No tinc por!

Des gens se sont recueillis à Las Ramblas... (AFP, JAVIER SORIANO)

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Des gens se sont recueillis à Las Ramblas devant un mémorial pour les victimes de l'attentat perpétré la veille à Barcelone.

AFP, JAVIER SORIANO

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) No tinc por! En catalan, ça veut dire «Nous n'avons pas peur!». C'est ce que scandaient les dizaines de milliers de personnes qui se sont rassemblées, vendredi, sur la place de la Catalogne, non loin du tronçon de la Rambla où un véhicule-bélier a foncé dans la foule la veille. Barcelone est meurtrie, mais plus que jamais debout. Comme tant d'autres villes avant elle.

Rester debout. C'est encore ce qu'il y a de mieux à faire pour envoyer le message aux terroristes que quoi qu'ils fassent, ils ne vaincront pas. Ils veulent déstabiliser, frapper l'imaginaire. Ils frappent dans des lieux symbolisant souvent la fête, la liberté, la diversité.

À Nice, les terroristes islamistes ont frappé sur la promenade des Anglais, en pleines festivités du 14 Juillet. À Berlin, ils ont choisi la désinvolture et la quiétude du marché de Noël de l'église du Souvenir. À Londres, c'était le pont de Westminster, puis le Borough Market. À Paris, ils avaient d'abord frappé à Charlie Hebdo, puis plus fort encore au Bataclan et sur les terrasses de plusieurs cafés. 

Au cours de la dernière année, les attentats revendiqués par le groupe armé État islamique ont, le plus souvent, été commis à l'aide de véhicules-béliers. C'est la nouvelle mode, le nouveau modus operandi des soldats de Daesh. C'est une sorte de terrorisme cheap, bon marché. Logistiquement plus léger que des attentats de grande envergure, impliquant des explosifs ou des avions détournés.

Il y a trois ans, le groupe armé État islamique avait d'ailleurs appelé les «soldats du califat» à tuer les «infidèles» au moyen d'objets du quotidien comme des pierres, des couteaux, des véhicules. C'est à cet appel que répondent encore les auteurs de l'attentat de Barcelone. Si ce terrorisme est cheap ou bon marché, il est surtout plus difficile à anticiper et à contrecarrer.

Force est de constater que si le groupe armé État islamique semble être à l'agonie dans ses terres syriennes et irakiennes, il fascine encore suffisamment d'adeptes qui veulent agir pour la cause. Les plus récents attentats, de Nice à Barcelone et Cambrils en passant par Londres, Manchester, Berlin, Stockholm, Melbourne et Jérusalem, pour ne nommer que ceux-là, sont des gestes décousus, presque des initiatives personnelles.

Mais ces manifestations de haine, par leur constance et par le seul fait qu'elles surviennent encore, nous démontrent malheureusement que la bête est toujours vivante. Que la dernière chose à faire serait de baisser les bras. Parce qu'un retour aux attaques mieux planifiées n'est pas exclu. Parce qu'une autre organisation pourrait reprendre le flambeau du groupe État islamique. Parce que la bêtise humaine ne meurt pas.

Les attaques survenues à Barcelone et dans plusieurs autres villes européennes ou occidentales auparavant nous touchent d'une façon toute particulière, probablement parce qu'on se rend bien compte que les cibles nous sont plus familières et parce qu'on s'identifie davantage aux victimes, aux témoins que l'on voit dans les médias. On constate que la réaction est semblable à celle qu'on aurait ici.

Le traumatisme est d'autant plus fort quand il y a des Canadiens parmi les victimes. À Barcelone, le Canada compte un mort et quatre blessés.

Oui, les attentats terroristes, quels qu'ils soient, sont des drames. Mais il est essentiel que les populations des villes et des pays visés par ces désaxés refusent de modifier leurs habitudes sous la pression terroriste. C'est, comme cette Barcelonaise septuagénaire interrogée par la télévision française, en disant: «Non, je n'ai pas peur. On garde la tête bien haute», qu'on empêchera quelque victoire que ce soit pour quelque individu ou groupe que ce soit.

Le «No tinc por!» des Espagnols, tout comme le «Je suis Charlie» et les autres phrases fortes qui ont résonné ces dernières années, constitue une formidable expression de la résilience des démocraties. 

Pour l'instant, ça demeure la riposte la plus forte aux actes absurdes d'extrémistes désorganisés.




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