Éloi de Grandmont 1921-1970: un touche-à-tout plein de talents

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Éloi de Grandmont

Louis Caron
Le Nouvelliste

Encore une fois une tragédie au commencement d'une vie.Le père se nommait Nestor Grandmont. La mère, Maria Verville. Le père est cultivateur à Baie-du-Febvre. La mère meurt à 36 ans. Elle a eu douze enfants. À sa mort, dix sont encore vivants. Les cinq plus vieux resteront avec le père sur la ferme.

Les cinq plus jeunes seront dispersés dans la parenté. Éloi Grandmont est du nombre. Il a un an et demi. Il sera accueilli à Nicolet au foyer de sa tante Ernestine, la soeur de son père, mariée à un monsieur Janelle.

Vers l'âge de sept ou huit ans, Éloi se mit à rédiger de courtes pièces de théâtre dont il se fit le metteur en scène. L'activité n'assura pas la fortune de son promoteur, mais le précoce dramaturge y déploya toute la mesure de son talent naissant. On inscrivit Éloi au Séminaire de Nicolet où il se montra brillant élève au point où son professeur de Belles-Lettres, l'abbé Laurent Gaudet (il devait devenir le Supérieur de l'institution) le classa parmi les deux élèves les plus exceptionnels qu'il ait eus. Et pourtant, Éloi hésitait à poursuivre ses études classiques. Son instinct l'attirait ailleurs.

Dans la jeune vingtaine, Éloi Grandmont part pour Montréal où il doit défrayer ses études et gagner son pain. De 1944 à 1946, il est critique d'arts au Devoir. Au début de 1946, Éloi de Grandmont fonde avec un collègue journaliste, le poète Gilles Hénault, une petite maison d'édition qu'ils appellent Les Cahiers de la file indienne. La même année, Éloi apprend qu'il est boursier du gouvernement français et il part étudier à Paris, à la Sorbonne et à l'École du Louvre.

Éloi Grandmont revient de Paris avec la particule. Il sera dorénavant Éloi de Grandmont. Jean-Louis Roux évoque comment son camarade Éloi contribua à la fondation du Théâtre du Nouveau Monde: «Nous étions chez lui, un matin ensoleillé de printemps, dans un petit appartement dont les fenêtres dominaient le centre-ville. L'unanimité se fit rapidement autour du nom que ce compagnon avait suggéré, un nom qui sonnait comme un défi: Théâtre du Nouveau Monde.»

La première pièce d'Éloi de Grandmont qui fut jouée s'intitule Un fils à tuer. Elle a été présentée le 4 octobre 1949 au Théâtre du Gesù. Par ailleurs, l'adaptation faite par le dramaturge en joual québécois de la pièce Pygmalion de George Bernard Shaw fut un immense succès. Éloi de Grandmont introduisait le joual sur la scène québécoise quelques mois avant qu'un jeune dramaturge du nom de Michel Tremblay en fasse autant.

On a dit de la poésie d'Éloi de Grandmont qu'elle est bien de son temps, à mi-chemin de celles de Nelligan et de Saint-Denys Garneau. Chacun en jugera selon sa sensibilité. «Mes mains sont si pleines de roses / Que j'improvise le bonheur. / Plénitude des portes closes / Et des bras tombant de douceur. / La fenêtre, à pas lents, s'avance / dans le ciel. Tout comme un bateau / Nouvel et incertain qu'on lance, / Enfermez-moi dans le château!»

La porte du château se referma sur Éloi de Grandmont le 25 novembre 1970 alors qu'une chute inopinée provoqua une hémorragie cérébrale qui l'emporta. Il avait quarante-neuf ans. L'écrivain à tout faire qui avait lutté pendant toute sa vie pour tirer sa subsistance de sa machine à écrire était loin d'avoir atteint l'objectif qu'il s'était fixé.

Nous ne saurons jamais quelle oeuvre aurait pu produire Éloi de Grandmont dans des circonstances plus favorables. Laissons-le reposer en paix dans nos mémoires.

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