Une marmite qui surchauffe

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L'arrivée massive de demandeurs d'asile haïtiens continue de soulever beaucoup de questions.

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'arrivée massive de demandeurs d'asile haïtiens continue de soulever beaucoup de questions, d'alimenter les débats et de susciter certaines inquiétudes. C'est normal. Mais le débat sombre parfois dans l'irrationnel, alimenté par des amalgames ou des arguments douteux, ce qui fait qu'on ne s'y retrouve à peu près plus et que ça devient une question sensible. Et quand des politiciens jouent la carte de la récupération et du populisme, ça ressemble à un comportement irresponsable.

Cette semaine, les chefs du Parti québécois et de la Coalition avenir Québec n'ont pas hésité à reprendre le questionnement populaire par excellence par les temps qui courent, à savoir si on a les moyens de verser une aide d'urgence aux demandeurs d'asile qui se pointent à nos frontières. La question est légitime, mais la présenter en opposant cette aide au manque de services dans notre système de santé, notamment, est mesquin.

On peut légitimement penser que si messieurs Lisée et Legault étaient au pouvoir, ils feraient la même chose. Le décret instaurant le versement d'une aide de dernier recours pour les demandeurs de statut de réfugié date de 1996, alors que le Parti québécois était au pouvoir. La distribution de chèques prévue pour les prochains jours s'inscrit exactement dans le cadre prévu à ce décret.

Il est utile de rappeler que ces sommes, tout comme celles consacrées à l'aide humanitaire ou à la solidarité internationale, ne circulent pas dans des vases communicants avec les sommes injectées en santé ou en éducation. 

Le chef du Parti québécois fait sienne la rhétorique du deuxième bain dans les CHSLD. Comment est-il possible de ne pas avoir les moyens de donner un deuxième bain aux aînés, alors qu'on a les moyens de venir en aide à des milliers de demandeurs d'asile qui vont rester au Québec pendant trois ans? Une telle question, dont les fondements sont malhonnêtes, ne fera qu'alimenter la méfiance populaire.

Et c'est cette méfiance qui permet au discours haineux, aux propos xénophobes de se faire une place toujours plus grande dans l'opinion publique. Cela vient faire tout un contraste avec la réputation d'ouverture et d'accueil qui nous caractérise en tant que Québécois. C'est ça qui nous heurte le plus.

La ministre de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, Dominique Anglade, était de passage dans la région vendredi. Tout ce débat, comme l'accueil de demandeurs de statut d'asile en général, la rejoint personnellement. Ses parents, nés en Haïti, sont arrivés au Canada en 1969, quelques années avant sa naissance. Elle prône l'ouverture, l'inclusion, à condition, précise-t-elle, que les règles soient respectées.

«Ce n'est pas vrai qu'on va être en mesure d'accueillir tous ces demandeurs d'asile. Il y a des règles et on doit les respecter», insiste la ministre, qui se dit aussi préoccupée par la montée du discours haineux et par l'alimentation - volontaire ou non - de la crainte de l'étranger. Il ne faut pas, dit-elle, chauffer la marmite plus qu'elle doit être chauffée.

Elle venait de mettre le doigt sur une triste réalité: il y a des personnes qui se font presque un devoir de chauffer jusqu'à surchauffe cette marmite de l'opinion publique, surtout lorsqu'il est question du vivre-ensemble, de l'intégration et de l'inclusion.

Ça nous fait même presque oublier ce qui nous caractérise vraiment: la compassion, l'altruisme et la solidarité. Et ça c'est malsain.




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