Gardiens de la droiture

Après 29 ans comme greffier à l'hôtel de... (François Gervais)

Agrandir

Après 29 ans comme greffier à l'hôtel de ville, Gilles Poulin a récemment pris sa retraite.

François Gervais

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Martin Francoeur
Le Nouvelliste

C'est bien connu: il n'y a personne d'irremplaçable. Mais disons qu'il y a des individus qui, parce qu'ils auront marqué la fonction qu'ils occupaient, agrandissent les souliers que leur successeur aura à chausser. À la Ville de Trois-Rivières, avec la retraite du greffier Gilles Poulin et la fin du mandat de la vérificatrice générale, Andrée Cossette, on assiste cette année au départ de deux gardiens de la droiture.

Gilles Poulin était greffier à l'ancienne Ville de Trois-Rivières avant d'être confirmé dans cette fonction lors de la création de la nouvelle ville, en 2002. Au total, il aura passé 29 ans à ce poste, souvent dans l'ombre mais toujours au service de la démocratie municipale.

Notaire de formation, il exerçait ses fonctions avec un souci pédagogique évident. Lors des assemblées publiques du conseil, il expliquait aux citoyens présents dans la salle le fonctionnement du processus réglementaire, déchiffrait pour eux une résolution à la formulation obscure. Il a toujours su apporter un éclairage fort apprécié pour rendre moins arides les réunions du conseil municipal.

D'une rigueur et d'une neutralité exemplaires, Me Poulin s'est même retrouvé dans l'actualité en raison de sa rectitude. C'était dans le cadre des audiences de la Commission des relations du travail dans le dossier de l'ex-greffière de la cour municipale, Louise Panneton. Au-delà de cette affaire de congédiement contesté, les audiences ont permis de mettre au jour un système de demandes politiques d'annulation de constats d'infraction, avec lesquelles le greffier était extrêmement mal à l'aise. 

Le greffier avait fait part de son inquiétude quant à cette pratique au maire et au directeur général de la Ville. Il les mettait en garde quant à la possibilité que cette façon de faire - que le cabinet du maire demande à la cour municipale d'annuler des constats d'infraction - puisse s'apparenter à une forme d'entrave à la justice.

Furieux à la suite du témoignage en ce sens du greffier devant la CRT, le maire Yves Lévesque avait évoqué la possibilité d'intenter un recours contre Me Poulin. Les relations entre les deux hommes étaient tendues, mais le greffier a survécu à cet épisode, non sans avoir été ébranlé émotivement.

Bien que la décision de la CRT avait donné raison à la Ville pour ce qui est du congédiement de Louise Panneton, la commissaire avait indiqué que la preuve entendue révélait bel et bien l'existence d'un problème d'ingérence politique dans le traitement de certains constats d'infraction à la Ville de Trois-Rivières. Exactement ce que racontait et déplorait Gilles Poulin. 

Une autre qui n'a jamais eu froid aux yeux pour le bien de la Ville, c'est la vérificatrice générale Andrée Cossette, dont le mandat prendra fin officiellement en janvier mais qui sera déjà à pied d'oeuvre dans le même poste, à Sherbrooke. En sept ans à Trois-Rivières, elle aura mis en lumière plusieurs lacunes dans diverses sphères de l'administration municipale, entraînant du même coup des améliorations à plusieurs niveaux.

Elle l'a toujours fait sans craindre les représailles, même si les élus sont rarement contents de recevoir et de rendre public, chaque année, le rapport d'un vérificateur général. Plutôt timide et réservée lors de son arrivée à ce poste, Andrée Cossette a pris beaucoup d'assurance au fil des ans. Elle n'a pas hésité à soulever des questions sur les coûts importants liés au développement de Trois-Rivières sur Saint-Laurent ou sur la gestion problématique de l'Île Saint-Quentin. En 2012, sous son initiative, trois dossiers d'octroi de contrats qui méritaient vérification ont été soumis à l'Unité permanente anticorruption (UPAC).

Plutôt que de parfois voir des personnes comme Gilles Poulin et Andrée Cossette comme des empêcheurs de tourner en rond, certains élus devraient plutôt reconnaître l'apport de ces personnes d'intégrité, de ces gardiens de la norme.

Eux aussi sont là pour servir les intérêts de la population.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer