Pierre Thibault: Fondateur d'une dynastie de fabricants de camions à incendie

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Pierre Thibault

Louis Caron, écrivain
Le Nouvelliste

Quand Pierre Thibault établit son usine de fabrication de camions à incendie à Pierreville en 1938, il est déjà héritier d'une ingéniosité et d'un savoir-faire acquis auprès de son père, Charles Thibault.

Ce dernier dirigeait un atelier de mécanique à Sorel. Forgeron et carrossier de métier, Charles Thibault fabriquait à la fin des années 1800 et au début du siècle dernier des voitures à cheval pour le transport des échelles et des pompes remorques.

Rapidement, le fils développa ses connaissances et fit preuve d'un grand esprit d'invention. Il était animé par une passion qui le poussait à aller de l'avant. Le premier véhicule à incendie produit par l'entreprise familiale fut vendu à la ville de Campbelton au Nouveau-Brunswick en 1918.

Pierre Thibault épouse Julia Lavallée en 1917. Il n'a que dix-neuf ans. Le couple s'établit à Saint-Robert. Une grange est convertie en atelier. Pierre Thibault répare des machines agricoles.

Vers les années 1928, en accord avec son épouse, la décision est prise de se lancer dans la fabrication de pompes-remorques et d'appareils de lutte contre les incendies.  Le nom de la famille Thibault sera associé aux camions à incendie jusqu'à aujourd'hui.

Des débuts prometteurs

Pierre Thibault est mû par un esprit d'entreprise qui lui fait franchir les obstacles avec une aisance déconcertante. Il va au-devant des difficultés avec enthousiasme. C'est un entrepreneur né dont la vie toute entière est gouvernée par la passion.

Il aménage une fonderie aux abords de son atelier pour y couler l'aluminium et le cuivre. Bientôt, des bâtiments s'ajouteront où l'on machinera le métal, où l'on fabriquera des échelles, où l'on assemblera des pompes et où l'on peindra les véhicules que l'on produira.

La première commande des ateliers Pierre Thibault de Saint-Robert viendra de la municipalité de Saint-Ours à qui on livrera une pompe remorque. Déjà, le fils a dépassé le père. Pierre octroie des contrats à Charles à qui il confie la fabrication de divers éléments qui entrent dans la fabrication de ses produits.

Une première autoneige

Pierre Thibault aime les défis. Les premières autoneiges circulent déjà au début des années trente. Elles ont toutefois beaucoup de difficulté à se frayer un chemin lors des grosses tempêtes.

Le jeune homme met au point un système à traction hydraulique qui lui permet de se déplacer par les temps les plus impraticables. Le système est constitué de palettes qui sortent des roues d'entraînement des ponts pour s'agripper dans la neige. Le véhicule est d'ailleurs baptisé Le Harpon des neiges.

Les années de transition

Les années trente sont des années de crise économique. Pierre Thibault est en train de monter une entreprise qui a besoin de capital pour se développer.

Le crédit est rare pour constituer un fonds de roulement. Pierre Thibault emprunte à ses concitoyens, dont une dame Délia Cournoyer qui le supporte en ces moments difficiles.

Les temps sont héroïques. Le village de Saint-Robert, où l'entreprise est établie, ne dispose ni d'électricité ni d'aqueduc. Pierre Thibault songe maintenant à se relocaliser.

L'installation à Pierreville

C'est au printemps de 1937 que Pierre Thibault rencontre le maire et les conseillers de Pierreville qui lui font une offre satisfaisante. Des investisseurs locaux érigent au coeur du village une bâtisse de soixante pieds par cent ainsi qu'une fonderie attenante. Pierre Thibault se portera acquéreur de ces deux bâtiments dès son arrivée à Pierreville.

En mars 1938, avant la fonte des neiges, un convoi de voitures à cheval transporte la machinerie et les pièces d'équipement, les appareils et le mobilier de la résidence vers la voie de chemin de fer. Dorénavant, les noms de Thibault et Pierreville seront associés.

Les années de la guerre

Tout comme pour la fabrication des navires à Sorel, les années de la guerre entraînent la prospérité de l'entreprise Pierre Thibault de Pierreville. Les contrats se multiplient pour différentes divisions des forces armées.

