L'un des plus grands boxeurs du XXe siècle

Ovila Chapdelaine alias Jack Delaney...

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Ovila Chapdelaine alias Jack Delaney

Louis Caron, écrivain
Le Nouvelliste

À sa naissance à Saint-François-du-Lac, notre héros se nommait Ovila Chapdelaine. Dans le monde de la boxe, il fut adulé sous le nom de Jack Delaney. Il devint champion du monde mi-moyens. Tout un roman.

Ovila Chapdelaine grandit dans un milieu rural où l'on vit pratiquement en autarcie. Le père est une force de la nature. Il cultive la terre en été et bûche en hiver.

La mère se démène de l'aube jusqu'au milieu de la nuit. Ensemble, ils parviennent à élever une trâlée d'enfants.

Un incendie détruit la grange des Chapdelaine. Comme l'ont fait des milliers de Canadiens français avant lui, le père décide d'émigrer aux États-Unis. La famille finit par se fixer à Bridgeport, Connecticut.

Les Canadiens français ne sont pas les seuls à émigrer en Nouvelle-Angleterre. Un très grand nombre d'Irlandais ont pris le même chemin.

Une féroce rivalité s'est développée entre les deux groupes ethniques. Des bandes d'Irlandais parcourent les rues pour donner une leçon aux «frogs» qui osent s'installer sur leur territoire.

Ovila, qui est de tempérament pacifique, rentre plus d'une fois à la maison en haillons, le visage tuméfié, victime de la vindicte irlandaise. Plutôt que d'aller s'en prendre à leur tour aux Irlandais, les frères d'Ovila adoptent une stratégie qui se révélera beaucoup plus efficace et surtout très payante: ils entreprennent d'enseigner à Ovila l'art de se défendre. Il en sortira l'un des plus grands boxeurs du vingtième siècle.

En dépit de son manque d'expérience, Ovila Chapdelaine surpasse la plupart des boxeurs de son poids et de son âge. Lors d'une de ses premières rencontres, tout juste avant le combat, l'arbitre se penche vers Ovila Chapdelaine et lui demande son nom.

Le Canadien français a la mâchoire prise en pain sous l'effet de son protège-dents. Il parvient à prononcer son nom, Chapdelaine, en mettant un accent aigu sur le «e» final, comme on le fait en anglais en Nouvelle-Angleterre. «Chapdelainé», donc.

Et l'arbitre annonce que le combat va se dérouler entre Untel et Jack Delaney. Ovila Chapdelaine sera Jack Delaney jusqu'à la fin de ses jours.

Au cours de sa carrière, Jack Delaney remportera 77 de ses 93 combats, dont 43 par K.-O. Il deviendra champion mondial des mi-lourds le 16 juillet 1926. Ovila Chapdelaine s'est hissé au sommet de la gloire.

Les connaisseurs évaluent à un million six cent mille dollars les revenus qu'il aurait empochés au cours des années 1920. Son combat de championnat contre Paul Berlenbach aurait rapporté cinq cent soixante et un mille dollars à ses promoteurs.

Le petit gars de Saint-François-du-Lac, devenu champion mondial des mi-lourds, est millionnaire à une époque où une livre de beurre se vend vingt-cinq cents.

Bientôt, l'idole va livrer un ultime combat, contre le cancer du cerveau cette fois. On le voit souriant, sur une vieille photo, un bandage autour de la tête, sortant de l'hôpital en compagnie de sa femme, Cornelia Durkin.

Il mourra quelque temps après, à sa résidence de Mount Holly. Il n'avait que quarante-huit ans. Le couple avait un fils, John, dont l'histoire n'a pas conservé la trace.

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