Le dilemme de la réintégration

Barbara Provencher, Dominic Pronovost, Kaven Deslauriers et Marc-André... (François Gervais)

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Barbara Provencher, Dominic Pronovost, Kaven Deslauriers et Marc-André St-Amant sont les policiers impliqués dans l'affaire Vadeboncoeur.

François Gervais

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La principale question qui subsiste des acquittements ou de l'absolution conditionnelle des policiers impliqués dans l'arrestation musclée d'Alexis Vadeboncoeur, en 2013, est intéressante. Doit-on ou non les réintégrer dans leurs fonctions? La demande formulée par le syndicat représentant les policiers de Trois-Rivières apparaît légitime, puisque la justice a tranché. Mais elle se heurte à certaines contradictions importantes.

Le syndicat souhaite que Barbara Provencher et Dominic Provonost, qui avaient été suspendus sans solde par la Ville de Trois-Rivières en juin 2013, soient réintégrés. Le syndicat souhaite aussi que Marc-André St-Amant et Kaven Deslauriers, des policiers temporaires qui avaient d'abord été suspendus avant d'être congédiés, puissent retrouver leur emploi à Trois-Rivières s'ils le souhaitent.

Ces quatre individus ont fait face à de multiples accusations criminelles et pas les moindres: voies de fait armées, voies de fait causant des lésions corporelles, fabrication de faux rapports, etc. Mais en juin, trois d'entre eux ont été blanchis et Kaven Deslauriers, qui a été trouvé coupable de voie de fait simple, a reçu une absolution conditionnelle.

Les prétentions du syndicat sont basées sur le fait que le jugement rendu au terme du procès ne fait état d'aucune faute policière. Certains témoignages soulignaient d'ailleurs le bon travail fait par les policiers. Le lieutenant Jean Bolduc avait félicité les policiers pour leur intervention ayant mené à l'arrestation d'Alexis Vadeboncoeur. Les actions de Barbara Provencher et de Marc-André St-Amant leur avaient valu une note positive à leur dossier. 

Une autre policière, Véronique Gagnon, avait aussi salué le travail des quatre policiers, insistant sur le fait que les braqueurs de pharmacie étaient souvent des consommateurs ou des trafiquants de stupéfiants, ce qui faisait d'eux des individus imprévisibles et dont l'arrestation représente une intervention à haut risque.

Cette notion de situation risquée ou potentiellement dangereuse était aussi ressortie du témoignage de Bruno Poulin, expert en utilisation de la force. Celui-ci avait relevé des coups non justifiés dans l'intervention, mais avait du même souffle insisté sur le caractère particulier de celle-ci.

Dans son jugement, le juge Steve Magnan a relevé que la situation dans laquelle se sont retrouvés les policiers ait pu être «très stressante» parce qu'«aucune formation ne peut les préparer adéquatement à affronter un toxicomane armé, en fuite, traqué et stressé».

Un jugement aussi clair, rendu au terme d'un long procès que rien ne peut permettre de qualifier de bâclé, devrait redonner aux accusés acquittés ou absous la possibilité de retrouver la situation dans laquelle ils se trouvaient avant leur mise en accusation.

Mais ce n'est pas aussi simple que ça peut en avoir l'air.

L'employeur n'est pas tenu de les réintégrer. Il y a toujours cette enquête disciplinaire qui n'est pas terminée et il est difficile d'en déterminer l'issue, malgré un jugement favorable en matière criminelle. 

Et il y a aussi le problème de perception que pourrait poser la réintégration des policiers. Même si on les affecte à des tâches internes, limitant les contacts avec le public, il sera difficile de les dissocier des images de la vidéo de l'intervention. Et le problème de contradiction est justement là: le chef de police de l'époque, Francis Gobeil, avait lui-même avoué que les policiers n'étaient pas fiers de ces images. «Ce n'est pas ce que l'on souhaite, ce n'est pas ce qui est enseigné et ce n'est pas ce qui devrait être fait. Les images sont révélatrices d'une situation fort troublante», avait-il affirmé. 

Parlant d'une action isolée, il était même allé jusqu'à souhaiter que la population comprenne que ce qu'on voit dans la vidéo «n'est pas le reflet du service de police de Trois-Rivières, ni des services de police du Québec». On n'est pas loin d'un désaveu, même si à ce moment-là le jugement était loin d'avoir été prononcé.

C'est une belle patate chaude que lance le syndicat dans les mains de la Ville. Surtout dans un contexte de négociations pour le renouvellement de la convention collective.




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