Pour l'aviation canadienne, les ateliers Thibault construisent 125 camions à incendie pourvus de réservoirs pouvant contenir des produits chimiques. Ces unités seront livrées dans tout le Canada.

L'élargissement des marchés

Après la guerre, Pierre Thibault cherche à élargir ses marchés. Il établit des accords avec des distributeurs en Ontario puis au Manitoba.

Bientôt la distribution s'étend à l'Ouest canadien jusqu'à Vancouver. En montant un réseau national de vente, la compagnie fait une percée majeure.

Dans les années cinquante et soixante, on estime qu'elle s'est emparée de 85% du marché canadien. Au plus fort de son histoire, l'entreprise étendra sa distribution aux États-Unis et à l'Amérique du Sud.

Un défi après l'autre

Pierre Thibault élargit sa production en fabriquant d'autres types de véhicules que les camions à incendie. Il produit des camions pour le transport du mazout, des arrosoirs de rues ainsi que des camions servant d'ateliers mobiles.

Toujours poussé par son esprit inventif, Pierre Thibault construit un yacht expérimental de 24 pieds mû et dirigé par la propulsion de l'eau. Ce principe se retrouve aujourd'hui sur les motomarines.

Au début des années cinquante, Pierre Thibault obtient un contrat pour fabriquer, pour le ministère de la Défense, six camions destinés à la lutte contre les incendies sur les sites d'écrasement d'avions. Un point critique du contrat stipule que ces véhicules doivent être équipés d'une pompe à très haute pression qui n'a jamais été fabriquée au Canada.

Le fournisseur américain refuse de vendre ces pompes à son concurrent Thibault. Pierre Thibault obtient le contrat en s'engageant à fabriquer lui-même cette pompe dans ses ateliers de Pierreville.

L'ingéniosité du personnel de Pierre Thibault lui aura permis de développer un appareil dont l'efficacité était bien au-delà des exigences du cahier de charges.

L'implication du citoyen Thibault

Pierre Thibault fut élu une première fois maire de Pierreville en août 1945. Il fut réélu sans interruption jusqu'en 1957, alors qu'il démissionna. Son fils René lui succéda à la mairie.

Pierre Thibault avait un grand intérêt pour les sports. Il devint propriétaire du club de hockey de Pierreville. Il forma une équipe de balle-molle.

Il avait une passion particulière pour le croquet. Il fit construire un terrain de croquet réglementaire qu'il couvrit bientôt d'une bâtisse, ce qui devint le premier terrain couvert de croquet au Québec.

Le père de famille et son domaine

Pierre Thibault était très proche des siens. Il aimait être entouré des membres de sa famille. Il fit l'acquisition d'un immense terrain à Saint-François-du-Lac en bordure de la route nationale. Il y fit construire un chalet principal et des chalets secondaires pour ses enfants.

Sur ce terrain, il avait aménagé un court de tennis ainsi qu'une piscine. Le domaine comprenait également une grande salle de réception. Une piste d'atterrissage pour avions légers y avait également été aménagée, ainsi qu'un hangar pour abriter les deux avions qu'il possédait. Le Pierreville aéro-club y poursuivit ses activités en leur adjoignant le parachutisme.

L'entrée en scène de la prochaine génération

Pierre Thibault a dirigé son entreprise jusqu'en 1961. Il se vit contraint d'en abandonner la direction en raison de la maladie. Il décéda le 30 novembre 1961 à l'âge de 63 ans.

Ses fils lui succédèrent. Le nom Thibault continue de figurer sur des camions à incendie malgré les déboires que connurent les entreprises qui furent constituées et qui disparurent au fil des années.

Le petit-fils du fondateur, Carl, créa sa propre firme de camions à incendie, les Camions à Incendie Carl Thibault, en 1992. Elle poursuit ses activités dans les anciens bâtiments de Camions Pierre Thibault à Pierreville.

On dit encore aujourd'hui que l'entreprise Pierre Thibault a fait connaître le nom de Pierreville au Canada, aux États-Unis et en Amérique du Sud.

Sources: Livre souvenir du 100e anniversaire de Pierreville.

Site Internet des entreprises Thibault.

Entrevues avec messieurs Carl Thibault et René Shooner.

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