En route vers la canonisation

Adolphe Chatillon...

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Adolphe Chatillon

Louis Caron
Le Nouvelliste

La dépêche est tombée le 4 avril 2011 sur le site Internet de la communauté des Frères des Écoles Chrétiennes, district du Canada francophone. «Nous avons désormais le décret: Frère Adolphe Chatillon (en religion Théophanius-Léo) est vénérable.» Un humble nicolétain dont bon nombre de nos concitoyens ignoraient encore l'existence venait de franchir la première étape qui mène à la canonisation.

Qui sait, aurons-nous bientôt un saint nicolétain?

Théophanius-Léo, qui n'était encore que le petit Adolphe Chatillon, est issu d'un milieu familial hors du commun. Le père, Octave Hardy dit Chatillon, était un personnage de haute taille et d'allure martiale, à la tête couronnée d'une chevelure léonine et dont le visage s'enveloppait d'une épaisse barbe descendant en pointes sur la poitrine. Il professa la musique au Séminaire de Nicolet pendant quarante-cinq ans. La mère, Alma Alexander, était un modèle de douceur, de bonté et de compréhension.

Adolphe avait neuf ans quand il perdit sa mère. Comme cela se faisait souvent à l'époque, on le mit pensionnaire chez les Frères des Écoles Chrétiennes à La-Baie-du-Febvre et à Yamachiche. Il avait treize ans quand on le conduisit au petit-noviciat de Montréal où il franchit les étapes qui le menèrent au noviciat véritable.

Son scolasticat terminé, le Frère Théophanius-Léo fut d'abord affecté au petit-noviciat dont il était issu, puis chargé de classe à Saint-Jean-d'Iberville et à Saint-Jean-Baptiste de Québec, pour revenir exercer les fonctions de sous-directeur au petit-noviciat de 1895 à 1904.

Il fut sous-directeur puis directeur du noviciat. Le 8 décembre 1923, le Supérieur général le nomma Visiteur général de l'Amérique du Nord. En d'autres termes, il devint le Provincial de sa communauté.

Le nouveau Visiteur se mit à l'oeuvre. Dans une année ordinaire, il quittait le Québec en janvier et n'y revenait qu'en juin. C'étaient tour à tour Toronto, New-York, Baltimore, Saint-Louis, San-Francisco, la Nouvelle-Orléans et Santa-Fe.

En septembre 1926, le Visiteur général fut convié à Rome pour participer à la béatification du Vénéré frère Salomon. Deux ans plus tard, il fut convoqué en Belgique pour participer au Chapitre général dont il était membre d'office.

Le 11 novembre, le Visiteur général d'Amérique du Nord participa à l'élection du nouveau Supérieur général des Frères des Écoles Chrétiennes. Puis il s'alita, victime du cancer qui le rongeait depuis un certain temps.

Il ne s'en remit pas. Il accepta la souffrance comme il l'avait fait toute sa vie.

«Un religieux, écrivait le frère Théophanius-Léo, n'est vraiment religieux que lorsqu'il souffre; tel le forgeron qui n'est jamais plus forgeron qu'en forgeant.» Sous sa soutane, il portait une chemise de crin qu'on désigne sous le nom de haire. Son biographe rapporte «qu'un coeur garni de pointes acérées lui ensanglantait souvent la poitrine, et on l'entendit manier vigoureusement la discipline.» Gardons-nous de porter un jugement sur ces pratiques qui relèvent aujourd'hui de l'exception. Au début du vingtième siècle, elles étaient le fait d'une élite dont le frère Théophanius-Léo faisait partie et qui poussait l'adoration jusqu'à la mortification extrême.

En mars 1929, un infirmier raccompagna le malade dans sa traversée vers le Canada. Au cours de la deuxième quinzaine d'avril, une âme pieuse recueillit les paroles du mourant qui semblait vivre davantage au ciel que sur la terre.

«Moi, je meurs dans mon lit, et Jésus est mort sur la croix; c'est trop pour moi.» Il expira pendant la nuit du 27 au 28 avril 1929 en prononçant ces dernières paroles: «Le ciel! Les anges! Dieu! C'est beau!»

NDLR. Pour cette année, une fois par mois, vous pourrez découvrir un personnage marquant de l'histoire de la MRC de Nicolet-Yamasak grâce à la plume de Louis Caron. Pour en savoir plus sur les personnages, vous pouvez consulter les textes complets de Louis Caron sur notre site Internet lenouvelliste.cyberpresse.ca.

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