Odilon était un notaire d'une vaste érudition. Sous sa gouverne, l'entreprise devint l'un des plus importants éditeurs de son époque, sinon le premier. De son côté et ce, toute sa vie durant, Charles-Odilon gardera un intérêt particulier pour la mécanique. Pendant que son beau-frère s'occupait des activités littéraires et commerciales, le fondateur retroussait ses manches et se penchait sur l'une ou l'autre de ses machines.
Au fil des ans, le fils du fondateur, Louis-Joseph-Odilon Beauchemin, s'intégra à la haute direction de l'entreprise pour devenir, après la décès de son père, le premier éditeur millionnaire du Québec.
Vers 1920, la Librairie Beauchemin employait 225 travailleurs. Elle vendait annuellement cent mille exemplaires de son célèbre Almanach du Peuple. En guise de préface à l'édition de 1933 de son fameux almanach, ses éditeurs énoncent leur profession de foi: «En se présentant à ses lecteurs pour sa soixante-quatrième année, l'Almanach du Peuple leur rappelle que depuis quatre-vingt-dix ans la Librairie Beauchemin mène le bon combat pour la défense et la sauvegarde de la pensée française en Amérique.
On ne peut évoquer la vitalité de l'Almanach sans lui associer l'oeuvre prépondérante accomplie par la Librairie qui le publie. La Librairie Beauchemin poursuit, au pays de l'érable, la route que la Providence lui a tracée. Toujours de l'avant par BEAU CHEMIN.»
Charles-Odilon Beauchemin devint aveugle quelques années avant sa mort. Il n'en continua pas moins à se rendre quotidiennement à son bureau. Il recouvra la vue à la suite d'une intervention chirurgicale, ce qui lui permit de reprendre le cours de ses occupations jusqu'à sa mort survenue en 1887.
Son fils Louis-Joseph-Odilon prit la relève avec brio, poursuivant l'ascension commencée par son père vers les plus hauts sommets. Pendant toute la première moitié du vingtième siècle, les entreprises Beauchemin dominèrent le monde du livre au Québec.
L'institution est détenue depuis 2005 par Chenelière Éducation qui se dit à son tour «L'éditeur francophone le plus important en Amérique dans le domaine de l'éducation, du préscolaire à l'université.» La société Chenelière Éducation s'est dotée d'un outil d'apprentissage interactif qu'elle a baptisé Odilon.